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 La danse du diamant (Privé)

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Syria

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Féminin Messages : 14796
Date d'inscription : 25/09/2009

Feuille de personnage
Pouvoir: Manipulation du sucre et autres vitamines. Communion totale avec la nature
Statut: Célibataire

MessageSujet: La danse du diamant (Privé)   Lun 25 Avr - 18:00


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et [Unknow]



Le soleil éclate à travers le ciel d'un bleu scintillant, ses rayons écorchant délicatement les nuages d'une tendresse infinie. La haute chaleur éclaire le doux paysage avant de traverser les murs avec une effroyable puissance. Les jeunes gens enfermés en leur sein commencent à en ressentir les effets, leur gorge réclamant de l'eau et leurs vêtements collants à leur peau dans un rythme de gémissements plaintifs. Les fenêtres ouvertes n'apportent qu'un trop léger réconfort à cette danse infernale de l'astre solaire. L'air frais s'engouffre dans les différentes salles avant d'être empoisonné malgré lui par la formidable force de l'amoureux de la lune.

L'eau coule à flots dans les bouteilles plastiques et les gosiers assoiffés, tous terrassés par cette caniculaire journée de printemps. Pourtant, une ombre mystérieuse semble échapper à la délicieuse torture de l'étoile flamboyante du système solaire. Se faufilant discrètement dans les couloirs lumineux de l'établissement, elle se déplace en silence, ses pas aussi légers qu'une plume sur le sol à la fois brûlant et trempé dû à la maladresse de certains étudiants désireux de se rafraîchir trop rapidement.  

Les lourdes portes de bois poli s'ouvrent sans un bruit avant qu'une très mince silhouette ne s'y engouffre en vitesse. Lorsque la professionnelle des lieux relève la tête, croyant avoir perçu un mouvement, l'entrée est fermée et sa bibliothèque est vide à l'exception d'une personne et d'elle-même. Sans doute a t-elle rêvé, personne ne vient ici à cette heure ci, surtout par une chaleur aussi accablante où les élèves préfèrent profiter de l'ombre extérieure s'ils ne sont pas en classe.

Entre deux rayons, l'ombre déambule avec une discrétion parfaite. Une cape noire à capuche couvre son petit corps pareille à celui d'un pré-adolescent, ni tout à fait un enfant ni celui d'un adulte. Aucun signe physique ne se distingue à travers cet étrange costume, même ses yeux y sont invisibles. Seul un sac à dos blanc daigne se montrer mais son sa propriétaire est si vive qu'il n'est plus qu'une tache imperceptible au lointain.

La douce ironie du sort vient jouer avec son existence encore une fois. D'ordinaire, le parc et la forêt de cette étrange école lui sont préférable que son intérieur de par sa massive fréquentation. Lorsque les cours ont lieu, le dehors ne peut lui être que délectable pour éviter de croiser quiconque serait amené à rencontrer son regard maudit. De par la forte chaleur, les élèves préfèrent se réfugier à l'ombre des nombreux arbres que de s'enfermer en classe. Pour une fois, les professeurs leur accordent la permission exceptionnelle de participer à leurs cours en extérieur. Chaque niveau se regroupe dans un coin de l'immense parc si bien que de très rares personnes sont encore obligées de travailler au sein même du bâtiment.

Malgré le fait qu'elle souffre également de la canicule, la bibliothécaire ne peut quitter son poste de par la présence, aussi unique soit-elle, d'un usager et même si tel n'était pas le cas, elle se doit de respecter les horaires d'ouverture. Pourtant attentive au moindre détail de son lieu de travail, elle ne  peut percevoir la mystérieuse ombre recouverte d'une cape encapuchonnée se glissant entre les rayons.

Si elle ne peut se rendre à l'extérieur, elle surveille prudemment les alentours, ne pouvant pas se permettre de croiser qui que ce soit ou les conséquences pourraient lui être funestes. À de très rares exceptions, personne n'a pu lui pardonner sa différence alors autant tout faire pour éviter la souffrance et la peur empoisonnant son âme à jamais.

Ses doigts fins attrapent délicatement un livre à la couverture rouge parmi ses nombreux camarades sagement rangés sur les étagères. Sa mince silhouette se dissimule au fin fond de l'immense salle de la bibliothèque, coincée entre deux rayons comme pour espérer mieux échapper au monde. Ses yeux se posent lentement sur les étranges signes dansant sur le papier, son esprit incapable d'en déchiffrer un seul. Ne possédant aucune connaissance de cette langue mystérieuse que ses protecteurs nomment le français, elle s'efforce pourtant de tenter de résoudre son interminable énigme comme si elle espérait qu'un miracle puisse lui parvenir. À cette pensée, un sourire ironique se dessine mentalement en ses pensées, le grand maître ne lui a jamais pardonné son existence, pas plus que son peuple au cœur étroit.

-Tiens, salut la sorcière blanche ! Tu croyais nous échapper avec ton déguisement à la con ? Pitoyable...


De dos à elle, les chuchotements venimeux glacent instantanément le sang de la fine silhouette dans ses veines fragilisées. Sous la large capuche, son regard s'écarquille d'horreur.  Son cœur l'entraîne dans une danse infernale, battant au rythme de la peur et de la lassitude. Sa naissance ne sera donc jamais acceptée par le monde ? Impossible, sa malédiction est bien trop infinie et n'inspire que le mépris.

Avant même qu'elle n'ait pu réagir, une dizaine de bras lui tombe violemment dessus dans un silence fracassant. Sa cape à capuche lui est violemment arrachée et le tissu déchiré git lamentablement sur le sol en compagnie du livre rouge tombant dans un bruit sourd.

Les mains s'agitent et parcourent l'une des étagères avec avidité. L'un des ouvrages est délicatement renversé en arrière et un son étouffé en sort comme s'il pleurait en silence. Le carrelage tremble légèrement sous les pieds pressés et sous les regards avides de la discrète bande, les étagères s'entrouvrent délicatement révélant une cavité sombre dans le mur où un fragile escalier de pierre descend vers un puits de noirceur absolue.

Souvent évoqués dans les diverses légendes du monde, les passages secrets sont réputés pour fourmiller dans tous les châteaux existants et l'étrange établissement ne fait pas exception à la règle. Leurs créateurs sont morts depuis bien trop longtemps pour que leurs secrets leur aient survécus depuis l'au-delà. Tombés dans les limbes de l’oubli, ils décèlent des mystères en faisant frissonner plus d'un. Aussi terribles que celui du célèbre Dédale ayant construit le labyrinthe du terrifiant Minotaure, ils sont porteurs d'obscurité, de fuite ou de mort dans toute sa splendeur. Combien de prisonniers ont disparus dans ces souterrains sans fins, condamnés à l'errance éternelle au plus profond des ténèbres.

Le groupe pénètre à l'intérieur sans éprouver aucune peur, leurs ricanements discrets accompagnent leurs mains armées de briquets et autres artifices de lumière comme un téléphone ou une mini lampe torche. Le passage se referme derrière eux sans aucune émotions.

Un long silence vit au sein de la bibliothèque et la professionnelle des lieux ne daigne pas décrocher de son travail, son esprit n'ayant jamais perçu les mouvements et autres sons légers s'étant produits au fin fond de la pièce, dans un rayon où personne ne vient jamais, celui des livres anciens.

Après de longues minutes, les étagères tremblent de nouveau et plusieurs jeunes gens sortent du passage, un rictus satisfait sur le visage. Tous de la même taille, seule la très fine silhouette manque à l'appel.

Comble de l'horreur, l'un d'eux rattrape l'ouvrage déclencheur et le passage se referme dans un bruit sourd, enfermant dans les ténèbres l'ombre encapuchonnée. Fragile, le livre piégé penche légèrement vers l'arrière, se distinguant malgré lui de ses camarades. Mains dans les poches, ils se faufilent à travers les allées, négligeant l'habit déchiré et le livre tombés sur le sol. Sortant de la bibliothèque, ils laissent le couloir se couvrir de leur hilarité cruelle, éclatant d'une joie malsaine, se tenant les côtes à l'idée de ce tour abominable.

-Pouah, elle me répugne trop cette greluche toute blanche ! Avec une tête pareille, elle aurait mieux fait de se flinguer plutôt que nous imposer cela ! Au moins maintenant, on est tranquilles. Personne ne trouvera ce passage.

Les mots empoisonnés se déversent dans un essaim de haine et de mépris, sifflant méchamment leur violence avant que les rires ne se calment peu à peu, leurs propriétaires repartant tranquillement vers les salles de cours, porteurs d'une innocence à toutes épreuves, le remord et la culpabilité n'ayant pas leur place dans leur cœur meurtri par les ténèbres.

Au sein du mystérieux passage, la nuit règne en maître comme pour mieux renforcer la peur que lui et ses semblables inspirent. Un labyrinthe de couloirs et de dédales sans fin s'écoule sur des kilomètres, le tout plongé dans une obscurité des plus inquiétantes. Quelques maigres torches enflammées se battent en duel sur les murs effrités, offrant une faible lueur pour ceux venus s'aventurer dans cette horreur personnifiée.

Les pierres se lézardent comme prêtes à s'écrouler à tout instant. La poussière et le sable se mêlent dans une danse macabre tandis qu'un silence terriblement angoissant règne en maître suprême sur les lieux.  Des grilles souillées par l'effet du temps menacent de grincer pour quiconque aurait le malheur de les frôler. Au sein des cellules de fortune, des vieux tas de paille défraichie et des chaines rouillées reposent dans un scénario des plus frissonnants.

Quelques rats osent encore courir dans ce cauchemar incarné, suivis avec vigueur des araignées se promenant vivement sur les murs et construisant leurs toiles maléfiques dans tous les coins. Au sein de quelques niches creusées à même la pierre, des ossements luisent dans un dessin cauchemardesque, les crânes édentés souriant avec cruauté.

Une grille d'or sert office d'entrée précédée d'escaliers en pierre ébréchées, abîmées par l'effet du temps et des rongeurs venant se nourrir dans ce lieu synonyme de cauchemar et de noirceur.

Depuis des années, un étrange bruit ne cesse de circuler dans les couloirs et autres lieux plein de vie de cet établissement transpirant la puissance. Les catacombes abriteraient un démon des plus cruels et il dévorerait l'âme de tous les imprudents qui auraient l'audace de pénétrer dans son territoire. Personne ne sait à quoi il ressemble, certains disent qu'il a des cornes pareilles à celles de la représentation biblique du Malin, d'autres prétendent qu'il est fait entièrement d'ombre et que seuls ses crocs étincelants de sang luisent dans les yeux de ses victimes avant qu'elles ne périssent.  Il est également raconté que les ossements appartiendraient à tous ceux qu'il a massacrés par pur plaisir et que parfois, son rire glacial et diabolique résonne dans la nuit. Les rumeurs les plus folles, largement plébiscitées par les étudiants, murmurent que la sournoise créature les aurait littéralement pressés contre les murs au point de leur broyer les os et que leurs silhouettent s'enfoncent dans les pierres qui en prennent automatiquement la forme. Par la suite, les corps sont dévorés et les os soigneusement jetés dans les niches comme pour lancer un effroyable avertissement à tous ceux qui auraient l'audace de s'aventurer ici.

Le surnommé Broyeur ou Presseur suscite suffisamment de peur et d'horreur pour calmer les plus vives ardeurs de tous les adolescents vivants au sein de cette mystérieuse école. L'accès menant aux escaliers du sous sol puis à la grille de l'entrée des catacombes est fermé en permanence, les deux serrures scellées par un cadenas.

Pourtant, aujourd'hui la sécurité a été déjouée avec habileté. Une reproduction fidèle d'une clé permettant de décoincer les verrous ou un quelconque tour de passe-passe, peu importe comment cet terrifiant miracle a pu opérer.  À quelques mètres de là, une lourde porte de bois indique qu'il s'agit de l'accès aux catacombes et que y pénétrer est formellement interdit, le tout renforcé par un lourd cadenas. Derrière se trouverait un long couloir obscur puis une porte donnant sur des escaliers menant au sous sol avant de tomber sur la grille dorée, entrée officielle des oubliettes de l'horreur et territoire du Broyeur.  

Dans le silence et l'obscurité terrifiante des catacombes, une cellule se distingue parmi ses consœurs. Une silhouette se dessine à la manière d'une ombre invraisemblable. Les poignets enchaînés au mur, les doigts eux mêmes liés par une corde incroyablement serrée, elle semble comme être sans vie. Un long bandeau couvre ses yeux et la poussière s'envole avec plaisir sur le fin tissu du vêtement.

De longs cheveux couleur de neige entourent son visage délicat au teint mat tandis que les fines larmes coulent de ses pupilles aveugles. Sa robe blanche immaculée couvre son corps de guêpe. Une araignée se promène tranquillement sur sa poitrine généreuse, dissimulée sous un fin tissu rouge à moitié déchiré, révélant de légers monceaux de peau mate. Son gilet court est brisé sans remords au niveau de ses épaules, révélant le dessin d'une croix rougeâtre peint avec perfection à même son épiderme sur son bras gauche. Un ruban noir est délicatement attaché sur ses mèches blanches, à croire que ce monde d'horreur abrite un chaton personnification de l'innocence.

Au niveau de son cou, une sorte de légère ceinture est reliée à une sorte de long filin de cuir comme une laisse démoniaque, une extrémité attachée à un genre de mousqueton sur sa robe et le second sur un point haut du mur, manquant de lui infliger la torture de l'étranglement au moindre mouvement.

Ses jambes nues sont repliées contre elle-même, ses pieds crispés sous le contact glacial du sol. Non loin d'elle, son collant transparent lui a été retiré comme pour mieux satisfaire l'effroyable Presseur, avide de chair fraîche. Un sac à dos blanc débordant de feuilles de dessin, de pinceaux, crayons et tubes de couleurs est négligemment jeté dans le fond de la prison. Sur une pierre rêche, un délicat pendentif ose à peine briller, l'or teintant une douce étoile semblant s'éteindre peu à peu. Le tissu de sa robe est déchiré et des traces de griffures subsistent sur son visage.

Tremblante de froid et de frayeur, aucun son ne s'échappe pourtant de ses lèvres, libres de tous mouvements, aussi silencieuses que le reste du lieu. Aussi épouvantable et surprenant soit ce scénario, une petite fille est enfermée dans les terrifiantes catacombes.

Ce matin encore, elle cherchait calmement un endroit où se poser avec son matériel de dessin lorsque des mains l'ont violemment agrippée en arrière.  Incapable de pousser un cri ou une quelconque protestation, un bandeau est noué sur ses yeux et ses doigts sont liés avec fermeté par une corde lui striant la peau. Traînée de force jusqu'ici, elle a dû s’asseoir avant que des solides fers ne soient refermés sur ses poignets. Les voix cruelles et sournoises se sont mélangées entre le rire et le discours des plus méchants. Pour une spécificité insupportable aux yeux de certains, elle est jetée en pâture au Broyeur ou s'il n'existe pas, du moins restera t-elle suffisamment longtemps ici pour y mourir ou quitter cette école si jamais elle s'en sort.

Si elle n'a jamais pu les identifier du fait du bandeau et de son manque de connaissance concernant leurs noms, elle n'ignore pas, du fait de leur vantardise, que ses agresseurs se sont bien renseignés sur elle. Ils ont attendus patiemment que les deux protecteurs de la fillette soient absents pour s'attaquer à elle et la punir d'être si différente, voire même "insolente" à en croire le dégoût transperçant leurs voix. C'est vrai, elle n'aurait jamais dû naître avec ce regard maudit si bien que le Presseur lui même ne mérite pas de voir avant de lui dévorer l'âme, de même pour ses doigts, créateurs de répulsion.  

Prisonnière du froid glacial, de la peur lui nouant le ventre et des sanglots silencieux courant sur ses joues, l'enfant attend son sort sans pouvoir y échapper, ses propres tours bloqués par l'ingénuité de ses bourreaux. Sans une minime présence de la nature, inutile d'espérer une quelconque aide de ses amis faune et flore. Pire encore, elle est incapable de se nourrir par elle-même, ses poignets enchaînés au mur et les doigts liés.

Condamnée à une mort certaine, ou du moins une extrême faiblesse si jamais un miracle venait la sauver, il est prévisible que ses agresseurs comptent sur la légende du Broyeur, trop lâches pour rester eux-mêmes dans le coin et cruels au point de n'éprouver aucun remords à l'idée de laisser une fillette dans une sombre cellule, livrée à l'horreur et à l'angoisse. Assurés qu'elle ne pourra jamais les dénoncer grâce au bandeau et ayant sans doute modifié leurs voix lors de leurs propos venimeux, ils ne laissent aucune preuve derrière eux.

Dans le couloir précédant cette scène d'horreur, une poubelle remplit son rôle avec zèle et accueille quelques feuilles jetées négligemment par les élèves. Tout en dessous, à peine perceptible, un trousseau contenant quatre clés d'argent dort. Les forts rayons du soleil traversent les fenêtres du couloir  et comme désireux de procurer un indice permettant un miracle, traversent le trousseau au point que les clés se mettent à légèrement briller sous l'afflux de papier.

Que le destin daigne qu'une âme éclairée puisse repérer cette étrange lueur et comprenne le fonctionnement des clés avec à proximité la lourde porte de bois menant au territoire du Presseur, lieu maudit et terrifiant tous les élèves.
© Lith'
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Ven 29 Avr - 12:01

En cette fastidieuse journée non moins riche de surprises, une canicule s'était subitement déclarée pour le plus grand malheur des uns, alors que les autres y voyaient l'opportunité de se comporter autrement. Pas un nuage n'osait se pointer dans l'océan azuré surplombant le château de la Magical Academy, et l'œil sévère d'Hélios oscillait chaque recoin de Nariyu d'un regard flamboyant et tout-puissant. Omniscient, la chaleur qui suivait chaque rayonnement faisait bouillir l'air, asséchait les flaques répandues par des mains malhabiles et torturait la majorité des habitants du bastion, dont pas même les solides remparts ne parvenaient à filtrer la température grimpant alors sur une pente raide.

On courait, on accourait et on fuyait désespérément ce châtiment suprême auqel il était tout bonnement impossible de couper. Tout le monde devait subir l'affront qu'un homme avait du commettre auprès d'une divinité; car devoir endurer la vie sous le courroux de la fournaise. On pourrait demander aux être mi-humains mi-oiseaux qui sont allés se percher sous le feuillage déshydraté des chênes jonchant la cour assaillie par la fièvre de l'atmosphère, ou encore aux maîtres des éléments qui n'avaient pas la capacité de contrer un tel bouleversement climatique; questionner les chimères qui profitent sûrement de la pénombre abyssale pour conserver tant bien leur identité secrète que leur santé raisonnable, mais au final, ce ne serait qu'une pure perte de temps. Chacun témoignerait d'un seul et même fait : L'Académie fantaisiste est plongée dans une ambiance aride et dénuée de pitié, où pas un n'est en mesure de résister au terrible désir de combler sa soif grandissante. Aucun ne saurait se montrer, apparemment, susceptible d'ignorer complètement la fulgurance des œillades perçantes du Soleil.

La forteresse voit même la pierre qui bâtit son fondement rougir, pour ne pas dire s'embraser, avec l'effervescence de la nature invisible. Les ternes nuances pourtant si particulières attribuées aux tours; le sapin assombri dans lequel est taillé le pont-levis, ou bien le métal qui a servi à forger la grille juste au dessus; rien n'échappe au traitement ultime de ce brûlant aujourd'hui. Le bois se carbonise discrètement, la roche jaunit et entame son arrivée sur les teintes orangées, alors que le fer est aussi abîmé et paré à être remodelé que dans la forge la plus chaude du pays. Ailleurs, dans l'université pour monstres; et plus précisément en son intérieur; on éteint le moindre allumage par pur esprit d'économie et d'allègement physique. Mais ça n'est bien évidemment pas suffisant. Les murs ne sont pas en capacité de retenir la force de l'astre diurne, et finissent eux-même par exulter l'insoutenable pression qui martyrise la communauté.

Le pas de tous se fait plus cruel que jamais, et garder le pied nu plaqué trop longtemps à un même endroit résultera assurément en la création de cloques et autres mutilations corporelles dont absolument personne n'aimerait être orné, que ce soit dans l'idée égoïste de conserver sa beauté intacte ou bien dans l'optique de ne pas avoir à souffrir davantage. Les déplacements sont alors doublés de vitesse et beaucoup plus pressés qu'en temps normal. On ne se promène plus en admirant le gargantuesque pavé pour les nouveaux arrivants; on s'expédie au lieu de nos convoitises pour y trouver une place encore non condamnée à nous blesser au moindre contact prolongé. On ne cherche plus à traverser les voies les plus fréquentées, de peur qu'on y termine bouché dans un embouteillage de masse et qu'on y fonde sur place, si bien que ces fameuses routes sont absoluement inhabitées et vides d'autre chose que de chaleur.

La violence de la météo est telle qu'elle influencerait presque le moral de ses proies innombrables. Difficile de se vouer au bien-être d'autrui lorsque notre propre cas est en imminent danger. C'est d'ailleurs une occasion parfaite pour remarquer qui alloue sincèrement ses motivations à son prochain, et qui ne tient qu'à sa propre survie. Peut-être qu'au fond, c'est ce que cherche cette tension de chaleur insoupçonnée. Peut-être qu'au fond, il s'agit d'une sorte de test consistant à dénoncer et énumérer les peu valeureux des plus bienveillants... ? ... Un jugement du Démiurge en personne pour avoir réuni bien trop de vices différents en un seul endroit. Une sorte de purification brève et massive, concentrée en un point précis, où personne n'est malheureusement épargné...

... Pas même toi. Toi qui n'a débarqué que depuis peu, auprès d'une demoiselle aux mèches violacées, qui talonne le bouillonnant carrelage de pierre granitée depuis déjà quelques bonnes heures. Toi qui fut contraint, pour le bien de ton éducation, de suivre les nombreuses classes qui préférèrent s'installer en dehors des salles habituelles, de peur que l'asphyxie générale ne survienne. Le regard écarlate persiflant un mal-être certain, tu te réserves de commenter le médiocre état dans lequel ton gosier peut bien se trouver, convaincu que chaque camarade adjacent à ta personne souffre du même mal. Et les professeurs, s'ils se doutaient bien qu'il serait ardu de travailler en ces conditions, n'avaient pas l'air de s'inquiéter plus que ça quant à leurs élèves. Au lieu de reporter les cours à d'autres heures plus adéquates à l'enseignement commun, ils se déterminèrent pour perpétuer leur carrière didactique, à l'image d'indestructibles maîtres penseurs. Dommage pour eux; très peu d'oreilles sauront faire l'effort d'écouter les mots des parleurs plutôt que les maux de tête.

Tu faisais ainsi donc parti intégrante de ces groupes disséminés à travers le parc de l'Académie, qui devait avoir l'air bien plus verdoyant que la fébrile plaine luisante d'une maladie que les plantes connaissent très bien en un temps pareil. Miraculeusement, le temps paraissait bien plus clément que son cousin l'espace; abasourdi par la douleur de cet espèce d'Été meurtrier, les seuls paroles qui parvinrent à te raviver -et non sans la dose d'adrénaline qui va avec- fut celles qui autorisaient la rupture des rangs. Une fois les cours passés, puisque tu n'étais vraiment pas en pouvoir de les prendre, tu te relèves en ignorant les quelques yeux dans la foule suante qui se posaient curieusement sur ton visage étranger. Un cahier noir sous le bras dans lequel un stylo sert en double fonction de marque-page -la couleur de l'accessoire n'aide d'ailleurs vraiment pas à souffler, tout le monde sait que le noir absorbe la chaleur-, tu fuis aussitôt la classe achevée en direction des plus sombres corridors qu'il t'a été donné de visiter jusqu'ici.

Là, il n'y avait que ta conscience pour te persuader que le fardeau de la canicule était réduit. Mais la conviction d'un esprit sur le corps peut amener à beaucoup de possibilités... Et dans des journées pareilles, qui ne deviendrait pas fou, de toute manière ? ... Tu y soufflas un large coup, reprenant une respiration haletante et paraissant faiblir en quantité d'oxygène; la majorité de l'air inspiré n'étant qu'une énième bouffée de chaleur. Et alors que ta main droite maintient ton ouvrage scolaire fermement, ta gauche vient dénouer l'ombrageuse cravate superposée à ta chemise, avant de libérer ton cou d'une ceinture mortelle. Ensuite, tu glissas la lanière de flanelle contre ton épaule droite, avant de reprendre ta route. Tes pensées s'embrouillent, toujours un peu sonnées par la suite d'événements rocambolesques dans ton existence anodine.

Entre la découverte de ta capacité à ignorer la Mort en personne, le fait qu'une école fréquentée par le surnaturel t'ouvre les portes et patientait pour ta venue depuis un petit bail déjà; la rencontre fortuite entre l'immortel que tu es, et un brin de femme enjôleur; à tout cela, additionnons le joug malsain des cieux sur votre anatomie... Tu as mal au crâne, mais tu es assoiffé. Hélas; tu n'as rien pour te sauver la mise directement à disposition... Rien, à part la possibilité de prendre ton mal en patience et de profiter de quelques endroits libérés de la foule comme du surplus de lumière incandescente immaculant ta voie du même rouge calcinant tout le château.

Tu pouvais profiter d'endroits comme la bibliothèque, par exemple. Et, à vrai dire, c'est le choix instinctif que tu entrepris : tes pas traînants t'emmenèrent jusqu'au lieu-dit... Où déjà, d'incalculables surprises s'animaient et s'amoncellent pour te démontrer qu'il n'y aura pas que la canicule pour rendre aujourd'hui unique en son genre. Le trajet fut net et rapide, parce que tu ne voulais pas perdre plus de temps à souffrir le martyr dans les couloirs embaumés par l'illumination du Soleil, mais celui-ci s'avérait détenteur d'un rôle autre que celui de bourreau collectif. Au milieu de cet instant de paix, malgré tout accompagné par la température surprenante finissant par se concrétiser comme étant un trait banal de la journée... Une tendre lueur argentée, timide comme tout, se manifestait sous une poubelle entreposée pile à côté de l'énorme porche d'acajou faisant office d'ouverture donnant sur ladite bibliothèque. Comme douée de sa propre volonté, l'éclat brillant interpelait ta curiosité après avoir forcé ton regard à s'abattre dessus.

Il ne fallut que ployer brièvement ton genou au sol pour remarquer qu'il s'agissait d'un trousseau de clefs dégageant une aura mystérieuse; celle-là même qui aurait pu t'aspirer à t'élancer dans une nouvelle aventure risquée au sein de la ville où tu habitais avant tout ce remue-ménage. Mais, à peine as-tu le temps de te redresser convenablement -c'est-à-dire au prix d'un lourd soupir de fatigue-, que des paroles piquent tes oreilles et empalent tes principes avec une brutalité qui ne te susurre que plus de colère envers des gens pareils...

-Pouah, elle me répugne trop cette greluche toute blanche ! Avec une tête pareille, elle aurait mieux fait de se flinguer plutôt que nous imposer cela ! Au moins maintenant, on est tranquilles. Personne ne trouvera ce passage.

... Le meneur d'un tas de loubards se vantait de s'en être pris à "elle". Une demoiselle a-t-elle été victimisée dans les rayons des livres... ? ... Courir après l'autre imbécile pour l'insulter n'aurait servi à rien. Et, tu as beau être avisé à lui flanquer un poing digne de son arrogance; le choix moral le plus correct restait tout de même celui de vite porter secours à la fille en détresse, quoi qu'il puisse lui arriver. C'est en ces occasions précises que tu veux te prouver gentleman parfait; car c'est bien de cette unique façon que tu prétends te démarquer de la population. Non pas que tu y voies un simple intérêt égocentrique; tu es tout aussi motivé par le respect naturel que tu portes ouvertement à ces mesdames. Il t'est donc inconcevable de laisser une adhérante de la gente féminine dans le besoin; qu'elle soit humaine, hybride ou tu ne sais quoi d'autre.

Un pas après l'autre, tu fonces cette fois-ci dans la bibliothèque, à la recherche de la malencontreuse proie des abrutis précédents. Ta détermination renouvelée, te voilà étrangement hors de portée de la sulfureuse haleine qui te portait à ébullition il y a peu : rien ne compte plus que d'accorder ton soutien à celle qui le nécessite. Hélas pour toi, rien ne se rapproche de près ou de loin à une dame en détresse... Et ce n'est pas faute d'avoir fusillé du regard chaque allée, avant de t'être engagé dans chacune d'entre elles... Au bout de la dernière néanmoins, un souffle d'espoir te parvint. Après avoir fouillé pour la moindre trace de débat physique -si tant est qu'il y en avait eu un-, au plus profond et obscur des rayons de la place, un détail te chatouillait littéralement la nuque. Une brise, sensiblement plus fraîche qu'ailleurs, venait côtoyer ta peau exposée dans un sifflement sourd. L'iris carmin alerté par une telle anomalie, tu étends alors une analyse supplémentaire tout autour de toi... Avant de constater un fait troublant, et Ô combien cliché. Dès lors que tes yeux s'arrêtèrent sur ta droite, tu pus constater d'un grimoire semblable à tous ceux qui forment sa lignée dépasser de peu. Et, en ravisant de face ce fameux ouvrage, tu pouvais sentir l'air refroidi en pleine poire...

... Qu'il s'agisse d'un pur éclair de génie, ou d'un coup de chance magistral; l'important était que tu venais de dévoiler une entrée secrète sitôt que ta main céda à ta sale manie d'assouvir ta curiosité dès que possible. Le meuble consolidé s'écartait de lui-même dans un grincement rocailleux presque inaudible, ouvrant un passage descendant et abandonné par toute lumière salvatrice. L'unique moyen de s'y repérer était la multitude de bougies qui avaient trouvées un étrange personnage pour les allumer là. Et si tu chassais dans un premier temps l'idée de t'engager dans ce ténébreux caniveau; les dires du malfaiteur résonnèrent pour t'amener à fouler l'escalier fissuré et effrité. Et pendant que tu t'enfonçais dans le côté obscur de Magical Academy, à la surface, on n'entendait plus que le cliquetis spécifique à l'amas de clefs dont tu t'es emparé plus tôt... L'endroit découvert était lugubre; parsemé d'animaux fétides et d'arachnides sournois, décoré à l'aide d'ossements rongés par le temps et les mêmes rats qui filent au lointain, il t'était plus facile de te murmurer intérieurement qu'il était normal pour un bâtiment pareil d'avoir des catacombes plutôt que de te tirailler d'effroi sous le regard diabolique des crânes tournés sur ta voie.

Mais, parmi les différents craquements des tibias et fémurs sur lesquel tu empiétais nonchalamment, embrasé par le devoir de mener à bien ton objectif -quoique tu as bien manqué de perdre espoir en remarquant jusqu'où tout cela pouvait te mener-; un bruit anormal se fit plus grand, paradoxalement au fait que ce même son était amoindri. Cadencé, à un rythme irrégulier mais pourtant facilement suivi... Tu avais remarqué des sanglots. Ce qui ne te stoppait pas dans ta progression : bien au contraire, c'était l'indice idéal pour te pousser à chercher encore plus profondément. Tu contenais la moyenne frayeur que pouvais t'insuffler les maléfiques corridors avec aisance, le visage plissant une moue appréhensive... Jusqu'à ce que tu débouches sur la personne tant convoitée. Après une marche longue et non moins périlleuse d'un point de vue psychologique, les faibles lumières tamisées donnaient une vue suffisante sur la malheureuse assaillie.

-... Mon Dieu... Soupiras-tu par réflexe, dans l'effroyable silence qui flottait dans l'air poussiéreux. Mais il n'y avait pas un instant à perdre... Tu bondis presque jusqu'à la pauvre, avant de tendre des mains hésitantes en direction de son faciès. La première chose que tu voulais faire était d'essuyer ses larmes, tenter de la réconforter... Mais à vue d'œil, ça n'était pas le premier souci à régler. Alors que tu détaillais la belle une infime seconde, tu remarquais qu'on l'avait menotté, enchaînée avant d'aller jusqu'à la pendre. Et alors, tes tous premiers gestes furent les suivants : Une leste main vint libérer son cou la menaçant de mourir étouffée, alors que l'autre, plus délicate encore, dégagea le bandage obstruant la vue de la demoiselle. Tu pouvais dès lors contempler ses pupilles ésotériques si elle daignait te porter un quelconque regard; mais dans tous les cas, tu n'éprouverais aucune mauvaise surprise. Tu lui adressas une lucarne déjà plus affinée, soufflant de soulagement au constat de son état. -Vous n'avez pas l'air trop en mauvais état... Je vais vous sortir de là, ne vous inquiétez pas. Je vous le promets...

... Lui assuras-tu, d'une voix aussi sincère qu'assurante.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Ven 29 Avr - 19:00


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Les minutes s'égrainent avec une lenteur impressionnante, du moins c'est l'impression qu'ont tous les étudiants en cette journée caniculaire. Levé à l'aube comme à son habitude, le soleil ne laissait rien paraître de son plan diabolique. Aussi brillant qu'à l'ordinaire, il fait d'abord semblant de rien avant que ses rayons ne viennent frapper les pauvres âmes mortelles pour les envelopper dans une chaleur insoutenable.

Dans le ciel d'un bleu éclatant, aucun nuage n'a le courage de venir y naître afin de mieux respecter la suprématie du roi soleil. La brise elle-même se terre dans un coin invisible, n'osant souffler de peur de s'attirer les foudres du compagnon de la lune. Depuis son royaume d'éternité, le dieu Hélios surveille la progression de son infinie puissance avec mille satisfaction, un rictus malveillant se dessinant sur ses fines lèvres.

Ainsi, les êtres humains méprisent la nature de Pan et se croient plus forts que les divinités avec leur prétendu pouvoir de l'argent ?  Qu'ils payent le prix de leur arrogance et comprennent combien ils sont vulnérables, qu'ils connaissent le goût amer de la défaite face à l'environnement.

Les puissants rayons réchauffent l'eau, brûle l'atmosphère et assèche les moindres flaques bienfaitrices des derniers jours de pluie. Même les murs, pourtant érigés avec force ne peuvent résister et laissent échapper la chaleur à travers leur propre épaisseur. Le thermomètre s'affole et le liquide rougeâtre grimpe avec folie, manquant de faire tourner de l'œil les jeunes gens les plus fous ayant osé le regarder.

Les jambes se délassent, courent et fuient dans l'espoir impossible d'échapper à la punition suprême d'Hélios mais les pensées de ce dernier sont bien trop déterminées pour qu'il ne puisse que renoncer, ne serait-ce qu'une seconde.   Le moindre mouvement ne fait que rendre la torture plus affreuse encore alors que la divinité s'en réjouit en secret.

Le monde semble être plongé en Enfer où les écrits religieux mentionnent une chaleur inhumaine en permanence où les damnés se font lécher par les douloureuses flammes éternelles sous le joug des démons aux aspirations cruelles. Humains, hybrides, lycans, vampires, licorne, phœnix, animaux et autres créatures réelles ou dites "imaginaires" pour les âmes rationnelles, tous souffrent de cette pénitence offerte par l'un des 4sujets de Zeus.

Certains pourraient croire que le désert du Sahara s'est transféré à l'Académie, le sable en moins mais la chaleur torride montre aux esprits pour venir y répandre de doux grains de folie.  Les gorges attrapent de l'eau avant de s'assécher à nouveau dans les secondes suivantes, la soif est impossible à étancher et aucun remède de peut venir soulager ces êtres torturés.

L'herbe semble cuir sous les rayons ardents, les murs voudraient s'effriter pour ne plus souffrir au lieu de rougir avec indécence.  Même la grille en fer forgé adorerait pouvoir s'échapper au lieu d'avoir l'impression de fondre. Les tours tiennent encore debout par la construction humaine mais si elle avait des jambes, nul doute qu'elles s'en serviraient pour fuir le courroux d'Hélios. S'ils n'étaient pas aussi majestueux et puissants, les arbres pourraient dessécher sur place. Les quelques animaux le pouvant s'offrent un refuge de fraicheur entre leur branche, les autres se posent dans leur ombre.

Le bois pourrait brûler si le moindre objet en verre venait attraper les puissants rayons du soleil pour les déverser dessus. Les rochers sont contaminés par une étrange jaunisse naturelle et certains virent à l'orangé alors que le fer s'oxyde bien plus rapidement qu'à l'ordinaire tandis qu'un amas de rouille en rajoute dans sa douleur.

Aucune matière n'est capable de retenir l'extraordinaire force du soleil et à ce jour, seule une unique chose semble en avoir le formidable pouvoir. Néanmoins ce rival semble être invisible dans ces instants cruciaux alors que les étudiants jouent les martyrs avec l'exagération de mauvais acteurs.
Même les chaussures ne font qu'à peine preuve de résistance sur le sol brûlant, les pas se font plus empressés afin de ne jamais rester au même endroit trop longtemps de peur de vraisemblablement fondre sur place à la manière d'une glace.

Aucun pied nu n'a l'audacieux courage de venir se montrer, les cloques et autres souffrances se délectant dans l'attente de cette erreur fatale. Les couloirs se vident de leurs foules habituelles, tous les élèves apeurés à l'idée de s'y retrouver coincé et d'y dessécher en quelques minutes. Encore faut-il être atteint d'une certaine démence pour rester au sein même du bâtiment étouffant alors que l'extérieur semble être le  plus moindre de ces maux.

Les rares places d'ombres sont occupées par des dizaines d'animaux et aucun vouloir accueillir les âmes humaines désespérées. Comme alliés avec le dieu soleil, ils défendent leur territoire avec une ardeur incroyable comme si une seconde motivation existait dans leur inconscient. Ces terriens ne méritent pas la moindre fraicheur, pas après ce qu'on fait ces monstres à celle qu'ils adorent par dessus tout.

***


L'obscurité dévore l'espace, se régalant de tous les élans de peur et de mort flottant en permanence dans l'air. Les ténèbres surpuissantes se déploient, impératrices suprêmes de ce royaume sans vie où leurs seuls sujets sont de terrifiants crânes édentés accompagnés de leurs rares ossements dispersés de ci et là. De rares torches osent encore se rebeller, diffusant une trop faible lueur pour être prise au sérieux par les maîtres démoniaques des lieux.

Sources d'inspiration inépuisable des racontars les plus sordides, les catacombes de cette mystérieuse école sont synonymes d'horreur et de répulsion.  La rumeur la plus célèbre prétend avec certitude qu'elles sont le repaire d'une terrifiante créature qu'aucun être sensé n'irait affronter. Sans corps matériel à l'état pur, Le Presseur ou le Broyeur serait une sorte d'entité diabolique dont le plus grand plaisir est de massacrer ses victimes en les pressant contre les murs au point de broyer leurs os et que leur silhouette décharnée se creuse à travers la pierre rêche. Les uns racontent qu'il posséderait une paire de cornes semblables à celles du Diable selon les visions de la Bible, les autres préfèrent dire que ses crocs luisent du sang de tous ceux qu'il a pu tuer, leurs restes ornant encore ces lieux maudits pour l'éternité.

Entre la vérité et le mensonge, il n'existe qu'un pas mais personne n'osera le vérifier dans le cas de ces horrifiants bruits de couloirs. Qui serait assez fou ou téméraire pour risquer sa vie et son âme, que le montre dévorerait intégralement, au cas où ce dernier existerait bel et bien ? Comme pour mieux confirmer tous ces dires d'étudiants, les portes sont condamnées depuis fort longtemps.

Pourtant, la ruse et l'habileté de la jeunesse viennent encore une fois de faire leurs preuves avec le détournement des règles de sécurités. Cadenas forcés, ouvertures déliées et grille sans protection frayent désormais un chemin vers les effroyables ténèbres. Les cellules aux fers rouillés se succèdent les unes à la suite des suite, toutes dignes des films d'horreur les plus réussis.

Dans l'une d'elle, une fine silhouette se détache dans l'obscurité. De longs cheveux couleur de neige tombent avec grâce dans son dos tandis que son visage de pêche est strié par les traces de violentes griffures. Un bandeau est serré avec hargne sur ses yeux comme pour mieux l'enfermer dans la nuit la plus sombre.

Une robe blanche de taille moyenne couvre à peine son corps frêle d'où suinte pourtant des jambes fines et une poitrine généreuse sous un léger tissu rouge, fait bien troublant pour les yeux avisés ayant détecté son visage d'enfant accompagnant des formes d'adolescente. Ses épaules dénudées par son vêtement déchiré montrent une peau sans imperfections tandis qu'une croix rougeâtre est peinte avec magnificence sur son bras gauche. Ses cheveux blancs recueillent la présence d'un bandeau noir et d'oreilles factices de chat, accessoires à la mode ridicules chez certaines personnes mais ô combien mignon chez une fillette aussi hors-norme.

Les chaines glaciales et rouillées se referment sur ses frêles poignets, les emprisonnant dans une torture des plus terrifiantes.  Ses doigts fins sont enserrés par une corde impitoyable lui empêchant le moindre mouvement.  Pire encore, son cou est emprisonné par une sorte de ceinture relié au mur par un long filin, manquant de lui procurer étranglement et souffrance à chaque geste qu'elle oserait esquiver dans l'atmosphère.

Le froid des catacombes s'incruste à même son corps d'enfant, déclenchant des tremblements incessants. Ses pieds se crispent au contact du sol râpeux tandis que les pierres coupantes s'amusent à irriter sa peau mate. Une araignée se promène effroyablement sur sa poitrine généreuse, légèrement couverte par le fin tissu de sa robe immaculée. Son collant déchiré git pitoyablement à côté d'elle de même que son sac à dos remplit de son matériel à dessin. Au fond de la cellule luit faiblement un pendentif orné d'une magnifique étoile d'or mais elle n'ose plus briller tandis que sa propriétaire est dans l'obscurité. Quelques tubes de couleur, crayons, feuilles et pinceaux reposent lamentablement sur la poussière des lieux, tout leur talent gâché par l'effrayante obscurité.

Les larmes silencieuses coulent en cascade sur ses joues tandis que des violents soubresauts agitent son corps de temps en temps, emportés par la force de ses sanglots. Elle ignore depuis combien de temps elle est ici. Tout ce dont elle se souvient, ce sont des mains l'agrippant en arrière aux alentours de 10 h ce matin avant de lui bander les yeux et l'entraîner violemment dans cet effroyable endroit pour l'y enfermer, quitte à avoir sa mort sur la conscience.  Son regard porteur de malédiction n'engendre que la haine et le mépris autour d'elle, seulement les sanctions ne sont jamais allées aussi loin qu'aujourd'hui.

-... Mon Dieu...

Alors qu'elle suit le fil de ses pensées et souvenirs douloureux, ses muscles se tendent soudainement avec une extrême violence. Une voix inconnue vient de résonner dans l'étroite cellule en deux mots synonymes d'horreur et d'inquiétude. Son instinct se réveille brusquement pour lui susurrer sournoisement l'approche d'une aura étrangère et pire encore, représentante de ses pires cauchemars.  Ses jambes se replient de plus belle sous elle et elle tente de se débattre mais la ceinture autour de son cou stoppe son entreprise en l'étranglant tandis que les chaines et cordes strient de plus belle sa peau.

Dans son esprit, les pensées les plus terrifiantes courent en tout sens, lui hurlant que l'être qu'elle craint par dessus tout se trouve en face d'elle. Alors qu'elle fait tout pour éviter la foule et le contact des autres, elle est malgré tout approchée par quelqu'un et pas n'importe qui. Un homme...un représentant de la gente masculine, cette espèce qu'elle abhorre par dessus tout, ce cauchemar hantant en permanence son âme et lui souillant l'existence.  

La voix peut être aussi douce et tendre que le miel réchauffant la voix lors de grands froids, l'inquiétude sincère s'y échappant ne peut atteindre le cœur gagné par la panique de la petite fille aux cheveux de neige. Les mots aux sonorités étranges et inconnues s'immiscent dans son esprit pour se laisser décoder avec hardiesse. Cette mystérieuse langue que ses protecteurs nomment le français ne pourra t-elle jamais passer les barrières de sa connaissance ? Un sourire ironique se dessine mentalement en son âme. Ce rêve n'est que grotesque et hilarité pour une enfant atteint de son mal. Comment pourrait-elle espérer toucher du bout des doigts cette utopie impossible ?

Si elle en avait les capacités, nul doute qu'elle aurait lâché un gémissement de peur et des couinements d'enfant affolé. S'emmurant dans le silence, comme obstinée, elle n'émet aucun son de réponse. Les pleurs redoublent d'intensité sur son visage. Ses muscles se tendent et instinctivement elle tente de bouger les bras comme pour espérer s'échapper. Se débattant avec l'énergie du désespoir, son rythme cardiaque bat avec une effroyable intensité comme si son cœur allait lui arracher la poitrine d'une seconde à l'autre.

Privée de sons, comment lui faire comprendre qu'elle est incapable de lui répondre, quand bien-même elle le voudrait ? Son unique manière de communiquer lui a été arrachée par la présence d'une corde aux mille nœuds lui enserrant férocement les doigts.

Les chaines sur ses poignets n'empêche pas le passage de sa phobie venue lui susurrer méchamment qu'un représentant est ici, à peine à quelques mètres d'elle. Un cauchemar des plus terrifiants s'immisce dans son esprit paniqué. Elle est seule et sans défense face à un homme, l'objet même de la peur lui nouant les entrailles. Les larmes déchirent ses joues meurtries par la violence de ses bourreaux.

Même si elle était capable de lancer le moindre son, qu'aurait pu t-elle dire ? Les mots étranges employés par l'inconnu résonnent de manière désagréable à ses oreilles. Elle ne connait pas cette langue étrange que ses protecteurs nomment le français, seule la magie permanente l'entourant lui permet de bénéficier d'une traduction, aussi faible soit-elle.

Des sanglots silencieux continuent de couler le long de ses joues d'enfant tandis que son corps émet des tremblements permanents tandis que l'aura de la peur la plus pure suinte inévitablement d'elle.  Son rythme cardiaque s'emballe dans une danse infernale tandis que sa respiration suit le mouvement, le tout dans un silence des plus déconcertants. Aucune fibre de son ne s'échappe d'elle, pas même les signes élémentaires de vie.

Une douce brise s'approche lentement d'elle et vient frôler ses poignets emprisonnés par les lourds bracelets de fer. Son instinct lui hurle que son cauchemar se rapproche centimètres par centimètres et qu'elle ne pourra jamais y échapper. Redoublant d'ardeur, elle se débat avec l'énergie de sa phobie courant dans tout son corps. Ses sanglots deviennent une cascade des plus puissantes et les gouttes glaciales tombent sur le sol. D'infinis tremblements l'agitent comme possédée.

S'agitant sur ses chaines, elle sent que son cœur s'accélère de plus belle, la cadence effroyable lui coupant la respiration durant quelques secondes avant qu'elle ne devienne haletante mais étonnement silencieuse. Muées par le désespoir et la peur, ses jambes se débattent et les sanglots silencieux ne cessent de déchirer son si beau visage.

Le vent se glisse entre ses maigres bras et le mur tandis que le corps de l'inconnu s'agenouille devant elle pour espérer la délivrer de ses tourments sans même savoir qu'il en est partiellement la cause. Tentant de calmer sa respiration emballée et le rythme démoniaque de son cœur, elle ne peut s'empêcher de trembler tandis que les chaines tombent une à une sur le sol en signe de liberté.  La corde nouant ses doigts est relâché avec facilité et sa peau n'en frisonne que plus belle sous l'effet de son aura de terreur.

Un violent haut-le-cœur manque de franchir ses lèvres rosées avant qu'elle ne le retienne de justesse. Elle tremble de tout son corps tandis que son cœur lui procure d'atroces souffrances à chaque battement effréné que sa peur lui impose. Très bientôt, elle sent une bouffée d'air s'engouffrer dans ses poumons avec bienfaisance.

Ses poignets et ses doigts sont délivrés des chaines et de la corde avant que son cou ne subisse la même guérison, le poids de la ceinture et autre instruments de sa torture tombant sur le sol en silence.

Des mains la frôlent et un frisson de terreur parcourt son corps à la manière d'une violente décharge électrique. Des doigts jouent derrière sa tête et enfin les nœuds de son bandeau trempé par ses larmes ne sont plus qu'un mauvais souvenir.  Pour autant, il est impossible à l'inconnu d'en savoir plus sur la jeune prisonnière. Demeurant obstinément muette en dépit de sa présence, ses yeux sont clos et pourtant il est clairvoyant qu'elle n'est pas atteinte de cécité, sa tête s'étant levée à l'approche pourtant silencieuse de l'étranger.  

-Vous n'avez pas l'air trop en mauvais état... Je vais vous sortir de là, ne vous inquiétez pas. Je vous le promets...


Les mots étranges résonnent dans l'esprit de la fillette sans qu'elle ne puisse y porter une réelle attention. Les sonorités inconnues lui sont incompréhensibles et sans l'usage d'artifices, elle serait bien incapable de les déchiffrer. Lorsque le tour de passe passe opère dans l'invisible, elle n'émet aucun signe de réponse.  Son visage griffé, ses habits déchirés et la faiblesse dans lequel le jeune homme l'a trouvée en dit long sur son état.

De plus, comment peut-il espérer tenir sa promesse absurde avec une enfant dévorée  par la peur juste en sa simple présence ?  Ses pensées ne durent qu'une seconde avant que la situation ne bascule dans l'horreur.

Une fois libre, la fillette opère un effroyable manège. S'agenouillant dans le coin le plus proche d'elle, de dos à l'inconnu, elle laisse sa nausée prendre le dessus sur son corps pour la rejeter sur le sol poussiéreux.

Gagnée par la panique la plus pure, sa douce aura explose de manière invisible autour d'elle et comme irrémédiablement attirées, des centaines d'araignées pénètrent soudainement dans la cellule. Grimpant avec dextérité sur le mur derrière la petite fille, elle font face au jeune homme dans un tableau de menace. Elles sont rapidement suivies par quelques rats se plaçant non loin d'elle comme pour la défendre. Aussi moindre soit-elle, la rare faune présente en ces lieux va pouvoir l'aider.

Comme fortement liées à la demoiselle et comprenant instinctivement la situation, les araignées se séparent lentement. Quelques unes se regroupent et après quelques secondes, un étrange signe se dessine sur le mur grâce à leurs corps velus.

Quelques lignes sont tracées par les insectes peignant sur les pierres rêches quelques kanji japonais. Le premier désigne le mot "fillette" pour montrer  l'enfant enchainée et le second éclaire enfin le garçon quant au silence obstiné de la petite. Il décrit l'adjectif "muette".  Voilà pourquoi elle ne disait pas un mot depuis l'arrivée du garçon, elle en est tout simplement incapable, privée du moindre son. Elle n'est pas malpolie comme pourrait le suggérer son absence de reconnaissance mais prisonnière du monde du silence, elle ne peut émettre la moindre oralité, même une simple respiration, tout est marqué par l'absence de sons.

Aussi répugnant puisse être cet acte de nausée perpétué par la fillette, les araignées s'empressent de délier leurs corps pour former de nouveau un dessin de la langue japonaise. Pendant que la petite fille soulage son malaise, les kanji des bestioles procurent une explication des plus terrifiantes. "Peur des hommes", voilà les trois mots que les petites bêtes ont tout eu juste le temps de tracer avant que l'enfant ne se retourne, la respiration haletante et les yeux toujours fermés.

Non pas qu'elle soit impolie ou prise d'une violente maladie, sa nausée est sans aucun doute due à sa peur panique de sa proximité avec le garçon bien qu'il l'ait libérée de ses chaines. Au pays du soleil levant, une telle démonstration publique est très mal vue mais comment une enfant terrorisée par la gente masculine pourrait-elle évacuer tout son stress alors qu'elle a été en fort contact avec l'objet même de sa phobie, ces réactions sont mêmes naturelles chez les personnes atteintes de ce genre de pathologies mentales.

Désireuses d'aider leur jeune amie, les araignées restent ainsi, espérant que le garçon comprenne rapidement la situation et qu'il puisse délivrer leur maitresse. Aussi douées soit-elles pour que leurs corps dessinent des termes du pays du soleil levant, elles ne peuvent être mobilisées pour faciliter les relations sociales de l'enfant avec le monde qui l'entoure.

Les tremblements et les pleurs permanents ne mentent pas : l'enfant est prisonnière de la panique et la peur court sur tout son corps. Pour autant, elle semble être l'amie des rats et des araignées, créatures fortement répugnantes pour la plupart des êtres humains. Mieux encore, ces dernières sont capables de l'aider en déployant leurs corps à la manière de l'écriture japonaise.

En son esprit, sa bonne éducation et sa phobie luttent férocement pour espérer prendre le pouvoir. Les armes invisibles s'entrechoquent avec une infinie violence, les lames froides chantant les couleurs de l'espoir face à la terreur. Après de longues secondes, l'une des deux armées doit rendre les armes face à la puissance de plus en plus grande de la seconde. Enlevant ses paumes de son visage, la petite fille laisse ses yeux clos pour que leur malédiction ne touche pas celui l'ayant libéré. Les doigts fins s'agitent et une voix d'enfant résonne dans la cellule sans que ses lèvres ne s'ouvrent.

- Nasson né lilèwe Sisi...nalo Sisi né lit merchi... Sisi chait né n'awaignées n'ont lit n'au nasson...Sisi né chavait pwlé n'avant mais né muelle...et Sisi né chait n'aussi...n'araignées n'ont wewélé...Sisi n'a peuw zommes...n'asson né lewait pati..Sisi né maulile...né zyeux Sisi né chon maulits...
(Le garçon a délivré Sisi alors Sisi lui dit merci. Sisi est l'amie de la nature. Sisi sait que les araignées ont dit au garçon...Sisi savait parler avant mais elle est muette...Et Sisi sait aussi...que les araignées ont révélé que Sisi a peur des hommes...Le garçon devrait partir. Sisi est maudite...les yeux de Sisi sont maudits)

Ses doigts dansent avec une grâce incroyable pour y dessiner des mots que sa voix est incapable d'exprimer. Celle entendue est habitée par l'artificiel, la preuve en la bouche demeurant fermée de la petite fille.

Bien qu'atteinte de mutisme, la fillette semble être capable de s'exprimer grâce à la langue des signes et à une étrange magie l'entourant en permanence.  Ses doigts dansant avec une merveilleuse grâce, elle demeure lèvres closes comme pour mieux prouver qu'elle ne ment pas et que si le jeune homme entend une voix résonner en son esprit, ce n'est certainement pas la sienne mais seulement un artifice destiné à la rendre compréhensible sa langue des signes, connaissances très rarement présente chez les êtres humains.

Preuve que le fantastique n'est pas infaillible, la traduction dans ce que ses protecteurs nomment le français qu'elle est incapable de comprendre est plus qu'imparfaite avec ses nombreuses erreurs de prononciation et sa grammaire bancale. Ce mystérieux sortilège ne fonctionne mieux si la personne qui en bénéficie, ici l'enfant à la chevelure de neige, a une bonne connaissance de la langue de ses interlocuteurs. Hélas pour la fillette et ceux à qui elle s'adresse, que trop rarement, elle n'a jamais appris ce langage. Pour autant, ses deux protecteurs ne sont jamais inquiétés du phénomène, lui assurant qu'avec toute autre langue, le résultat aura été le même.  

Fait encore plus étrange et inquiétant, l'enfant ne semble jamais utiliser le pronom personnel de la première personne du singulier et se désignant par la douce sonorité d'un étrange surnom, "Sisi". À croire que son identité lui a été enlevée au point qu'elle ne reconnaisse plus sa singularité et que sa vie n'est qu'un souvenir flou parmi les limbes de la mort.

Toujours victime de ses tremblements et des traces de pleurs coulant sur ses joues, la petite fille demeure assise sur le pierres glaciales, la tête baissée et les yeux obstinément fermés. Bien que déliés de leur bandeau, ils refusent de croiser le regard du jeune homme, ou plutôt leur propriétaire apeurée.

Des cheveux aussi blancs que la neige, des formes pareilles à celles d'une femme, un profond mutisme mêlé à une extraordinaire et maladroite langue des signes sans oublier une phobie évidente envers la gente masculine, preuves en sont ses tremblements et ses sanglots permanents, voilà une rencontre hors du commun, même au sein des murs de cette étrange académie.

Si seulement elle pouvait réentendre le son de sa propre voix.
© Lith'
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Sam 7 Mai - 13:51

Le Soleil meurtrit les âmes en peine, abandonnées au sadique courroux du Dieu Chaleureux se délectant du jugement qu'il accorde à ses sujets. La folie naît là où la raison dépérit; entre deux arbres à l'ombre rongée par la lumière destructrice de l'Astre Diurne, ou bien dans le cœur de certains qui se vouent à une égoïste conviction. La sécheresse prend par surprise le peuple de Nariyu et l'Académie, sans la moindre hésitation ou parcimonie : tout y passe. Et alors, on s'arrose autant que possible dans un esprit de convivialité pour les plus naïfs et de survie pour les plus pessimistes. Difficile d'affirmer laquelle de ces deux parties, selon la vision manichéenne de ce désastre, est la plus méritante d'être abandonnée à son sort... Parce qu'au-delà de cela, le reste cherche déjà un remède à ce climat aride. On continue de penser à la manière de s'hydrater convenablement, ou encore aux abris les plus susceptibles de bloquer les rayons caniculaires.

Ce sont finalement les enterrés et les cachés qui auront eu raison de conserver leur statut d'habitant de l'outre-monde; les souterrains réussissent là où les murailles de l'édifice ont échouées. On aura beau croire que ces remparts graveleux tiendront la chaleur bien à l'écart de notre peau suant d'horreur, il n'y a que la terre pour absorber cet excès de lumière et la rediriger là où le sol est en manque. Peut-être est-ce pour cela que la Nature persiste à tenir sous les coups de Hélios, et se maintient miraculeusement sous l'accablante fournaise... La photosynthèse est un procédé incroyable, quand on y réfléchit. Et les rares élèves probablement capables de copier ce mode de récupération sont sûrement les seuls qui ne fuient pas les yeux du Roi Soleil.

Toujours est-il que ceux qui se sont affranchis des frontières terrestres profitent d'un certain calme. Bien qu'eux aussi gênés par l'haleine brûlante des cieux, en bas le choc est déjà cent fois plus léger et libéré qu'en surface. Les monstres se satisfaisant de l'obscurité des lieux doivent bien rire des malheureux torturés, alors qu'il se repaissent de la faune locale -pour les plus sales d'entre eux-. En bas des escaliers, des échelles ou des puits; dans les sinueux corridors des ombrageuses catacombes, des prisons cachées, des caves gigantesques; on ignore très facilement la poussière teintant l'oxygène d'un mal-être sournois parce qu'on sait que l'air extérieur vous calcine les poumons plutôt que de les embaumer de saletés qu'on pourra de toute manière tousser ensuite.

Il fallait bien sûr prendre le risque de rencontrer les légendes urbaines montées par quelques preuves truquées ou témoignages foireux; le mythe du moment étant celui du Broyeur, entité malveillante assoiffée de sang et qui se nourrit exclusivement de la chair des victimes écrasés contre son territoire emmuré; mais entre une mort longue et fastidieuse et une rapide et insidieuse, durant laquelle vous serez au moins soulagé de ne pas souffrir des sévices du premier choix... Quelle est la meilleure décision ?

D'autant plus qu'il existe des témoins pour appuyer sur les faits. Les élèves ayant foulés le pavé effrité des bas étages savent de quoi il s'agit, et sûrement se mordent-ils les doigts comme des addicts de la fraîcheur mortuaire des lieux. Lorsque la vie nous calcine sans vergogne, même la glaciale main de la Mort est la bienvenue pour nous extirper du joug rutilant. Ce dernier est si puissant qu'il fait même fuir les nuages, pourtant uniques protagonistes vraisemblablement en pouvoir de filtrer la chaleur du Soleil en cette épuisante journée. Mais aujourd'hui, le souffle de ce dernier est beaucoup trop pesant pour quiconque, et même le matériel dénué d'émotions ou de sens de la douleur exprime son désarroi. Si les minéraux, les métaux, les plantes, les bâtiments pouvaient transpirer; un nouvel océan au goût salé aurait déjà recouvert le monde entier.

Mais fuir sous la férocité de ces assauts omniscients ne fait que nous fatiguer plus rapidement encore. Il devient ardu de courir, et bientôt; une fraction des élèves se comporte comme des zombies à la recherche d'eau ou du moindre autre liquide duquel ils pourront raviver leur gorge déssechée. Les malheureux ne trouveront, hélas, pas leur bonheur jusqu'à nouvel ordre d'Hélios. Le monstrueux démiurge n'a d'ailleurs pas l'air paré à retirer les chaînes de ses tourments aux victimes pour le moment...

... Heureusement que les divines Ténèbres protègent donc quelques fidèles dévoués à la cause de l'Obscur, ce dernier abritant même les désemparés fondus dans le décor de ses anciens couloirs. Comme quoi, il reste toujours possible d'échapper à la juridiction d'un tout-puissant. Et de ce fait, pouvons-nous ne plus le qualifier de tout-puissant; car il n'y a rien de plus rabaissant que d'agir à l'opposé total des désirs d'un maître auto-proclamé, aussi désastreuses soient ses attentes envers les malheureux assujettis à la chaleur de sa colère gratuite.

Les protections de la Pénombre parviennent à repousser la majeure partie des assauts célestes, prouvant peut-être par ce biais que ce que l'on compterait pour acquis dans une vision manichéenne des plus banales -et pourtant s'agissant de la plus répandue à travers les mentaux bornés- que le Mal et le Bien sont deux notions s'inversant très facilement. Le peu d'esprits encore futés à l'heure qu'il est l'auront compris; il n'y a bien que l'ombre pour sauver de ce déluge caniculaire les victimes du Soleil. Tout cela pour faire comprendre qu'aujourd'hui, pour ceux désirant prolonger son espérance de vie aussi longtemps qu'il leur a été basiquement autorisé, c'est dans les sous-sols de l'Académie que leurs pas devront les guider. Mais rares sont ceux l'ayant déjà saisis.

Qu'on ne s'attende alors à croiser personne d'autre ici bas que les ossements ruinés par les canines développées de la vermine; ou bien les arachnides et autres insectes charognards profitant de l'abandon de ces sources de vitamines pourries par le passage du Temps. Lui fait en revanche parti des uniques habitants universels n'hésitant pas à fouler le sol de plein gré et à chaque instant, fissurant toujours un peu plus la pierre consolidant les passages étroits des souterrains. L'autre prix que la solitude à payer pour profiter de la fraîcheur de l'endroit est celui de la démence... L'ombrageux vrombissement faisant trembler les fondations de la Magical Academy n'ont strictement rien à voir avec une simple mise en bouche d'une ambiance pseudo-horrifique. La Terreur vit bien en ce bas monde, et elle sait se faire remarquer.

Du côté des cachots, cette dernière renforce le fer rouillé des prisons et des barreaux pour ne permettre aux maudits prisonniers que de se raper chair et muscle contre la ferraille toujours en place. Les torches indiquant la route s'éteignent et s'allument d'elles-mêmes, comme possédées par des feux follets n'hésitant pas à jouer de concert pour plonger le moindre passant dans un sentiment de répugnance intense. Qui ne serait pas horripilé à l'idée de tomber nez à nez avec un cadavre dépouillé d'un ou deux membres, défiguré là encore par ce fameux Temps, au tournant d'un corridor parce que les torches à côté du corps inerte se seront mises en tête de voiler l'ombre du défunt farceur ?

Ailleurs, dans les catacombes, on ne compte que sur le comportement imprévisible des crânes et squelettes animés par de malsaines ambitions pour joncher les fosses de long en large, parfois en éclatant de rire ou bien en mille morceaux sous les coups des aventuriers en devenir ou d'une simple chute inattendue. Le nombe incalculable de piliers soutenant la masse volumineuse du château en surface retient aussi quelques morts -et parfois des vivants, pour quelque raison que ce soit-, le tout baignant dans un océan de noirceur bercé par le ricanement de quelques nécromanciens ou autres malfaiteurs en tout genre. Et si ce ne sont pas leur éclat de folle joie, ce sont leur dernier cri suivant l'ultime soufflet qui imprègne la place d'une sensation de dégoût qu'on ne saurait décrire qu'après l'avoir vécu au moins une fois.

Le reste n'est qu'un enchevêtrement de lignes continues encadrées par quelques murs, le tout faisant office de domaine labyrinthique peuplé d'autant de monstres que de vide. Le climat de Mort omniprésent et de maltraitance n'est pas là pour arranger l'image des lieux... Mais, c'est bien ce qui est recherché, après tout. Autant bien pour dissuader les naïfs de s'engouffrer là que pour calmer les ardeurs des torturés des cieux. Comme déjà dit, c'est la main glaciale de Thanatos qui soulage les âmes errantes en ces lieux.

Toi, tu fais parti de ces hommes qui se sont affranchis de la lumière destructrice de ce pénible jour. Le Destin a déchargé la chance qu'il accumulait depuis un certain moment déjà, et t'a autorisé à profiter d'une trêve momentanée avec la chaleur agressive d'aujourd'hui. Bien que tu survivais déjà tant bien que mal, et que rien n'indiquait que tu avais réellement besoin de t'enfouir aussi profondément dans les abysses de la tranquillité; tu fus récompensé de ces fameuses ténèbres tant convoitées par beaucoup d'autres en haut.

Les raisons qui te conduisent ici restent toutefois aussi saugrenues que surprenantes. Après une journée lourde et épuisante sous les ravages célestes, à avoir suivi tes premiers cours après une folle arrivée en ces lieux magiques; on venait alerter tes sens de gentleman borné ascendant justicier de la gente féminine pour que tes pas lestes -quoique pressés- te guident dans la gueule du loup, si l'on entend bel et bien par là que tu parviendras à une rencontre inédite et complexe. Ne pouvant te douter de cela, en revanche, tu te ruais à la rescousse d'une inconnue sans même connaître toutes les circonstances de la situation.

Déterminé à déjouer le plan de quelques débris ambulants, eux-mêmes figurant motivés et satisfaits de s'en être pris à une demoiselle étrangère; tu t'es engagé sur leur voie après leur retraite précipitée et riarde pour comprendre l'envergure de la scène. Et après une brève enquête -qui a surtout évoluée grâce à Dame Fortune-, tu finis par découvrir l'une des supposées dizaines et dizaines d'autres entrées du même type qui paraissait mener jusqu'aux portes de l'Enfer. Le courant grondant des terreurs enterrées remontait les marches pour figer une moue appréhensive sur ton faciès dégourdi, qui s'avouait malgré tout soulagé d'un tel rafraîchissement. Et ni une, ni deux; tu annonces alors ton engouffrement volontaire au sein de la pénombre omniprésente par quelques pas habituellement silencieux, devenus ici les principales sources de vacarme tout au long de ta maudite descente.

Ta progression dans cet outre-monde se faisait aussi brève que tes observations créaient divers constats : l'espèce de prison décharnée dans laquelle tu es tombé ne donnait lieu qu'à peu de choses, en vérité. À ta gauche, une torche hantait un cul-de-sac par son brasier tamisé, alors qu'en face se présentait sans honte la première silhouette immaculée des lieux... Et, à mieux y regarder... C'était un squelette, inerte et dont les côtes servaient à monter le cachot de rats maladroits qui ont sûrement dus passer par l'orbite de l'anatomie pour parvenir jusque-là. Ce n'était pas la personne convoitée.

En ravisant ta droite, tu aperçus finalement toute la suite de cellules mal entretenues qui s'amoncelaient pourtant bien, non sans dresser le glauque portrait dont provenait le maléfique climat de peur qui froissait l'endroit. Au milieu de tout ça, tu fus amené à la cage la plus au fond de ce cauchemar atténué, où se parsèment les rats et les velues araignées qui te rendaient ton œillade avec un air plus vicieux et hostile encore. Tu n'étais pas ici dans ton milieu habituel, et apparemment on n'aimait peu les gens comme toi par chez eux.

Pourtant, tu n'avais d'autre choix que de t'enfoncer toujours plus loin dans cette obscurité que tu osais défier pour une raison qui semblait toute somme fragile. Il n'y avaient que des idiots, des fous ou des psychotiques pour penser qu'il s'agissait d'une bonne idée de s'éloigner là où on soupçonnait chaque vagabond de ne jamais revenir. Il n'y avaient qu'eux... Et toi. Le bougre entêté, peut-être un peu trop naïf sur l'occasion, qui s'enlisait dans une optique invraisemblable. Comme un héros qui partait sauver la princesse, tu t'armais d'un courage insoupçonné sans broncher au passage furtif d'autres représentants de la faune ambiante, ni au coulissement de pierres usées dans le lointain.

Tu progressais, sans t'arrêter, jusqu'à découvrir celle que tu cherchais... Une malheureuse victimisée, ligotée à même le mur et menaçant de souffrir d'une mort peinante d'une minute à l'autre. La chevelure épurée, bien qu'assez ébouriffée par la maltraitance qu'elle a due subir, recouvrait un visage baillonné et descendait en cascade sur le corps probablement blessé de la pauvre.

L'adolescente malmenée fondait silencieusement en larmes, alors que tu venais à son secours. Après quelques paroles se voulant rassurantes, tu notais la terreur qui fut inspirée à l'inconnue de par la raideur dont son corps fit office d'auxiliaire. Perplexe un court instant quant à la réaction subite de la fille, une brève réflexion de moins d'une seconde suffisait à te faire supposer qu'au vu de la situation, toute mauvaise réaction paraissait logique. Presque personne ne pouvait véritablement rester indifférent à une telle soumission; bien qu'une once de honte ou de sentiment dérivé devait s'imposer dans les émotions distordues de la malheureuse. Après l'avoir dénouée de son mur étape par étape, d'une gestuelle prudente et affinée, celle-ci se rua dans un coin pour mieux échapper au jugement qu'elle te pensait susceptible de lui asséner sitôt qu'elle serait libérée du joug de cette torture.

Sans que tu n'aies le temps de réagir autrement qu'en dégrossissant un regard confus, voilà qu'une scène des plus étourdissantes se déroule sous tes yeux carmins ébahis. Tu te tenais droitement et sans un mot face au phénomène ésotérique; car tu t'étais vivement relevé en observant la demoiselle te fuir de plus belle; au moment précis où toute la bestialité assoupie dans les cassures et les cachettes de la prison morbide s'éveilla pour encercler celle à la chevelure immaculée. Tu reculais bien évidemment de quelques pas désemparés, plus surpris qu'effrayés sur le coup, en constatant les faits suivants : la foule de huit-pattes en tout genre s'étant rameutée sur la paroi contre laquelle s'appuyait la pauvre déboussolée -qui n'a pas manqué de vider son excès d'horreur à côté d'elle- esquissaient divers caractères à la suite. Le plus étonnant reste tout de même qu'il s'agissait de japonais, et donc d'un langage à ta portée... Comment tout cela était-il possible ?

Les poings un instant serrés d'appréhension, tu poinçonnais chaque dire des arachnides avec une attention plus grande à chaque fois; comprenant alors le pourquoi du comment de tout ce désarroi qui massacre en ce moment même le mental de l'attristée. La phobie doublée du mutisme habitant cette dernière rend ce début de rencontre bien évidemment très compliqué. Pourtant, il faut bien faire avec. Tu ne peux tout simplement pas délaisser cette personne ici. Les rats formant le cordon de sécurité autour de la petite ne t'invitent pas à t'approcher plus que ça, et un rien te dit que tu fais mieux de toute manière pour le moment. Alors, tu découvres les affaires entassés anarchiquement dans le coin adjacent. Tu t'y presses une fois que les araignées aient terminées leur discours, puis tu y découvres les affaires d'une enfant amatrice de dessins en tout genre. Sans réellement t'immiscer dans son intimité, tu te rapproches du sac simplement pour ranger convenablement ses biens personnels avant d'empoigner lestement le sac.

Lorsque que ceci fut terminé, tu te retournais avec précaution en direction de Syria, sans comprendre la raison pour laquelle ses yeux refusaient de s'ouvrir à toi. Quelque chose n'allait-il pas... ? Était-elle aveugle, en prime ? C'était sûrement bien plus profond que ça, mais trop engouffré pour que tu puisses en apercevoir la cause. C'est alors que te parvient une voix superficielle, amplifiée jusque dans les méandres de ta conscience. Ton regard n'avait pas quitté la gamine, et quelle surprise ce fut lorsque tu démarquais ses lèvres immuables remplacées par quelques mouvements maladroits de la pulpe de ses doigts. S'agissait-il donc de ce qui la rendait assez spéciale pour l'emmener au sein de la Magical Academy ? Probablement, mais là n'est pas la question.

Les faits dont la pauvre s'accuse elle-même vont enserrer les difficultés entre elles pour les consolider. En plus d'être terrorisée par ta simple présence, la blanche est une dépressive inconsidérée rabaissée plus bas que terre. Voilà qui n'arrange vraiment pas la situation...

-... Je ne peux tout simplement pas te laisser là, malédiction ou non. Il faut qu'on remonte. Tu as l'air plus mal que ce que je pensais, il ne faudrait pas que ça empire... Le ton ferme bien que subrepticement en déroute, tu t'inquiètes assez pour sa santé pour lui affirmer que tu ne l'abandonneras pas là. Que c'en était hors de question.

Il te l'est tout bonnement interdit.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Dim 8 Mai - 13:00


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



En ces souterrains lugubres, aucune once de soleil ne pourrait y entrer. Le froid glacial se déchaîne dans l’atmosphère sans aucun état d'âmes. Totalement hors du monde, cet endroit maudit a de quoi procurer des lignes d'imagination aux auteurs de romans d'horreur. Mystérieuses et morbides, les catacombes exercent fascination et répulsion à la fois. Les araignées et autres créatures dont les yeux apprécient la noirceur des ténèbres les peuplent en même temps que la poussière du temps venant s'écraser sur les murs et le sol dans un silence terrifiant.

Dans une cellule à la porte rouillée, une fine silhouette est assise dans un spectacle de cauchemar. Ses doigts sont immobilisés par une lourde corde tandis que ses poignets sont comme encastrés à même la pierre de par la force des fers. Une ceinture reliée au mur par un filin étrangle son cou au moindre mouvement alors qu'un large bandeau couvre ses yeux.

Le temps s'écoule à la manière d'un sablier sans fin sans qu'aucun mouvement ne se dessine chez la mystérieuse prisonnière. Si ses longs cheveux de neige laissent planer diverses questions sur son physique, sa poitrine généreuse se dessinant sous le fin tissu de sa robe ne ment pas quant à son genre. Il s'agit bien d'une demoiselle, certainement jeune au vu de sa taille moyenne et de son visage aux traits enfantins.

Une seconde ombre pénètre lentement à l'intérieur de la prison et l'atmosphère parait basculer dans l'incompréhension la plus extrême.  L'instinct de la petite fille lui susurre qu'un être qu'elle qualifie habituellement de cauchemar vient s'arrêter devant elle. Sa respiration se perd dans les animes de la panique la plus silencieuse qui soit tandis qu'une danse infernale vient prendre possession de son cœur.  

L'inconnu s'approche lentement dans un flagrant désir de libérer la fillette de ses tourments sans même avoir conscience qu'il est lui-même la cause de ses étranges réactions. Le corps de l'enfant se laisse mouvoir par l'appel strident de la terreur.

Les chaînes s'agitent avec diablerie sous l'effet de la jeune demoiselle aux cheveux de neige se débattant avec l'énergie du désespoir. En fait, il s'agit littéralement de son dernier espoir, sans doute imprégné de folie et de panique, chacun de ses mouvements l'étranglant atrocement de par la présence de la ceinture attachée à son cou et reliée au mur.

La poussière du sol et des murs s'envole avec lenteur sous l'effet de ses gestes désordonnés. Les pierres rêches semblent vouloir s'effriter à tout moment, les sombres cavités sont les parfaites habitations des centaines d'insectes ayant choisi de vivre dans le royaume des ténèbres. Le froid glacial s'échappe de partout, aucun air chaud ne pouvant pénétrer à l'intérieur de ces lieux macabres où une terrifiante créature aurait élu domicile.  

Ses jambes nues s'écorchent sur le sol rocailleux et ensablé tandis que la fillette continue de bouger comme possédée. Les tremblements dansent en permanence avec son corps frêle aux formes pourtant généreuses alors que les larmes coulent sur son visage d'enfant à la peau de pêche. Son cœur manque de lui arracher la poitrine à chaque battement tant il est entraîné par un rythme des plus démoniaques. Sa respiration silencieuse suit les indications du metteur en scène que représente la peur à l'état pur. Plus rapide, elle exprime la panique sans concessions et son jeu est d'autant plus admirable que tout est exécuté dans un silence absolu.

Enfin, le poids de sa délivrance résonne doucement grâce au son des fers tombant sur le sol avec délicatesse avant que sa vue ne lui soit rendue en retirant l'épaisse bande de tissu lui couvrant les yeux. Pour autant, la fillette demeure pupilles closes et des plus silencieuses.

Agenouillée dans un coin du mur, elle est dos à l'étranger et son corps se plie sous l'effet d'une torture interne. Une violente nausée franchit le seuil de ses délicates lèvres pour se répandre sur le sol en un son largement reconnaissable. Le froid lui aurait-il fait contracter une légère maladie ou l'explication est-elle bien plus effrayante encore ?

Un bruit répété de légers pas se fait entendre dans la cellule avant qu'une énorme masse noire ne se peigne sur le mur derrière la demoiselle. Grouillante et bougeant, seuls les yeux proches peuvent distinguer sa composition dans un dessin d'horreur. Une centaine d'araignées aux corps velus de ténèbres joue les équilibristes sur les pierres rêches avec une habileté naturelle. Se mouvant avec une intelligence inouïe, des formes reconnaissables se peignent peu à peu en des kanji japonais. L'écriture du pays du soleil levant se matérialise en une trois dimensions inédite grâce à l'aide de ces créatures que les arachnophobes abhorrent par dessus tout.

Trois mots suffissent à décrypter la situation pour l'esprit tournant à vives allures du jeune inconnu. Le premier désigne la fillette aux cheveux de neige, encore tourmentée par son malaise physique tandis que le second explique son silence obstiné. Aucun remerciement n'a été prononcé ni même montré physiquement et pour cause : l'enfant est atteinte de mutisme. Incapable de proférer le moindre son, elle vit enfermée dans le monde du silence et seuls les artifices lui permettent de communiquer avec l'extérieur si vraiment elle en éprouvait la nécessité.

Le troisième signe de la langue japonaise éclaire enfin les réactions de panique de la demoiselle à la chevelure immaculée. Une effroyable phobie court en son cœur, lui empoisonnant toutes relations sociales. Terrifiée par la gente masculine, elle est incapable de se contrôler et se laisse entraîner dans des réactions que certains pourraient juger disproportionnées.

Enfin remise de sa nausée, elle se tourne lentement vers le jeune homme, les yeux toujours fermés et restant assise sur le sol glacial. Ses doigts s'élèvent lentement devant son visage avant de s'agiter en une danse gracieuse. Une voix enfantine résonne dans les pensées du garçon sans que celui ci ne puisse empêcher cette intrusion.

L'utilisation de la troisième personne du singulier sous le patronyme de "Sisi" est ce qu'il ressort le plus du discours haché de fautes de prononciation et de syntaxe de la demoiselle comme incapable de percevoir sa propre identité autrement que par son surnom. L'enfant remercie maladroitement le garçon avant de lui conseiller de la fuir, considérant son regard comme étant une terrible source de malédiction.  Elle ne sait que trop bien qu'ils sont porteurs de malheurs. Tous ceux l'ayant croisé en portent l'amère expérience, parfois éternelle.

-... Je ne peux tout simplement pas te laisser là, malédiction ou non. Il faut qu'on remonte. Tu as l'air plus mal que ce que je pensais, il ne faudrait pas que ça empire...


Une voix comme sortie d'outre tombe résonne dans la cellule et instinctivement, la fillette sursaute avant de comprendre qu'il s'agit de celle de l'étranger venu la délivrer. Les mots aux sonorités mystérieuses parviennent par brides à son esprit, chacun mot subissant une transformation en sa langue maternelle. Le langage employé par le jeune homme lui est totalement inconnu et face à son infirmité, elle se voit contrainte d'user d'artifices. Les rouages de ses pensées se mettent à tourner à une vitesse affolante, chacun d'eux proposant une solution.

L’inconnu la pense encore plus mal en point ?  Il ne voudrait pas que son mal empire ? Il lui propose de la remonter, malédiction ou non ? Il faut croire que personne ne l’écoute, pas si étonnant pour une enfant atteinte de mutisme au fond.

Elle n’est pas malade mais seulement effrayée par une situation qu’elle ne contrôle pas et une présence qu’elle abhorre par-dessus tout. Quant au reste de ses dires, ils sont vrais. La malédiction de son regard est bien réelle. Même les rares personnes auxquels elle réservait un sentiment d’amour enfantin en ont été les victimes. Les deux seuls ayant pu y échapper sont le directeur à l’aura monstrueuse  et sa protectrice tout aussi puissante que lui mais au vu de leurs forces respectives, dépassant l’entendement, ce n’est pas si étonnant.

L'ombre de sa phobie lui susurre qu'elle devrait fuir sans aucune forme de procès tandis que l'éducation prodiguée par sa marraine lui assène que le garçon mérite au moins des compliments. Dans le fond, la plus terrible de ces guerrières internes se contente de lui sourire narquoisement, ses lèvres articulant silencieusement le mot "promesse". Les souvenirs lui reviennent en mémoire à la vitesse du son.

Ce jour là, celui de son arrivée en ce lieu énigmatique, elle a dû prononcer à l'aide de ses doigts un serment inviolable comme quoi si quelqu'un tente d'établir un contact, elle se doit de faire un effort de sociabilité et ne pourra fuir qu'en cas de trop grande panique impossible à gérer. Ce contrat oral est d'autant plus indestructible qu'elle l'a établi devant deux monstrueuses puissances en les personnes du directeur de l'école et de sa protectrice, tous deux étant des magiciens et combattants de talents infinis.

Mais après des heures de séquestration, n'a t-elle pas droit à un peu de repos ? Surtout que ses bourreaux étaient tous des représentants de la race masculine et qu'ils l'ont laissée à la merci du destin sans aucun remords.

Se levant lentement malgré ses tremblements, elle réussit à se mettre debout sur ses jambes fines. Retirant ses mains de son visage, elle laisse ses yeux se refermer vivement afin que l'adolescent n'ait jamais à croiser son regard maudit. Ses doigts fins s'agitent dans une danse gracieuse et élégante afin que ses signes dansent dans l'atmosphère et y dessinent ses mots.

- Sisi va pawti...Sisi veut pas nachon né voit zyeux maulits n'a Sisi...Mama Masha n'a lit n'a Sisi de liwe méchi si zentil...N'alow Sisui né lit Méchi n'au nachon...pour liliwé Sisi n'y vouloi nélé...
(Sisi va partir...Sisi ne veut pas que le garçon voit les yeux maudits à Sisi...Mama Masha a dit à Sisi de dire merci en cas de gentillesse alors Sisi dit merci au garçon...pour avoir délivré Sisi et vouloir l'aider...)

Sa politesse et son éducation l'emportant l'espace d'un instant, elle s'incline doucement devant le jeune homme pour le remercier de son présent bien qu'elle le refuse. Une minuscule lueur brille alors sur son tatouage de croix rouge dessiné sur son bras gauche. La peinture d'une étrange rose noire apparait alors sur sa peau dans des formes parfaites, chaque pétale représenté avec magnificence.

Aussi banal et sans importance puisse avoir ce dessin pour les êtres normaux, il n'est que trop connu de tous les initiés. Le symbole de la plus grande tueuse que l'univers n'ait jamais connu, l'emblème de la plus belle femme de tous les mondes, reconnu par tous ses pairs experts de l'assassinat et tous les êtres doués d'une quelconque magie, aucun d'entre eux ne peut l'ignorer même sans avoir aperçu le visage de cette chasseuse insaisissable.

Ses victimes, le plus souvent des politiques corrompus, des tyrans et autres êtres portés sur la violence, portent à chaque fois le tatouage d'une  discrète rose noire. Le plus souvent, elles sont parties dans l'autre monde par la peur la plus pure qu'un arrêt cardiaque aura achevé mais les plus macabres ont été littéralement torturés et déchiquetés sans remords.

Nombreux sont les initiés ayant tenté de l'arrêter, les trop rares survivants ont tout juste eu le temps de déclamer sa beauté extraordinaire dans un murmure avant de sombrer dans la folie. Une tueuse aussi belle que puissante dont la réputation n'est plus à faire. L'un de ses adversaires a tout juste eu le temps de révéler une effroyable information avant de rendre l'âme dans les bras d'un initié ayant voulu le sauver. Depuis, cette vérité passe dans tous les milieux liés et déclenche des frissons d'horreurs. Si la mystérieuse jeune femme est aussi douée, c'est qu'elle a de qui tenir. Elle serait la fille ainée du Diable, cette créature mystique personnification du mal à l'état pur.

Si la scène n'a duré qu'une ou deux secondes, nul doute que le regard affuté du jeune homme a aperçu ce symbole que trop connu. Bien qu’il est possible qu’il ne le connaisse pas, l'instinct de la petite fille lui confirme son envie initiale de partir. La fillette tente de dissimuler de façon dérisoire son tatouage mais il est trop tard. Très vite, la rose noire laisse place à la croix rougeâtre originelle ô combien significatif dans son monde natal. Ce signe est le pire des déshonneurs dans sa communauté et elle devra le porter à vie.

Si jamais l'adolescent a vu ce symbole alors elle ne peut que fuir, ne pouvant se permettre de rester alors qu'elle est maudite au point que sa peau soit marquée de façon magique par le terrifiant blason démoniaque. Si elle abhorre les hommes, elle ne peut nier que celui ci l'a sauvée et que par ce fait, il ne mérite pas d'être touché par l'horreur vivant en elle.

Tendant doucement les doigts en direction des rongeurs et araignées, ceux ci sortent de leur possible rêverie et s'activent alors que le bout des ongles de la demoiselle s'illumine d'une tendre lumière. Leurs petites pattes attrapent le sac où ses affaires ont été rangées par le garçon avant de ramasser son pendentif tombé plus loin.

Si la fillette est hantée par son passée et manque infiniment de confiance en elle, il n'empêche qu'elle fait preuve d'un certain intellect et d'une belle puissance. Se sachant non loin du jeune homme et voulant récupérer ses affaires sans avoir à ouvrir les yeux, elle préfère solliciter l'aide de ses amis les animaux qui le lui apportent avec mille bienveillances.

Les rouages de ses pensées lui indiquent qu'elle doit partir. Elle s'incline respectueusement devant le garçon afin de le remercier silencieusement de son aide mais les tressautements de ses bras et jambes ne mentent pas : elle est toujours habitée par la plus vive peur.

Levant doucement son corps secoué de tremblements, son sac dans une main, la demoiselle exécute quelques pas avec lenteur, un bras tendu devant elle afin de tenter de repérer au mieux les obstacles, se refusant toujours d'ouvrir les yeux malgré le danger.

Forcément, le prévisible arrive sans réelles surprises. Sans percevoir ses pieds, la petite fille bute contre un quelconque gros caillou et tombe violemment sur le sol rêche à l'extérieur de la cellule. Touché par l'humidité et le long passage du temps, le plancher fragile cède soudainement et un immense trou se forme sous les jambes de l'enfant avant de l'entraîner vers les profondeurs.

Heureusement pour elle, le gouffre n'est pas profond et ne suffira pas à l'entrainer vers la mort mais est suffisamment puissant pour blesser sérieusement une corpulence aussi frêle que la sienne. Haut d'à peine six mètres, la terre et les pierres y sont assez malléables pour permettre l'escalade ou la descente sans danger.

Son sac ne peut  la protéger et les pierres coupantes glissent avec cruauté sur sa peau mate. Le sang suinte des écorchures se dessinant sur ses jambes, ses mains et son visage. Sa tête se pare en plus d'une belle bosse, s'étant cognée la première et quelques hématomes complètent le tout sur divers endroits de son épiderme. Le fin tissu de sa robe s'est déchiré dans sa chute, révélant de douces parcelles de sa peau mi mate mi pêche à la perfection absolue à l'exception de l'hémoglobine s'écoulant lentement de ses coupures.

Tombés sans pouvoir esquisser un mouvement,  ses genoux forment un dessin des plus inquiétants, ensanglantés et surtout incapables de bouger. L'œil expert d'un médecin décrètera que ses rotules se sont violemment déplacées sous l'effet de la chute et que cette luxation vers l'extérieur nécessite des soins que la petite fille ne peut se prodiguer elle-même. Ce genre de blessures peut sans doute se remettre par la simple manipulation de la personne  à la condition que celle ci soit coutumière de ce type d'accidents mais comment une enfant aussi jeune pourrait-elle connaître cette opération ?

Une souffrance insoutenable traverse ses muscles et elle ouvre la bouche dans un hurlement silencieux, cette fois ci touchée non pas par es souvenirs douloureux mais bel et bien par une torture physique. Ses sens surnaturels manquent à l'appel, eux-mêmes brûlés par cette agonie infinie. Celle-ci se personnifie presque, s'incarnant à travers l'enfant pour la plonger dans des tourments sans fins.

À la fois souffrant de ses blessures, apeurée par la situation sans oublier son stress d'avoir été prisonnière durant de longues heures et de se retrouver en compagnie d'un garçon,  la fillette laisse échapper de larmes aussi pures que du cristal à travers ses pupilles closes. Les sanglots silencieux s'écoulent sur ses joues écorchées tandis que des hoquets traversent son corps de temps à autre sans oublier ses incessants tremblements. Malgré ses formes féminines et généreuses, elle reste une enfant en proie à la panique et à des affres physiques.

Sa mésaventure tend à prouver qu'elle devra sans aucun doute se forcer à ouvrir les yeux, malgré sa peur et sa répugnance, afin d'éviter un autre incident douloureux du même genre. Ses mains écorchées se frottent sur ses paupières, y laissant quelques traces de sang tandis que les seuls sons émanant d'elle proviennent de ses hoquets déclenchés par ses sanglots. En son esprit, seule sa phobie a encore la force de subsister pour lui chuchoter que son cauchemar n'est pas loin de là et qu'il peut avoir tout le loisir de venir la torturer, volontairement ou pas. Peu importe, elle doit absolument s'enfuir.

Une volonté hors du commun mêlée à sa peur intense souffle sur ses jambes et dans un exploit extraordinaire réussissent à se relever l'espace d'une seconde avant que son corps ne retombe brutalement sur le sol, ses genoux incapables de la soutenir dans une telle épreuve. Une douleur insoutenable la traverse à la manière d'une décharge électrique et un nouveau hurlement silencieux s'échappe de ses lèvres.

La torture la brûle à l'intérieur, chaque fibre de son être semblant être touchée par ce feu invisible. Un terrible supplice impossible à décrire vibre dans ses jambes. Elle a l'impression que ses articulations et ses tendons sont poignardés par mille couteaux avant d'être plongés dans l'acide et finalement se désintégrer dans la lave d'un volcan.

Son calvaire est tel que son visage se couvre d'une légère sueur et que son esprit n'ait plus la force de la soutenir. Souffrant le martyr, son corps ne tient plus et préfère sombrer dans l'inconscience en espérant se soulager. Ses yeux brièvement ouverts dans sa chute se ferment pour la porter vers le malaise le plus pur. Évanouie, la petite fille ressemble à une poupée désarticulée aux longs cheveux de neige.

Le contenu de son sac s'est éparpillé sur le sol, révélant non seulement son matériel de dessin mais étrangement, quelques objets de premier secours avec des pansements, du coton et de l'alcool désinfectant. Pour autant, la petite ne les attrape pas, toujours en pleurs, et ne semblant pas comprendre leur utilisation. Il faut croire que quelqu'un d'attentionné a réussi à glisser cette petite trousse sans qu'elle ne le sache puisque le tout était dissimulé au fin fond du sac.

Est-il possible de convaincre une petite fille terrorisée qu'elle peut montrer son regard afin de se diriger plus facilement alors que cette seule idée semble l'effrayer de plus belle ? Que peuvent dissimuler ses iris pour qu'elle s'acharne à les garder fermés ?

Une rencontre hors du commun dans de sombres catacombes, rarement le destin n'aura été aussi joueur. Pourtant, malgré sa méchanceté apparente, il désire par dessus tout aider l'enfant à la chevelure de neige, quitte à la forcer à demeurer en compagnie d'un représentant de sa phobie. Après lui avoir donné tant de souffrances, peut-être se rattrape t-il à sa façon ?
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mar 17 Mai - 18:58

La chance se fait un malin plaisir à déjouer les bienveillants de la douce existence que les stéréotypes tendent à leur octroyer. Pense-t-on que tantôt, la fortune leur sourira, tantôt c'est l'amour qui leur sera révélé. Parfois, on les envie, on les jalouse. On leur en voudrait presque de s'être accaparé toute la joie d'un monde, tout en sachant qu'ils n'ont jamais demandés quoi que ce soit à qui que ce soit. L'augure les visent pour les fendre d'une bienfaisance à n'en point douter, ne lésinant pas sur les avantages que toute une vie de tendresse et de chaleur peut apporter à une personne aussi bien gâtée par le Destin.

Et pourtant, voilà bien l'antithèse vivante et universelle; la preuve ultime que le mal frappe là où on s'y attend le moins. Que les clichés ne peuvent plus être qualifiés de clichés, mais d'ironies ambulantes. En cette fastidieuse journée où calcinent les corps et les âmes de chacun, poussés à un des si nombreux extrêmes que les faiblesses dont Nature nous a noblement fait cadeau -non sans un sourire narquois digne des plus grands vicelards du monde-, les plaies des blessés qu'on a oublié de guérir sont brûlées sans pour autant être cautérisées. Au contraire, elles s'infectent ainsi et perdent à jamais le charme mystérieux que certains pourraient trouver aux cicatrices d'une personne.

Aujourd'hui, tu venais à la rencontre d'une malencontreuse démenée et tyrannisée par une portion de malfaisance s'étant épris des plus simplets de passage. L'allure purement innocente; la chevelure éclatant d'un blanc immaculé n'ayant d'égal que la blancheur de son teint de peau qu'on pourrait songer donnée des cieux mêmes, voilant par quelques mèches ébouriffées et maltraitées elles aussi une infime partie du minois rabattu par la tristesse et l'horreur d'une jeune adolescente défaite par ses propres malheurs. C'était grâce à un élan d'aventure que tu étais parvenu à la rejoindre, le pas aussi haletant que ta surprise respiration lorsque tu compris le pétrin dans lequel on avait fiché cette fille; et le regard dégrossi d'une sale stupeur par la faute de la confusion qui t'assaillit lorsque tu te questionnais sur le pourquoi du comment. Pouvait-on simplement apprécier de s'en prendre à une malheureuse comme elle ? Le regard miséricordieux des Dieux ne se tournent pas en faveur des destinées comme celle-ci ?

... Quoi qu'il en soit, tu étais là pour la soutenir et l'extirper de cette terrible épreuve qui vous cache encore bien pire. Tu t'étais empressé de libérer la belle de ses chaînons rouillés et tissés; notamment de la pendaison prématurée qui l'attendait au détour d'un assoupissement impromptu. La déroute prit ensuite le relai, te bousculant dans un désarroi d'autant plus frappant, à l'instar de la pression nerveuse presque mortelle qui perpétuait les tortures dont elle venait d'être tout juste libérée. Il fallait donc agir avec toujours davantage d'attention, tandis que toi-même te faisait subitement précautionneux et commençait à ranger pour l'inconnue ses propres affaires, avec pour optique immédiate et pressante de quitter la pénombre malsaine de l'endroit où se mêlait l'odeur imaginaire de sa profonde mélancolie.

Tu pouvais te demander ensuite quoi faire, dans ce climat d'émotions contradictoires s'entrechoquant avec la politesse qu'une éducation a inculquée au comportement de la demoiselle, mais l'enchaînement ininterrompu de phénomènes paranormaux comme non désirés te retirait les mots de la bouche, les jetaient et les brisaient dans un coin sombre et invisible de ta caboche pour soumettre tes sens à l'écoute de la complainte du surnaturel. La situation te paraissait alors un instant plus clair; la lanterne du savoir luisant finalement pour lustrer le chemin d'ivoire te menant à la compréhension totale du pauvre état dans lequel la soi-disante "Sisi" était plongée. Chaque conséquence instantanée t'était accordée, et tu n'avais alors aucun mal à compatir pour l'attristée apeurée. Tu t'en voulais même de lui asséner cette horripilante terreur. Mais l'heure n'était vraiment plus aux départs insouciants.

Le peuple des Ténèbres s'était expressément déplacé pour s'emparer des mots de la jeunette et raconter un brin de son histoire sûrement assez tordue, au vu de ses réactions qui t'avaient l'air de moins en moins exagérées. Araignées et rongeurs de toute taille harmonisaient leurs mouvements dans un ballet pouvant s'avérer répugnant auprès des plus banals de la société. Toi, tu laissais faire et ne te dégoûtais absolument de rien en ce portrait malgré tout cauchemardesque.

On te prend de court, au moment où cette armada de l'Ombre te soutire le sac refait en bonne et due forme pour que Syria l'emporte sur le chemin du retour. Toi qui venait d'y remettre en place le culte du dessin; rabattant soigneusement les feuilles dispersées dans les entrailles du conteneur en tissu et glissant avec précaution les stylos et feutres qui fuyaient leur poste; tu te fais tout simplement voler celui-ci par les souris vicelardes qui font la passe aux araignées organisées pour le crime du siècle. Tu ne pouvais néanmoins interférer, car tu savais qu'un lien quelconque se nouait entre ces faux insectes et la blanche martyrisée.

C'est avec une prudence bien trop exagérée que la petite reprit alors son bagage pour l'enfiler aussitôt, alors qu'une ou deux araignées rebelles se suspendent encore aux mailles de la besace pour finalement céder et chuter contre le sol, avant que d'autres de leur espèce ne viennent leur faire la morale avant qu'elles ne se retirent toutes aux confins des abysses de ces cachots. Tu observais alors les faits et gestes de la belle, attentif à ce qui pourrait bien arriver; mais sûrement trop peu imaginatif pour supposer ce qui allait arriver. Sans l'ombre d'un doute, la demoiselle pressée par ton unique présence tremblait dans sa marche affaiblie, et la trajectoire qu'elle donnait tant l'impression de rechercher se riait d'elle en la faisant chanceler d'un bout à l'autre du chemin pour l'issue unique de la pièce irritée.

Tu étendais au préalable les barreaux de la cellule d'une poussée attentionnée de ta main droite, supervisant vaguement les mouvements de la blanche du coin de l'œil en ignorant les grincements vicieux du passage. La roche graveleuse s'enfonçait sous les pas des protagonistes, et ce bruit granité t'empressait davantage. Un rien te disait que beaucoup de mal avait jonché ces grains, et ce serait vraiment naïf de penser autrement, après ce que tu as pu trouvé là.

Et le fait est... Qu'un piège de la fatalité en personne s'était immiscée sur la route du bien-être. Tout aurait pu se passer bien autrement : si c'était toi qui serait allée chercher de plus près la torturée, tu aurais pu te l'incomber à sa place et encaisser les blessures que son frêle corps ne devrait pas endurer davantage. Si tu avais agi en premier, tu aurais pu esquiver le traquenard, et vous sauver tous les deux la mise. Si tu étais moins engourdi par cette confusion qui n'aurait pas du t'embrouiller l'esprit, tu aurais pu empêcher Syria de se meurtrir encore plus. Si tu avais seulement fait quelque chose...

... Au lieu de ça, il s'est avéré que la prison elle-même était en possession d'un vieux creux, pourtant redoutablement menaçant, en son sein même. Et c'est la pauvre qui a du le découvrir au péril de sa vie. Un pas maladroit après l'autre, elle flanqua sa semelle sur la portion de trop, avant que la surface ne s'affaisse sous elle-même pour dévoiler une obstruction terrestre dans laquelle ne résonnait que le hurlement sourd et imaginaire de sa nouvelle peur. En un clin d'œil, elle disparut de ton champ de vision, avant qu'un craquement brutal ne retentisse jusqu'à ta hauteur.

Le regard ouvrant sur la fenêtre d'une terreur compatissante, tu te dépêches jusqu'au bord du minuscule gouffre en devenir pour t'y agenouiller, avant de pencher un regard hébété et horrifié d'inquiétude. Et si l'absence de lumière embrumait ta vision, tu savais quand même de quel mal fut prise la malheureuse. Le grondement osseux et décharné ne te plaisait pas le moins du monde. De plus, l'immobilité dont fit montre Syria ne présageait vraisemblablement rien de bon. Ici, des paroles n'auraient aucun intérêt. Il fallait agir pour son bien, et le plus vite possible.

Tu n'avais guère autre choix que de t'engager toi aussi dans le creux mortel dans lequel venait tout juste de s'engouffrer l'attristée, dont le manque d'activité faisait évidemment la raison de ta précipitation débrouillard. Les parois qui ont déchirées la chair de l'assaillie servaient, lorsqu'on y prêtait davantage d'expérience, d'extrémités bien pratiques à l'escalade. Et bien que ce ne soit pas ton fort, la situation où tu ne parvenais pas à emprunter cette voie verticale serait bien la seule où tu serais un manchot. Heureusement, comme il n'en est rien, tu t'engages avec appréhension dans la tombe improvisée de la maltraitée.

Les reliefs ésotériques du semblant de puits te permirent de te glisser en préparation d'un côté, puis de te pencher en avant pour t'accrocher à l'autre bout. La posture était risquée, certes... Mais qu'est-ce qui ne l'était pas, en ce moment même ? Tu disposais alors férocement tes semelles contre la roche derrière toi, bien loin d'être émaciée, et presses pour que tes mains te maintiennent sur les appuis en face. Et membre par membre, tu descends à la manière d'un arachnide à taille humaine, fendant sur un enfant encore trop faible pour grimper de ses propres appendices, sans penser un seul instant à la façon dont tu devras t'y prendre pour remonter cet obstacle.

Plus tu te rapprochais de Syria, plus tu pouvais juger de l'état catastrophique qui la dépeignait désormais. Si les plaies, les bosses et les hématomes n'étaient pas des symptômes encore alarmants de sa chute; bien que le nombre de ces traces soient déjà de trop dans ce portrait de la douleur... Il y avait aussi à noter ses jambes. Elles étaient tout simplement disloquées. Tordues, ravagées; difformes, en somme. Et tout ça provenait d'un unique fait, qui n'a pas manqué de te faire déglutir autant de mélancolie que d'horreur, dans la pénombre qui voilait tes expressions déjà ternies à cause de leur propre excès -une sorte de protection quant au monde extérieur, dirons-nous- : ses rotules n'étaient littéralement plus en place.

Une once de mésaventure, saupoudrée de malchance, de traumatismes et de souffrance, le tout nappé d'une épaisse couche de répugnance; on pouvait résumer les malheurs de sa vie par une recette de pur mal concentré. La blanche n'avait l'air de rien désirer, subissait sans médire, se plaignait d'elle-même à en faire vomir les autres; elle s'imposait de fermer les yeux face à l'inconnu, par simple peur de sa propre personne. Quiconque croiserait son regard serait soi-disant frappé d'une malédiction. Toutefois, la seule que l'on peut voir ici reste bien son propre désarroi. Il n'y a qu'elle pour encaisser ici, par simple prétexte qu'elle ne voulait pas incomber aux autres la tâche de lui apporter leur soutien. Et, honnêtement, tu ne sais pas si tu peux affilier ça à une quelconque force, un très mauvais jugement, sa stupidité enfantine ou bien d'autres raisons toutes aussi puériles que celles-ci pour justifier ce comportement. Tu étais confus, en vérité. Après avoir essuyé les tourments de son passé, elle continuait de vivre avec. Comme si elle ne pouvait plus s'en passer, ironiquement.

Tu venais d'atteindre le seuil de la belle, à qui tu portais une œillade analytique et pressée. Au vu de sa santé actuelle, tu ne pouvais pas lui en vouloir pour s'être évanouie aussitôt. Le poids physique et psychologique était trop important; c'est une notion qui ne change pas d'un être banal à un autre surnaturel. Tu relevas alors un faciès placide de par le mélange d'inquiétude et de compréhension qui s'affiche grâce au moindre détail de ton visage, pour constater que le trou dans lequel vous êtes calés doit faire au moins six bons mètres. Une distance qui n'en imposait pas plus que ça, en temps normal... Mais avec une fille inconsciente et meurtrie jusqu'aux os, c'était une affaire bien plus mince et délicate.

Le problème était de savoir comment rapporter la blessée en surface. Savoir comment la porter tout court, sans agiter ses sens à vif. L'apposer sur tes épaules serait trop risqué, elle pourrait retomber, ou bien être si mal positionnée que son cas s'aggraverait uniquement par ce biais. Heureusement, tu n'avais que ces deux suggestions; la seconde consistant à en faire de même, mais en conservant précieusement la demoiselle contre ton ventre. Tu remonterais en usant de tes jambes et en longeant la paroi opposée avec ton dos. Tu en seras amoché, c'est une assuré... Mais tu n'en mourras pas non plus. Et tu auras sauvé une personne, en retour. C'était décidé, tu allais faire ça.

Par chance, tes yeux carmins se rivèrent en premier lieu sur l'affairage médical qui se déversait loin du cartable de Syria. Comme si des êtres supérieurs avaient désirés limiter la mortalité de la situation, on remarquait très clairement les bandages et produits désaffectants se déballer tout autour de la mortifiée, comme s'ils étaient doués de leur propre volonté et ne tenaient qu'à ce but unique de servir aux premiers secours. Parce qu'ils n'étaient dédiés qu'à cette utilisation, ils se jetaient ici dans la gueule du loup -illustrée par le seul geste ravi que ta poigne exécutais sur le matériel dévoilé- et auraient souris à pleines dents s'ils étaient pourvus d'une mâchoire; aussi effrayant cette vision puisse être. Et pour en revenir au sujet principal, il serait plus commode d'entretenir les blessures avec le nécessaire avant d'entamer au corps détruit un voyage-retour menaçant.

D'une paume appliquée et tout autant soucieuse, la pulpe de ta peau vient tout d'abord caresser les entailles les plus gênantes et dévergondées sur le corps de la blanche, aucune pensée mal placée n'ayant le temps de se faufiler entre les mailles de ton esprit imparfait -tu restes un tant soit peu humain, après tout-, une fois enrobé d'un baume vaseux et blanchi par la chimie opérant de ce petit concentré de soulagement que tu espères efficace auprès des zones ciblées. Le contact se faisait délicat et dénué de sale sens, la pure intention d'apporter ton soutien en compensation pour la détresse des autres te suffisant à motoriser tous ces actes illuminés d'un courage qu'on pourrait davantage nommer "principe" en ce cas.

Ceci fait, c'est au tour des rouleaux cotonneux de jouer leur rôle salvateur. Ce sont tes deux mains qui doivent se fier à la solidité du tissu soignant pour maintenir en place la patte pharmaceutique; mais aussi les genoux totalement ruinés ne pouvant même plus supporter leur propre poids. C'est avec une plus grande attention que tu passais au large des rotules distordues, les habillant d'une éclatante et ferme robe utilitaire, en attendant de trouver une solution plus appropriée. L'objectif paraît plutôt évident : tu peux peut-être administrer les premiers soins, mais sûrement pas accomplir des prouesses rassemblant les os écrasés de tes patients d'un jour. Aussitôt sortis de ce trou à rats littéral... Direction l'infirmerie !

Et c'est à cet éclair de lucidité que tu te ressaisis. Tu finis tout juste de consolider les gambettes de Syria, puis de rassembler le reste de ses crayons et gribouillages dans son sac pour l'emporter avec toi. Tu aurais pu l'user de bouclier par la suite, mais détruire les biens d'une demoiselle revient à l'abîmer elle, dans un certain sens. Tu n'allais pas lui rendre sa besace en miettes, après tout. Où serait le respect là-dedans ? Non, non. Au lieu de ça, tu parviens par quelques habiletés insoupçonnées à emporter la fille contre ton poitrail, le sac bien léger pesant sur son estomac renoué par les fameux bandages et autres aides. Puis, ni une ni deux... Il est temps de souffrir pour quelqu'un.

L'étroitesse de ces abysses te le permet : tu appuies ton dos, à peine couvert par ta vétuste chemise, tandis que tes pieds trouvent le moyen de coincer leur semelle entre deux embouts de la paroi. Et les efforts commençent de cette façon. Profitant de tous les avantages environnementaux à disposition, et déterminé à ramener cette fille en haut; tu ignores la douleur de ta chair arrière très vite atteinte par le mouvement de frottement contre la sombre caillasse. La remontée n'est pas longue, mais toutefois lente; forçant finalement la fébrilité de ton corps peu habitué à ce genre de déchirant phénomène à céder quelques doux filets sanguins se répandant jusque dans l'obscurité que tu quittes tant bien que mal.

L'attente est douloureuse, mais les faits sont là : tu réussis à sortir de cette manière, telle une espèce d'araignée morbide et tiraillée par son propre creux. Une fois au bout, tu n'as qu'à te surpasser encore une fois en roulant sur le côté, maintenant fortement la demoiselle contre toi en réfutant les frappants arguments des nouvelles plaies rinçant ton dos d'un rouge vif et abondant. Mais le temps n'est pas aux lamentations, ni même aux inquiétudes... La mine renfrognée d'une volonté d'acier, tu tu redresses aussitôt en conservant les bagages dans tes bras, et tu fuis en abandonnant tes propres affaires dans un coin de ces mortels cachots.

La course est cette fois-ci bien plus accentuée, malgré sa cadence entrecoupée de pauses incertaines. Libérés de la froideur de la mort, vous voilà exposés aux fouets solaires qui ne manquent pas de jouer sur tes nouvelles blessures, exposées à tous ces témoins qui auraient pu le remarquer s'ils étaient tout simplement là. Néanmoins, les couloirs en haut sont vides, pour les mêmes raisons énoncées voilà quelques temps. C'est l'occasion ou jamais de foncer à l'infirmerie... Optique centrée et chemin planifié, rien de particulier ne vous barre la route jusqu'à parvenir aux portes discrètes du lieu chéri par tes pensées. Tu toques pas quelques coups d'épaules, avant de présenter Syria à la première dame qui se pointe, cachant d'abord tes propres soucis physiques -quoique vainement, la fatigue se lisant particulièrement bien sur ton faciès engourdi par le surmenage-. "... Un lit, il faut un lit... Nous n'avons pas le temps." Confirmes-tu sincèrement, le ton mystérieusement calme et la marche pressée de retrouver le meuble déclaré.

Bien évidemment qu'une telle place en possédait, et bien évidemment qu'un était libre. Exceptionnellement, personne d'autre n'habitait la salle; sûrement trop occupés à guérir par leurs propres moyens du feu divin de Helios. Tu déposes finalement la blanche sur son matelas, avant de t'écrouler faussement à ses côtés. Lorsque le personnel, surpris de ton arrivée impromptue, te rejoint pour mieux comprendre la scène; on s'étonne de l'état misérable dans lequel tu as fichu ton dit dos. Et le monde s'active alors pour s'occuper de l'un comme de l'autre...

... Il n'était pas question de vous laisser comme ça.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mer 1 Juin - 18:56


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Le mal à l'état pur aime s'infiltrer parmi les cœurs ouvrant leurs bras invisibles à la corruption.  Parfois, la pureté se pose en bouclier protecteur dans l'espoir de remporter une bataille craignant à chaque instant d'être vaincue.  La malveillance s'immisce dans chaque recoin de l'âme qu'elle arrive à conquérir à l'aide sa fidèle armée de soldats belliqueux prêts à tout pour que les ténèbres aient droit à leurs trônes.  S'alliant parfois au destin, elles se glissent sournoisement dans les existences pour les polluer de sa noirceur, riant face à la déconvenue du bonheur et de son amie bienveillance.

Même lorsque ces dernières se portent en vainqueur, la jalousie et l'envie peuvent venir gâcher la fête en susurrant l'injustice de la situation dans les esprits. Aucun vœu particulier n'a été émis aux étoiles ou à un quelconque dieu mais pourtant, certains êtres semblent bénis par ces derniers.  Une chance insolente doublée d'une joie extrême se peignent sur leurs vies au grand détriment des autres, rongés par le désir de les déposséder pour bénéficier ce qu'ils estiment le droit d'avoir. Le destin est malléable et se laisse aussi bien dorloter dans les deux camps, paraissant agir au hasard, renversant son sel facétieux sur les heureux et les malchanceux. La plupart du temps, il alterne, offrant un peu de l'un et de l'autre en chaque personne.

Depuis quelques années, il s'acharne sans même en être réellement conscient, la liste de ses clients étant infinie, sur une petite fille dont la naissance à la vive lueur de l'astre solaire a été baignée d'une malédiction absurde et sadique.  L'incarnation de l'innocence peut se lire à travers son visage mat pourtant quelque peu coloré de pâle à l'ombre des effrayants souterrains.  Ses longs cheveux de neige immaculée sont touchés par le malheur, ébouriffées et maltraitées sans remords. Peur et tristesse se mélangent sur son visage tandis que des traces de griffures ensanglantées s'y dessinent avec horreur.

Victime de bourreaux sans compassions et pensées, ses poignets sont enchaînés au mur tandis qu'une corde rugueuse lie ses doigts dans une terrible douleur. La souffrance s'immisce dans son cou étranglé par une espèce ce ceinture relié au mur. Un bandeau se serre sur ses yeux pour la plonger définitivement dans un monde de ténèbres. Ses habits déchirés et son collant gisant lamentablement à côté d'elle sont le symbole d'une déchéance aussi bien physique que psychologique. Un sac et divers matériels de dessins se reposent, pitoyablement étalés avec nonchalance.  

Les pensées tournent à l'infini dans son esprit délabré par les dés pipés et ô combien malveillants de la destinée.  Sa différence ne pourra t-elle être jamais portée autrement que sur l'autel des opprimés ? Le sang invisible du malheur ne peut-il pas s'écouler ailleurs que pour le plaisir de souiller encore et encore son âme ? Pourtant, la candeur et la naïveté sont toujours reines en ces lieux meurtris, leurs couronnes résistant toujours à l'envahisseur pour ne jamais tomber de leurs têtes vacillantes.

Le froid se glisse sur sa peau pour que les frissons s'y noient avec mille délectations, courant sur le teint mat sans jamais s'arrêter. Quel n'est pas leur plaisir lorsqu'ils perçoivent le bonheur de poursuivre leur terrible jeu à travers cette  arrivée inattendue ?  S'ils en avaient le pouvoir, ils pousseraient des râles de joie et sans plus attendre, ils galopent sur le corps de la fillette à la chevelure immaculée.

L'ombre à l'essence masculine pénètre dans le cachot et une vague de peur recouvre aussitôt l'atmosphère à la manière d'un tsunami. Chaque battement de son cœur manque de lui arracher la poitrine tandis que sa respiration étonnement silencieuse s'emballe dans un rythme de frayeur intense, tel le diable invitant à danser sa victime pour un ballet mortel avant de tomber droit sur les flammes de l'Enfer. Ses petites jambes partent dans un spectacle navrant d'une personne dite possédée, se pliant et se mouvant avec hardiesse tandis que ses bras enchainés exécutent les mêmes mouvements macabres. La ceinture à son cou l'étrangle dangereusement au moindre signe de débat physique.  Un violent haut-le-cœur manque de traverser ses doigts qu'elle retient avec mille justesse tandis que les tremblements exultent de joie de se manifester une nouvelle fois. Autour d'elle, une effarante aura de peur se disloque dans un dessin incompréhensible. Craint-elle que ses bourreaux ne soient revenus ou la cause est-elle plus sombre ?

Les chaines tombent, la corde se relâche et la ceinture daigne se détacher pour que tous offrent la liberté à l'enfant.  Le corps frissonnant à la fois de froid et d'une vive panique, elle tourne le dos pour avoir tout juste la force de se glisser dans un coin. La nausée remonte enfin pour se déverser doucement sur le sol dans un son rauque avant qu'une quinte de toux silencieuse ne secoue son torse.

Sur le mur derrière elle, un spectacle d'horreur se filme en direct dans un scénario invraisemblable et cauchemardesque pour de nombreux êtres humains.  De très légers se pas résonnent dans la cellule avant qu'une énorme masse noire ne se peigne sur les pierres. Les corps velus des araignées se joignent les uns aux autres dans une solidarité jamais observée par les scientifiques.  Leurs pattes se lient habilement et des signes connus de la langue japonaise peuvent se déchiffrer sur la cloison rêche. Mutisme et phobie des hommes se mêlent dans une existence rejetée par le destin, négligée par ses dés comme pour être définitivement jetée aux ordures.

L'inconnu sauveur tend délicatement ses mains pour attraper les affaires éparpillées dans la pièce et les ranger avec respect dans le léger sac à dos. Dans un bouclier infiniment protecteur, araignées et rats se regroupent autour de la demoiselle dans une pose se désirant menaçante.  Leurs milliers de petits yeux semblent briller dans la pénombre dans l'espoir de dégoûter suffisamment l'étranger pour qu'il officie son départ et laisse celle qu'ils adorent de tout leur cœur se remettre.  

Si elle n'a pu assister à toute la scène de par le fait qu'elle y tourne le dos et que ses yeux demeurent obstinément fermés, en dépit du bandeau retiré, même lorsqu'elle daigne enfin faire face au garçon à sa manière. Les tremblements courent encore et encore sur sa peau tandis qu'en son inconscience, les armées de la peur et de son éducation s'affrontent du regard, chacune placée avec fierté et voulant mordre la victoire à pleine dents. Les soldats invisibles se lancent dans une bataille acharnée, les coups durs alternant d'un camp à l'autre. La phobie hurle à la fuite de la fillette, la présence du jeune homme étant impossible à supporter tandis que la politesse clame le remerciement envers celui qui l'a aidé, sans quoi elle aurait pu perdre la vie ou du moins suffisamment la toucher pour qu'elle n'ose plus jamais affronter le monde extérieur.

Un large cri de victoire résonne en son âme tandis que les guerriers de l'effroyable quittent le terrain, désabusés et ô combien vexés, jurant pertes et fracas au prochain combat, hurlant leur colère à qui veut bien l'entendre. Sur son trône, l'image d'une femme aux longs cheveux blancs et au regard bleu océan scintille avec bienveillance.

Les petites mains se lèvent doucement avant que les doigts n'enchainent d'étranges mouvements des plus gracieux et habiles. Sans que ses lèvres ne s'ouvrent, une voix d'enfant percute l'atmosphère repliée du cachot dans une prononciation des plus faussées, la grammaire mise à mal et l'identité écrasée dans un rejet infini de soi.

La première personne du singulier semblant bannie, la petite fille se désigne sous le surnom de Sisi. Les férus d'Histoire diront qu'une grande impératrice portaient aussi cette appellation, à la différence qu'elle est écrite avec deux "s", et qu'il est odieux de penser qu'une enfant aussi portée sur le hors-norme puisse avoir le droit de se nommer ainsi. L'effrayante hypothèse se dessine effroyablement dans l'esprit de l'étranger : son prénom parait n'avoir plus d'existence, réduit à une simple appellation tandis que sa reconnaissance de soi est réduite en bouillie.  

La voix artificielle remercie maladroitement le garçon de son aide avant d'avouer qu'elle n'ignore en rien le stratagème des araignées venues apporter leurs recours sans bénéficier d'une quelconque autorisation, leur adoration envers elle étant au dessus de tout. Sa politesse la pousse même à lui recommander de partir pour ne pas être touché par la malédiction de son regard.  L'inquiétude, quoique légitime, de l'étranger, l'incite à occulter ce point pour lui proposer de l'aider à remonter à la surface, craignant qu'elle ne soit bien plus mal en point qu'il ne le pense.

Les muscles de la fillette se contractent violemment à ces mots, une fois amenés dans son esprit. Pourquoi faut-il que le moindre de ses dires soit rejeté ? La crédibilité n'a donc aucun fondement en elle ? La voix de ses doigts tente de le convaincre de signer son départ bien qu'elle sache parfaitement combien ses mots tomberont dans le vide.

En infinie harmonie avec les araignées et rats, faune pourtant répugnante pour bien des êtres, la demoiselle se lève doucement et semble attendre. Une partie des bestioles reste auprès d'elle tandis que l'autre se dirige droit vers l'adolescent qui n'ose bouger d'un pouce. Leurs petites pattes habiles attrapent délicatement le sac à dos qu'il tient encore en main, plusieurs rongeurs hochant même la tête en signe de remerciement comme un humain l'aurait fait avant de le redonner à la mystérieuse apeurée aux cheveux de neige. Les arachnides soulèvent avec douceur le pendentif dessinant une étoile dorée avant de le porter vers sa propriétaire. Toujours aveugle volontaire, l'enfant n'a pourtant aucun mal à récupérer ses affaires.

S'inclinant doucement pour amener respect et reconnaissance à celui qui l'a sauvé, comme le lui a inculqué son éducation, la demoiselle est de nouveau soumise au destin impitoyable. Sur son cou, une étrange rose noire, pourtant invisible auparavant, brille avec malveillance tandis qu'à son bras, le tatouage d'une croix rougeâtre exécute le même manège. Sursautant violemment, la panique gagne du terrain sur l'âme de la dénommée Sisi et une peur insondable s'empare d'elle.

Elle ne sait que trop combien sa réputation dépasse les frontières, son nom terrible n'osant franchir les lèvres cousues par la peur. Mille surnoms pour la définir et aucun mensonge dans ce ruban infini. Aussi belle que puissante, elle sème terreur et sang sur son passage. Tous ceux ayant eu le malheur de croiser son chemin ne sont plus là pour en témoigner, certains partis définitivement tandis que les autres ont sombré dans la folie. Les trop rares survivants sont au bord de la démence, hantés par les souvenirs et la phobie, effrayés à l'idée de sortir. Malheureux aux audacieux ayant osé tenter de la séduire , ils l'ont payés de leur vie ou de leur raison, les mieux lotis vivant un chagrin amoureux éternel, jamais plus une telle beauté ne leur tombera sous les yeux.

Apeurée à l'idée que l'étranger ne devienne un énième nom sur la liste noire, la fillette précipite son départ en occultant toute prudence tout en tombant dans l'exagération. Se refusant d'ouvrir les yeux même pour trouver son chemin, chaque pas est chancelant sur le sol de sable et de roche.  La confusion habite en ses pieds pour lui tracer un chemin hésitant, en zigzag et porté sur le danger.
Les ténèbres semblent presque se rire d'elle en resserrant leurs ombres effroyables sur son petit corps à moitié dénudé.  Se dissimulant dans l'obscurité, rongeurs et araignées surveillent attentivement sa lente progression en restant impuissants, ne pouvant la guider réellement. Ils en seraient capables si seulement elle osait ouvrir les yeux mais ils savent combien ce simple geste est impossible pour elle, persuadée que son regard est une malédiction.

Les gravas s'amoncellent sous ses pas, fragilisés par le passager du temps sur des constructions bancales.  Du haut de son perchoir gigantesque, le destin lance les dés dans un éclat de rire mauvais au grand désespoir de la joie qui a encore perdue dans ce jeu truqué.  Les blessures et la douleur se préparent à bondir, excitées à l'idée de dévorer le corps frêle de l'amie de la faune.

Le pas de trop et tout bascule. Un creux vieillissant cède sous la fatigue de siècles de bonne tenue. La surface tremble durant une seconde avant de s'affaisser brutalement. Un gouffre profond se vide sous ses pieds pour l'entrainer dans les abysses dans un hurlement de terreur silencieux, ses lèvres s'ouvrant sur le néant de son mutisme.  Les rochers accueillent délicieusement sa peau, se délectant des légers sons de son corps se cognant violemment sur le leur.

Environ six mètres plus bas, le sol lui offre un terrain d'atterrissage des plus douloureux en dépit des grains de sable, la roche s'y étant mêlé la touchant avec mille bonheur sadiques. Le bruit d'un craquement sinistre termine ce ballet d'horreur avant  que le silence ne retombe dans une ambiance digne des plus grands maîtres du thriller.

Des monceaux de sang s'éparpillent à divers endroits de sa peau mate en passant de son visage à ses bras et mains avant de descendre aux alentours de son entre et enfin de ses jambes nues. Des hématomes bleuâtres se dessinent à travers l'hémoglobine tandis que plusieurs bosses s'installent sur son front.  Si ces symptômes sont déjà pénibles en soi dans le monde de la souffrance, l'imagination ne suffira jamais pour décrire la torture ressentie par l'état de ses genoux. Disloqués, déformés , tordues et ravagés, ils sont incapables de se remettre en place.

Ayant l'impression de les avoir plongé dans un bain d'acide suivie de la violence de mille poignards déchirant ses muscles et broyant ses os, la torture est insoutenable pour n'importe quel être humain alors une enfant n'en n'aura jamais la force.  Les larmes silencieuses courent sur ses joues meurtries, ses sanglots salés se mélangeant avec ses blessures ensanglantées, cumulant encore plus d'intolérable.

Pourtant, portée par la force d'un miracle ou de sa phobie, l'enfant réussit à se lever durant une seconde avant que ses jambes ne cèdent dans un hurlement silencieux. À deux doigts de plonger dans la démence de par la souffrance, la petite lutte encore un instant avant que sa raison ne l'entraine dans les abysses de l'inconscience.

Évanouie, elle ne peut se rendre compte de l'aide courageuse allant s'opérer durant quelques minutes.  Le jeune homme hésite à peine quelques secondes, le temps d'évaluer la distance et l'état de la blessée, avant de s'aventurer volontairement dans les profondeurs.

Ses doigts accrochent habilement les parois de pierre et de terre pour lui offrir une escalade prudente. Bien que son cœur lui dise de se précipiter au secours de l'enfant dont l'absence d'activité était des plus inquiétantes, il ne peut se permettre d'accélérer le pas de crainte de ne tomber à son tour. Les pieds se posent sur les obstacles, les évaluant rapidement avant de s'y attarder ou non. L'araignée humaine fait preuve de biens moins d'agilité que les véritables animaux mais enfin, il y parvient après quelques minutes alors qu'évidemment, arachnides et rongeurs sont déjà au chevet improvisé de la demoiselle.

Pour donner une enfant accablée de malheur, veuillez lâcher une cuillerée de malchance, aux moins deux bols entiers de violence, plusieurs zestes de trahison, des dizaines de soupçons de souffrances avant de couvrir le tout d'une large couche de malveillance. Le mal concentré s'est inventé une recette digne de son nom et malheureusement, la fillette en subit la malheureuse expérience tandis que le prétendu génie inventeur se délecte de son goût si exquis. Les plus gastronomes oseront rajouter une pincée d'ironie en constatant que la malédiction dont elle se dit porteuse à travers son regard ne semble ne s'acharner que sur elle. Est-ce son identité réduite au néant, sa naïveté enfantine, des discours venimeux entendus tout au long de sa jeune vie ou bien un subtil mélange des trois qui ont insérer de telles pensées en son esprit dévasté ?

Être humain ou surnaturel, le seuil de tolérance à la souffrance demeure le même. Devant une torture aussi insupportable, n'importe quel esprit sombre dans l'inconscience comme pour espérer y échapper. Le visage du jeune homme passe de l'expression placide à un mélange d'inquiétude et d'horreur devant l'étendue des dégâts corporels.  Comment remonter un corps évanoui alors que la surface ne sera atteinte qu'après environ six mètres ?

L'idée germe petit à petit en ses pensées tandis que ses yeux carmins observent les alentours pour voir s'il est capable de la mettre à exécution.  Non loin de la blessée, son sac s'est de nouveau entrouvert laissant s'étaler bandage, alcool désinfectant et autres matériels de premiers secours. Une croyance absurde pourrait laisser planer le doute quant à une possible intervention divine en la présence de ces objets miraculeux alors que la besace ne contenait que tout outillages des artistes peintres. Du haut du gouffre, une ombre observe, un sourire narquoisement satisfait sur le visage tandis que des yeux d'une merveille violacée scintille doucement durant une seconde avant de disparaitre, n'étant pas perçue par le garçon trop captivé par la blessure et certainement pas cette dernière elle-même dont l'inconscient joue à sa place.

Attrapés délicatement par des gestes lents et prudents, les produits s'affairent à cautériser les divers blessures ouvertes.  Sans qu'aucune arrière pensée mauvaise ne vienne polluer son esprit humain, l'adolescent s'active sur les soins. Les cotons imbibés soulagent un instant les saignements et les bandages se serrent sur les coupures. Des pommades à l'efficacité scientifique réduisent les bosses et éclaircissent les bleus.

Les paumes appliqués sont parfois obligées d'effleurer la peau nue de l'enfant, allant de son dos à sa poitrine étonnement généreuse étant donné son âge et son visage innocent, mais les allusions sales n'ont pas leur place à ce moment de détresse.  Une fois coupures et autres soignés du mieux possible, il s'attaque à ses genoux ravagés. Les pasteurisant à leur tour, il les entoure des tendres tissus médicaux.

Les bras cueillent avec mille douceurs le corps fragilisé sans qu'il ne remonte au conscient.  Maintenue sur le poitrail du jeune homme, son sac attaché à ses bandages, la fillette sombre toujours au plus profond d'un monde inconnu où la douleur n'existe plus. Seuls sa très faible respiration et son léger pouls dessinent des signes de vie sur son être mutilé.

L'escalade est digne d'un forcené, le dos se râpant contre les pierres rêches à chaque mouvement et le sang suintant délicatement sous les vêtements du garçon n'arrête en rien son courage tandis que sa volonté farouche lui murmure à chaque seconde de tenir le coup. Après de longues minutes à l'effroyable pouvoir de donner l'impression d'une cascade d'heures, la surface s'offre à lui dans une ultime délivrance. La terre ferme revient se poser sous ses pieds pour lui procurer une douce sensation d'équilibre qu'il peut savourer pleinement. Ses pensées occultant ses propres affaires, il affronte audacieusement l'obscurité et la poussière pour se diriger à travers les catacombes.

Lassées de son absence de peur, les ténèbres daignent le laisser partir en lui donnant une faible dose de lumière au bout d'un infini couloir de noirceur. Enfin, il franchit ce qui semble être une sortie miraculeuse et sans plus hésiter, s'engage dans la vive lueur du jour. Les rayons solaires l'agressent  en espérant se délecter de sa peau mais peine perdue, il s'échappe aussi vivement qu'une anguille et osent même les défier en courant à travers le labyrinthe de l'école.

Une porte marquée d'une croix rouge se matérialise enfin devant ses yeux carmins et après quelques rapides coups d'épaules,  s'y engouffre pour murmurer avec fatigue qu'il est indispensable d'avoir un lit. L'infirmière en chef des lieux hoche vivement la tête et présente deux couches disponibles. Une fois la fillette déposée sur l'un deux, il s'écroule sur le second dans un état d'épuisement intense.

Des petits êtres minuscules au doux scintillement volètent autour des deux jeunes gens, s'affairant autour des blessés avec l'aide de l'employée légitime du lieu. Le dos de l'adolescent est traité avec autant de soins que pour l'enfant aux cheveux de neige. Une tendre lueur blanche les entoure délicatement et toute sensation de souffrance s'estompe telle la fin d'un mauvais rêve. Les plaies se referment, le sang cesse de jouer en cascade, les bosses et les bleus disparaissent aussi vite qu'ils sont venus tandis que les cicatrices ne sont plus qu'un mauvais souvenir.

Une belle lueur baigne autour de la petite fille et vient la soulever à quelques centimètres du sol sans qu'elle n'en attrape la conscience, toujours plongée dans son sommeil réparateur et effaceur de tortures.  Deux légers sons de craquements résonnent dans l'infirmerie avant que dans un réflexe subconscient, la bouche de l'enfant s'ouvre pour laisser s'échapper un filet d'air bienfaiteur. Le doux nuage invisible la porte délicatement tandis que l'infirmière s'affaire manuellement à lui remettre les rotules en place. Un duo de bruits sinistres frappe une nouvelle fois l'atmosphère avant de s'éteindre.

Les genoux enfin remis dans un squelette parfait, la demoiselle est reposée sur le lit avec une infinie précaution. Les minutes s'écoulent dans un silence assourdissant que seules les petites ailes des fées soignantes osent interrompre.

Les paupières lourdes semblent s'alléger et avec une infinie douceur, elles papillonnent lentement. S'ouvrant sans se presser, la vive lueur de l'ampoule artificielle arrache un cri silencieux à l'enfant qui a tout juste la force de se protéger le visage avec l'un de ses bras.

La tête embrigadée dans le vertige, elle ferme de nouveau les yeux sans avoir laisser le temps à quiconque d'apercevoir ses iris. Ses petites mains soutiennent difficilement ses tempes et elle reste quelques secondes dans cette étrange position pour laisser ses nausées s'effilocher avant de disparaître.

Couvrant son visage de ses mains, elle entrouvre très légèrement les doigts pour observer la scène sans avoir à montrer son regard maudit. Des murs blancs, de petits lits, divers matériels médicaux et de minuscules créatures volantes, son esprit en devine suffisamment pour lui souffler qu'elle s'est désormais à l'infirmerie. Tournant légèrement la tête, elle peut percevoir le jeune homme et sait instantanément qu'il est l'unique solution à son problème de logique : comment a t-elle pu se retrouver dans un endroit pareil tout en étant inconsciente ?

Sa peur mauvaise et sadique s'immisce en ses pensées pour éclater d'un rire narquois, révélant ses crocs brillants de malveillance. Si son corps a été incapable de répondre au moindre commandement mental alors ce fait ne peut signifier qu'une chose : il a osé la porter jusqu'au ici. Par pur réflexe, un violent haut-le-cœur traverse sa gorge pour s'arrêter à la frontière de ses lèvres qu'elle retient de justesse. De terribles tremblements parcourent son corps et lorsqu'elle sent le mouvement d'air de l'infirmière venue identifier une possible fièvre au vu de ses symptômes, elle la repousse brutalement de ses petits bras sans jamais offrir ses pupilles en spectacle. Les petites fées tentent leur chance mais sans plus de succès, ne pouvant approcher l'enfant sans subir des mécanismes de défense des plus perturbants. Inspirant et expirant rapidement, sa respiration semblant être prisonnière d'une danse infernale, elle occupe quelques minutes à tenter de se calmer et à réfréner le rythme intensif de son cœur.

Lentement, ses doigts s'élèvent et s'accordent dans un ballet gracieux, chacun d'entre eux peignant un signe seulement compréhensible pour elle tandis qu'une voix artificielle aux sonorités imparfaites ne percute l'air dans une tonalité enfantine alors que ses lèvres sont aussi obstinément fermées que ses yeux.

-Sisi nevine...Nachon n'a chauvé Sisi...Sisi n'aime pas zommes...mais né loi liwe méchi...Sisi né wemewchie nachon...
(Sisi devine que le garçon a sauvé Sisi...Sisi n'aime pas les hommes mais elle doit dire merci. Sisi remercie le garçon)

Sa reconnaissance polie embrumerait presque sa frayeur mais les tremblements de son corps ne mentent pas quant à la tenue des émotions l'assaillant encore et toujours sans jamais se lasser. La voix douce et autoritaire de l'infirmière ose briser le silence nouvellement crée dans un discours propre à son travail.

-Bien, mademoiselle...Nous vous avons soigné du mieux possible mais je dois faire de derniers examens....Veuillez ouvrir les yeux, s'il vous plait.


Les derniers mots résonnent et presque aussitôt, les muscles de l'enfant se contractent violemment et comme appelées instantanément, des centaines d'araignées se faufilent sur le mur derrière elle à la grande horreur des soignantes. La jeune femme pousse un cri de panique et de dégoût tandis que quelques rongeurs pénètrent dans la pièce avant de grimper sur le lit de la fillette. Un léger pendentif à l'étoile dorée trône entre leurs pattes et ils le remettent délicatement à sa propriétaire avec une admiration non feinte. Elle attrape le bijou et sans le regarder le rattache immédiatement à son cou. La présence animale semble calmer la demoiselle en accès à la terreur, son corps se relâche doucement et ses doigts offrent une seconde fois le magnifique spectacle d'une danse des plus synchronisée.  

-Non...Sisi n'amie navé n'animaux...Pas n'avoi peuw...Sisi monlewa pas zyeux Sisi...Zyeux n'a Sisi chon maulits...Sisi voit ben...Pas peime montwer...
(Non...Sisi est l'amie des animaux alors il ne faut pas avoir peur. Sisi ne montrera pas ses yeux...Les yeux de Sisi sont maudits...Sisi voit bien, pas la peine de les montrer)

Araignées et rongeurs se dissimulent dans un coin de la pièce, non loin de l'enfant, dans un ordre silencieux de celle-ci. Comme elle l'a avoué, elle possède un lien particulier avec les animaux mais elle peut comprendre que leur venue ne rassure pas les autres occupants de la pièce.

Désemparées, l'infirmière et les minuscules créatures n'osent pas bouger et pourtant les iris noisettes de la patronne des lieux sont réprobateurs.  Elle connait son métier et a bien vu le premier réflexe de l'enfant à son réveil, à savoir qu'elle s'est tout de suite protégée les yeux des néons artificiels, une preuve assez tangible d'une possible faiblesse. Bien sûr, les personnes remontant de l'inconscience ont tendance à se sentir agressées par la lumière mais peu la fuient à ce point.

Traumatisée par la puissance de son propre regard, quels évènements ont pu traverser la vie de la petite pour qu'elle soit convaincue de sa propre malédiction à ce point ?
© Lith'


Dernière édition par Syria le Mar 21 Juin - 18:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mer 8 Juin - 14:35

La chair mutuellement gravée de plaies, de fraîches cicatrices; de blessures diverses et variées dont certaines sauraient même pousser aux limites de leur estomac les plus sensibles d'entre tous; le précieux liquide vital parcourant habituellement vos veines désormais voguant en liberté, sur l'unique fil déséquilibré de votre peau râpée, et cette peau bleuie par le mauvais sort et la douloureuse malfaisance en découlant... Syria comme toi n'étiez que deux poupées de chiffon, résultats clichés de la gamme "souffre-douleur", simplement animés par tout ce qui peut rendre un être d'autant plus mauvais. Dans ta fuite tant attendue de la malsaine pénombre, c'était un constat forcé du terrible contexte dans lequel vous vous noyez ensemble.

Un pas après l'autre; quoiqu'on pourrait affilier la rythmique de ta marche à une course plutôt qu'à une marche rapide; tu enfilais le manteau des ombres en transportant la demoiselle en péril, davantage peiné à l'idée de la faire chuter sous la pression des lamentations dorsales auxquelles tu es exposé plutôt qu'à l'hypothèse de laisser s'amplifier les séismes intérieurs qui suivent l'imprégnation de tes muscles arrières d'une souffrance digne des tortures les plus courantes à l'époque. Chaque effort, chaque soufflet; le moindre mouvement concédait à un autre ainsi qu'à une poussée de courage -si ce n'est de folie- pour mener ton corps meurtri le plus loin possible. Et en même temps que la force de tes convictions était mise à l'épreuve, ton endurance aussi.

Il était alors impossible de prédire qu'un homme aussi banal que toi soit en capacité de guider l'espoir aussi loin. Ce n'était plus ce dernier qui menait la danse; tu étais définitivement aux commandes de ce brin de destinée qui vous a été confié. C'était plus ou moins satisfaisant, puisque tu avais ainsi les pleins pouvoirs pour sauver la vie de la martyr déposée entre tes mains. Il serait toutefois malvenu de faire croître une certaine prétention à cette seule pensée, qui ferait déjà tournée la tête des plus confiants de ta race. Tu ne pouvais néanmoins nier qu'être placé au titre du sauveur d'un jour était valorisant; toi qui n'a jamais été le héros -et qui n'en sera sûrement pas un après cette folle journée- tu sais bien de quoi tu parles. La triste confusion de la normalité est ta meilleure amie, et lui avoir expliqué mille et une fois ton exaspération ne sera jamais suffisant pour te débarrasser de cette allégorie que tu n'as jamais voulu croiser.

Aussi loin que tes semelles te guident, tu peux entrevoir l'éclat du salut transcender la pierre moisie par les Ténèbres dépitées de n'avoir pu te faire reculer face à ce train d'événements catastrophiques. Les premiers signes du jour qui s'était alors apparemment figé en l'attente de votre retour en force se dévoilaient, et tu te surprenais à les convoiter avec une silencieuse hardiesse comme tu n'en as jamais fait preuve avant. Un fin rictus nerveux s'élevait aux commissures gauches de tes lèvres, alors que ton regard carmin s'imbibait d'une chaleureuse émotion. Ta détermination se renforçait, tandis que tu trouves la motivation nécessaire à l'ultime escale.

Tu cours et tu accours, tu bondis presque même, jusqu'à atteindre les premières marches en sens inverse du chemin emprunté pour l'initiale et mortelle descente à cet enfer de rouille et de malheur. Rien ne t'arrête dans ton élan, pas même la faune grotesque des abysses daignant encore suivre leur maîtresse inconsciente dans cette ruée vers la renaissance. L'avalanche de fièvre et d'exaltation se mêlait complètement à l'abattement de la fournaise, qui patientait pour le retour de ses proies et contenant ainsi toute son effervescence pour votre plus grand déplaisir. Dommage pour celle-ci; te voilà armé de volonté et couvert par cette invincible cuirasse de ténacité et de résolution. L'arsenal ayant été acquéri auprès de quelques millimètres carré de beige tissu charnel où débouchent maintenant les effluves de ton origine humaine, sous la forme de canaux rutilants esquissant les pires reliefs possibles sur ta chemise déchirée.

Poursuivi et aussitôt rattrapé par la puissante lame de la canicule, te voilà porté au firmament de ton affliction : la sensation que ses contusions, aussi aléatoires soient-elles, soient cautérisées sur place n'aide en rien à ton avancée au milieu de ce qui s'apparente finalement et tout bêtement à un autre étage des tréfonds que vous avez fuis, cet espace redécouvert littéralement sous un nouveau jour se définissant par une forme de mortification inédite et que tu avais pourtant déjà croisé avant tout ça.

Ta course effreinée te traîne aux quatre coins de l'Académie; outrepassant les rares figurants et ignorant Hélios, divin jugeur au tempérament colérique depuis son trône d'Aether; tes pieds fuient la rage insufflée à la roche construisant le fondement même des chemins que tu empruntes à tout va. Le pavé est porté à ébullition, et saigne de chaud tant la pression est horripilante. Si l'inanimé pouvait transpirer, beaucoup se seraient déjà noyés dans la sueur causée par l'insoutenable température qui emprisonne les lieux dans cette cage mortelle, où les barreaux sont taillés de sorte que les plus téméraires ne ressortent jamais indemnes de leur incarcération. À l'image des cachots au fond des abysses de la Magical Academy, cette prison céleste est ravie de se barder de pièges naturels qu'on ne saurait pourtant douter.

Les fenêtres et les vitraux, par exemple, qui font office de loupe -et donc d'amplificateur- pour les rayons agressifs de l'Astre Diurne. Les décorations ferreuses accumulant toute la force en degré celsius que le matériau est en pouvoir de contenir sans fondre encore. Ou, sans tenir à se répéter; les dalles calcinant la chair s'y confessant un instant de répit ou d'abandon sans la moindre pitié. Heureusement pour la blanche qui ignore tout de ces dangers par milliers, ton cerveau ne fonctionne plus que sur les bases de ta psychologie. Et bientôt dans cette infernale remontée; au fin fond d'un corridor qui se délimitait finalement très proche de vous deux; la porte que tu chérissais par avance s'offre à vous, comme un présent digne des efforts que tu es parvenu à accomplir par la simple puissance de ton acharnement.

Contrairement à toute autre part de l'édifice assailli par les cieux eux-mêmes, rien que l'entrée de l'infirmerie promettait le retour du calme après la tempête de malédiction qui vous a allègrement submergée -car il n'y avait clairement aucun autre moyen de comprendre ce qui arrivait à la malheureuse-. Sans transition, tu oubliais les présentations et la politesse de routine pour aller flanquer la belle dans le lit qu'elle avait besoin d'occuper, pendant que tu l'avoisinais et reçevais toi-même quelques brins d'attention de la part du personnel particulier. Tout se déroulait alors très vite; les demoiselles se chargeaient au lointain de préparer le nécessaire à la guérison de l'inconsciente, tandis que tu t'exposais à des soins directs. Il avait bien fallu une base de dix minutes pour seulement vous poser, et ce n'est qu'à partir de là que la tranquillité, timide et rougissante, osait pointait le bout de son nez. Profitant de cet instant de salvation, tu ne te rendais pas encore tout à fait compte de ce que tu venais de réussir...

... C'était court, peut-être un peu précipité; mais c'était fait. Tu avais apporté la torturée là où il fallait l'emmener. Et pour s'apparenter à l'illustration de la victoire éphémère, un halo d'incandescance enrobait chacun de vous deux; non pas pour vous enfermer comme la chaleur ou les Ténèbres le faisaient si bien; mais pour sincèrement vous relever de toute tension. La douleur de ta chair tordue par les parois de l'obscurité ne criait plus à la sollicitude, et tu finis même par céder un discret soupir de soulagement, alors que le doigté féérique qui permettait au service de guérison de se vanter s'affairait à l'effacement de tes souffrances.

La clarté surnaturelle dont s'imprégnait la gamine, ou bien un quelconque autre artifice que tu n'avais pas remarqué l'emportait un moment en lévitation au dessus de sa couchette, avant que les mains les plus expertes de l'endroit martelaient les cassures à travers tout le frêle corps de la pauvre et replaçaient son ossature le mieux possible. Les répugnants craquèlements qui retentissaient jusqu'à trois lits plus loin te rappelaient un peu la faune malsaine qui se manifestait auprès de toi, tout à l'heure... Cette mélodie où coopèrent fragilité et assurance était dégoûtante pour les oreilles et pour les pensées des plus naïfs. Mais il était évident que les professionnelles agissaient comme elles le devaient. Et, tu auras toute l'occasion de le saisir, puisqu'il n'y aura aucun soufflet de repos supplémentaire. Alors que tu remerciais personnellement l'une des fées qui s'attendrissait de tes furtives complaisances, calée confortablement dans le creux de ta main, un vrombissement d'épouvante, voire même de représsion, vint déranger ta propre récupération. Son origine trouva, prévisible comme tout, refuge en la maltraitée personne de Syria.

Dans ce mirage de sérénité, où la pensée se relaxait aux côtés de la tension palpable déliée par le doigté averti d'une myriade de soignants vétérans, même les techniques les plus secrètes du guérisseur le plus sérieux ne saurait apaiser le traumatisme qui s'élève à nouveau, résonnant en monstrueux écho à travers les réflexions hâtives d'une fille pressée par son état, et la raisonnant de sorte que la bienveillance purgeant ces lieux de toute impudence ne soit plus qu'un triste et récent souvenir. La consœur lilliputienne s'allégeant de ton brin de sourire prit aussitôt la fuite, avant que tu ne sois pleinement pourvu du droit de retourner toute ta méfiance sur la confusion exultante de la blanche. Il n'y avait même pas de transition à signer, de quelque manière que ce soit.

Le regard écarlate crissant d'un air alarmé jusqu'à l'observation d'une Syria déchaînée sur son matelas auparavant rangé avec perfection, tu n'es à l'instant que le témoin d'une énième crise choquante durant laquelle la bataille intérieure qui perdure à jamais dans les entrailles de la malheureuse, que tu peux largement supposer tordues de peur à nouveau; l'amabilité censée te porter au fil de la vie désormais t'avait caché son statut éphémère. Le début de rictus qui recouvrait peu à peu tes esprits et ton visage s'effaça aussitôt que le coup de chiffon passé par les mains grasses de cette sale ambiance, et tu savais que tu n'allais pas empêcher la petite de gesticuler en tout sens jusqu'à ce qu'une fausse paix la rassure éventuellement.

Nous étions encore à l'heure du désarroi, après ce bref constat. Le débat hallucinant que Syria entreprit avec elle-même troubla aussi bien les esprits que son sauveur; tu restais désemparé sous la violence de sa frayeur incessante. Qu'avait-elle pensée pour agir de la sorte ? Quelle supposition avait-elle commise ? Quelle était la conclusion de sa réflexion pour éveiller un tel malheur au fond d'elle ? ... Qu'importe, puisqu'il n'y avait plus maintenant qu'à s'inquiéter pour les événements à venir. Encore et toujours s'inquiéter, parce qu'il s'agissait probablement de la seule chose que tu étais en pouvoir de faire sans qu'il n'y ait de véritables répercussions.

Sitôt embrasée par l'étincelle de cette fiévreuse horreur, il n'y avait plus qu'à attendre que ce manège te cède un tour. Même si tu n'aurais droit qu'au siège le plus exécrable qui soit, tu accepterais de monter à bord, parce qu'il était indiscutable de laisser la demoiselle plonger à son sort. Tu raffermis un poing sage contre les plis de ton propre lit, alors que les halos satinés vous réconfortant se sont déjà dissipés voilà des lustres. Recroquevillée sur un coin de son matelas, la petite appelle à la rescousse exactement le même bestiaire qui vous accompagnait en contrebas... Des fissures insoupçonnées de ces murs pourtant plus délicats que ceux des profondeurs; des creusages indiscernables aux quatre coins de la place; débarquent et se dispersent d'innombrables compagnes aux huit appendices les définissant si bellement. Soutenues par la ruée des rongeurs obscurs, les araignées viennent former une couche supplémentaire sur le rempart faisant obstruction à la fuite de la gamine.

La blancheur à peine jaunie des murailles raffermissant la sécurité de l'infirmerie noircissent sitôt que les bestioles s'entassent dessus, et le personnel de l'endroit recule sans perdre un seul instant d'une dizaine de pas, non sans pousser quelques glapissements contrôlés, synonymes de l'effroi enfantin s'éprenant de leur esprit. Cette vision de l'Obscur n'étant pas là pour les attendrir, il paraissait évident qu'il allait en être ainsi. Mais toi; toi, qui s'est très vite adapté au miséricordieux peuple du morbide; tu restais là en ne fléchissant que deux sourcils par le biais d'une œillade sévère de cette pareille inquiétude t'entaillant par la lame de songes incongrus.

Une longue, trop longue minute s'était alors écoulée, pendant que ce perturbant spectacle se déroulait sous les yeux tremblants de spectateurs désavoués. Une fastidieuse minute, au bout de laquelle ce même portrait de tendresse se dépeignait sous ton seul regard secrètement perplexe. Le bruit de ces centaines de pattes se frôlant; embranchements de cartilages arachnides étincelant d'une pilosité variable et froissant dans l'air un son répugnant; n'était que l'unique moyen de meubler là le silence déprimant et complexe chassant la légèreté d'âme de l'endroit. La grande salle, vide d'un bout à l'autre, ne comptait plus que deux patients et une infirmière cachée dans sa propre solitude, au fin fond de la pièce. Et bien que ses pas se dirigeaient précautionneusement jusqu'à vous deux ensemble, sa démarche attentionnée t'empêchait de la remarquer directement.

T'apparentant du début à la fin à une véritable statue de chair et d'os, jamais un seul mot n'a le soudain courage d'animer la moindre possible conversation par quelques arguments de toute façon inutiles à la mise en confiance de Syria. Alors qu'elle regrette amèrement absolument tout ce qui lui arrive; s'accusant et accusant les autres en même temps, s'excusant tout en dénoncant les dégâts qu'on lui incombe; tu ne trouves là que l'opportunité de freiner subrepticement ton avancée jusqu'au chevet de l'attristée. C'est alors que tu entrevois le présent sali et poussiéreux, cousu d'un vieux jaune décrépi qu'on aurait du mal à apprécier en temps normal. Mais il s'agissait là d'un tout autre cas... C'était après tout la première réelle fois que tu voyais la fille s'apaiser. Grâce au double tranchant de la nostalgie, l'animal en peluche miniature lui servant de relaxateur nerveux détendait la blanche dans ses sismiques ébats.

Par un énième usage de sa magie originale, la dextérité harmonieuse et enfantine de la dénommée Sisi décrivait un bourdonnement gravant dans les parties claires de tes questionnements quelques paroles ne servant finalement qu'à répéter les mêmes bêtises qu'auparavant. La douleur psychologique que ta simple présence lui injecte est surpassée par un brin de politesse, que tu te permets de juger peu sincère au vu des réactions ahurissantes de ton interlocutrice. Tu ne lui en voulais pas pour autant; mais rien ne te permettait pour le moment de penser que quoi que ce soit de bien était en train de se produire. Lorsque finalement, l'étrangère en charge de votre santé mutuelle débarque et exige un croisement direct avec le regard de la troublée, celle-ci refuse bel et bien catégoriquement.

Tu râles intérieurement, sûrement au même titre que la demoiselle à tes côtés, ponctionnant ses propres hanches de poings serrés de perplexité. Le soupir béat de cette dernière indiquait suffisamment bien tout ce qui lui plaisait à pestiférer auprès de sa patiente; refuser les dernières formalités pour être libérée du joug de la collectivité figurait absurde, dans un sens, c'était vrai. Quoiqu'en meilleure connaissance de cause, tu t'autorises à mieux comprendre la scène et ne renvoies alors pas la pareille à l'infirmière te lorgnant à la recherche de la complicité. Tu tires une chaise égarée à quelques carreaux de ta position, puis t'installes dessus le temps de gagner les dernières secondes de ton repos, avant d'enchaîner d'un ton probablement désolé...

"... Je ne tiens pas à te faire peur. Mais il faut vraiment que tu montres tes yeux, pour qu'on puisse prendre soin de toi. Ces paroles sont absolument inutiles, j'en suis sûr... Mais, j'espère que tu te rends compte que la seule personne frappée par cette soi-disante malédiction, ici, c'est toi et toi seule. Laisse l'infirmière faire son travaille. Elle, elle n'est pas supposée t'effrayer, je crois bien. Quant à moi, je me retire si ça peut te soulager... Tu veux bien faire comme ça ?" Lui explique-tu avec cet air monotone qui définissait parfaitement la consternation qui t'empêchait de réfléchir à une solution plus correcte que celle-ci. Sans mot dire, l'accompagnatrice t'avisait sans même chercher à comprendre un traître mot de ce que tu déblatérais. Elle n'attendait que le verdict.

Et toi, tu fixais déjà la sortie de la salle du coin de l'œil, l'iris calme et les lèvres pincées d'un mauvais sentiment qui te pétrifiait légèrement dans ta posture. Tu soupirais lestement dans le creux de ta main, alors apportée en soutien jusqu'aux fines frontières de ton menton, faisant ainsi pressentir ton propre navrement pour Syria. Mais tu ne savais pas quoi faire d'autre. Tu n'es ni taillé pour les discours, ni spécialement pour le réconfort. C'est déjà un miracle qu'elle te rende le merci, alors tu ne lui exigeras rien de plus...

... Tu ne conviens à aucune des situations en ce monde fantastique.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mar 21 Juin - 18:09


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Une vague de soulagement intense circule allégrement au sein de l'âme de la petite fille aux cheveux de neige. Sa respiration est plus rythmique qu'auparavant tandis qu'un doux halo blanc entoure son corps frêle. Comme soulevée par une brise imaginaire, elle flotte à quelques centimètres d'un lit somme toute banal de l'infirmerie.  Ses yeux fermés sont toujours le synonyme d'une lente chute dans le monde de l'inconscience mais son cœur accepte enfin de danser sur une musique plus adaptée que par la lenteur effarante dont il faisait preuve encore quelques minutes auparavant.

Le son d'un long craquement résonne dans la pièce sans que l'enfant ne soit apte à réagir à une quelconque douleur. Son ossature des genoux semble se remettre en place tel un puzzle terminé où aucune pièce ne manque à l'appel.  Les coupures ensanglantées cicatrisent dans un dessin élégant et les bosses retournent au néant. L'hémoglobine ne peut plus affirmer son monstrueux pouvoir sur les membres fragiles de la fillette dont il adore ardemment se jouer.

L'infirmière et les minuscules fées aides-soignantes s'affairent autour des deux jeunes gens, guérissant les plaies visibles de l'enfant et soulageant les souffrances situées dans le dos du jeune homme venu l'emmener en ce lieu de réconfort et d'expertises médicales. Quelques minutes s'écoulent dans un respectueux silence jusqu'à ce qu'un très léger mouvement ne vienne perturber l'atmosphère salvatrice.  

Laissant ses paupières papillonner avec lenteur, s'ouvrant à peine pour se refermer en une seconde, la petite fille semble émerger de son inconscience. De très faibles tressautements agitent ses légers muscles et ses doigts sont les premiers à retrouver leur habileté première.

Au dessus d'elle, une ampoule au néon artificiel brille et lorsque les iris invisibles de la fillette la rencontrent, elle les referme instantanément en plaçant ses doigts devant son visage comme pour se protéger d'une agression extérieure.  Refusant obstinément de dévoiler son regard, elle ne daigne l'ouvrir qu'à travers le faible espace entre ses doigts, trop fin pour espérer que les autres ne puissent ne serait que l'apercevoir.

Des murs éclatants de blancheur, divers instruments argentés, des boites aux noms étranges posés un peu partout, des lits en fer au tendre matelas et la présence de minuscules créatures, tous les indices lui suggèrent l'infirmerie où les élèves aiment essayer de se réfugier pour échapper à un examen qu'ils jugent d'avance trop difficile.

Au loin, elle repère une fine silhouette allongée et en un instant, sa phobie revient sur le devant de la scène pour éclater d'un rire malveillant. Son cœur s'emballe à nouveau dans un rythme infernal et une violente nausée, refrénée juste à temps, glisse au bord de ses lèvres rosées. Des tremblements l'agitent et lorsque l'infirmière l'approche pour procéder à des examens complémentaires, elle  la repousse instinctivement, sans aucune violence avant d'agir de même au contact des petites fées. Elle ne les touche aucunement mais ses gestes sont bel et bien portés sur la défensive. Inspirant et expirant avec diablesse, elle doit attraper quelques minutes de son temps pour réussir à calmer sa respiration.

Ses doigts se lèvent lentement et viennent danser dans le paysage, chacun de ses mouvements faisant se mouvoir une voix d'enfant sans que ses lèvres ne s'ouvrent. Bien qu'apeurée, elle ne peut que reconnaître le rôle du garçon dans sa guérison et ses remerciements, quoique maladroits, sont sincères.

À peine le silence s'est-il de nouveau installé que l'infirmière ose le briser en proposant de s'occuper des derniers examens et demandant à la fillette de bien ouvrir les yeux. Lorsque les mots parviennent à son esprit, ses muscles se contractent si violemment qu'un double effet indésirable s'offre à la vue de tout le personnel soignant. Une masse noire recouvre presque entièrement le mur derrière l'enfant tandis que des centaines et centaines de pattes se regroupent en harmonie. Les araignées s'installent en bande, largement de quoi offrir une immense crise d'angoisse, voire pire, au plus férus des arachnophobes. Une dizaine de rats suive  le défilé poilu et entre leurs pattes brille un pendentif portant une légère étoile dorée.

Sans jamais ouvrir les yeux, l'enfant réussit à l'attraper lorsque les rongeurs grimpent sur son lit pour le lui offrir avant de le rattacher à son cou. La présence des animaux, très souvent considérés comme répugnants pour le commun des mortels, semble l'apaiser, au contraire de l'infirmière et des fées qui ont instinctivement reculé devant une telle affluence.

Ses doigts s'élèvent de nouveau pour tenter d'apporter le calme en précisant que les animaux ne sont pas là pour effrayer, qu'elle est leur amie avant de naïvement refuser tout examen de ses yeux qu'elle se répugne à ouvrir.

Combien de malheurs sa jeune vie a t-elle connu pour qu'elle soit convaincue à ce point de l'horreur de son propre regard ? Quelles affres a t-elle traversé pour s'automutiler psychologiquement ?

À ce jour, elle ne connait que deux personnes semblant avoir échappé aux destinées funestes que donnerait ses pupilles mais leur puissance monstrueuse suffissent à procurer une explication fiable. Affublés d'une magie sans limites et d'une aura extraordinaire, en plus d'une expérience hors du commun des mortels, ils ne peuvent en être affectés mais tous deux ont reconnus qu'en dépit de leurs longues années d'existence, jamais ils n'avaient croisé un tel phénomène.

"... Je ne tiens pas à te faire peur. Mais il faut vraiment que tu montres tes yeux, pour qu'on puisse prendre soin de toi. Ces paroles sont absolument inutiles, j'en suis sûr... Mais, j'espère que tu te rends compte que la seule personne frappée par cette soi-disant malédiction, ici, c'est toi et toi seule. Laisse l'infirmière faire son travail. Elle, elle n'est pas supposée t'effrayer, je crois bien. Quant à moi, je me retire si ça peut te soulager... Tu veux bien faire comme ça ?

Tout à ses pensées sur comment convaincre l'enfant, la chef des lieux ne perçoit la présence du jeune homme qu'au moment où il ouvre la bouche pour déverser ses quelques mots.  Elle sursaute légèrement mais bizarrement, la fillette semble avoir compris les manœuvres de rapprochements, bien sûr très subtiles. Son regard fermé s'est tourné vers le garçon et ses muscles se raidissent dans la même seconde. Ses oreilles perçoivent les sons étranges que ses protecteurs nomment français sans que son esprit ne soit capable d'en saisir le sens. Seule une aide artificielle lui permet de décoder ces sonorités inconnues pour qu'elles lui soient transmises dans sa langue maternelle.

Comme capable de parfaitement détecter son existence matérielle en dépit de ses yeux clos, la fillette dirige son regard fermé en direction de la porte avant de revenir sur le garçon. Son petit corps encore fragile se contracte davantage lorsqu'elle attrape enfin la compréhension de ses propos.  Elle serre son minuscule poing et une lueur violacée l'entoure l'espace d'une seconde. Le temps d'un clignement d'œil, le dessin d'une rose noire naît légèrement sur son cou avant de disparaître aussi vite qu'elle est venue.

Les iris perçants de l'infirmière détectent l'étrange symbole et dans un sursaut, elle laisse échapper le flacon de médicaments qu'elle tient à la main. Le son de verre brisé résonne dans la pièce et l'enfant aux cheveux de neige tourne la tête vers la chef des lieux. Malgré l'invisibilité de ses pupilles, une impression inquiétante émane d'elle pendant un très court moment. Son aura d'innocence pure reprend ses droits si rapidement que rien ne semble s'être passé si ce n'est une maladresse apparente de la professionnelle.  Les minuscules fées volettent autour de l'objet pour ramasser les débris sans risquer de se blesser comme pour barrer l’événement d'une croix et signifier son oubli immédiat.

Ses doigts retournent dans leur monde de la danse du silence, s'agitant avec mille grâces tandis que des mots se peignent dans l'atmosphère dans une voix artificielle des plus enfantines.

-Nachon chai pas...n'a lel loin...zyeux Sisi né malénichion...Sisi n'a chai...Cheux n'ont vu zyeux n'a Sisi...nonnus  maleuws n'apwès...Zens pas louzouw zentils navé Sisi...Mais péchonne ne méwile malheuws...N'alow Sisi na puni pou cha...(Le garçon ne sait pas à quel point les yeux de Sisi sont une malédiction...Sisi le sait...Ceux qui ont vu les yeux de Sisi ont connu des malheurs après...Les gens n'étaient pas toujours gentils avec Sisi mais personne ne mérite de malheurs...Alors Sisi a été punie pour ça...)

Les mots se brisent dans un sanglot silencieux. Depuis sa naissance, cette fillette vit dans l'idée absolue que ses yeux sont maudits, abreuvée d'insultes et de mépris jusqu'à s'en étouffer, elle a fini par en être infiniment convaincue. Le plus souvent, un enfant se construit sur le regard que les adultes portent sur lui alors comment sortir du gouffre quand tous ceux qui auraient du donner l'exemple n'ont fait qu'offrir du poison à son âme baignée de pureté ?

L'infirmière hausse légèrement un sourcil à cette évocation, sa mémoire lui rappelant soudainement la lecture des dossiers des élèves arrivés récemment. Parmi eux, une petite fille aux cheveux aussi blancs que la neige et dont le regard semble avoir quelques particularités. Seulement la photo la présentait avec une longue mèche dissimulant entièrement ses iris si bien qu'elle n'a jamais su le fin fond de l'histoire de malédiction. En revanche, un détail s'impose brutalement à ses pensées. Outre un poids et une taille encore portés sur l'enfance, en dépit d'une poitrine d'adolescente bien formée,  les notes médicales spécifient qu'elle est extrêmement sensible aux lumières artificielles. En revanche, elle supporte très bien la puissance du soleil à en croire les diverses observations.

Transportée par son excès de mémoire, l'infirmière baisse l'interrupteur de toutes les lampes avant d'ouvrir en grand les rideaux encombrant la pièce. La lueur infinie d'Hélios pénètre dans l'atmosphère dans une chaleur vite insoutenable. Le regard clos de la petite fille se tourne vers les larges fenêtres et un fin sourire étire ses lèvres rosées.  Ses doigts fins s'agitent une nouvelle fois pour offrir leur gracieuse langue des signes.

-N'a dame né...mal...malin ? Non dit Sisi n'a fille choleil ni naluwe...Sisi n'a nonfiance choleil...Sisi n'aiwewait bien choleil choit chon papa...Sisi n'a wien n'aux zyeux...Né voit bien…Zuche zyeux pas nomme les notes...
(La dame est mal...maligne ? On dit que Sisi est la fille du soleil et de la nature...Sisi fait confiance au soleil...Sisi aimerait bien que le soleil soit son papa...Sisi n'a rien aux yeux...Elle voit bien...Elle a juste des yeux pas comme les autres)

Partagée entre la peur et la résignation, la petite fille est entourée de mystère. Ses cheveux blancs immaculés et sa peau mate semblent en effet avec des liens avec  l'astre solaire ou l'environnement. Ses propos à la fois naïfs et offrant un goût de frisson sont auréolées de secret. Les quelques mots lancés sur son géniteur laissent planer le doute. N'a t-elle jamais connu le sien ou est-il indigne d'être désigné ainsi pour qu'elle dise préférer être l'enfant de la plus puissante étoile de la galaxie ? Ce même soupçon peut naître sur sa mère où elle semble privilégier Dame Nature.  

Néanmoins il est vrai que si ces deux entités pouvaient se personnifier au point de concevoir un enfant, nul doute qu'il aurait ressembler à la fillette amie des animaux. Sa chevelure rappelle la neige que la nature est capable de créer sans difficultés et l'énigme de  son dit père pourrait bien révéler un spectacle à couper le souffle.

Ses paupières papillonnent doucement pour se réhabituer à lentement quitter l'obscurité dont elles sont coutumières.  À la seconde même où elles s'ouvrent entièrement, les vifs rayons du soleil viennent les frapper de plein fouet pour s'écraser sur un éclat plus puissants qu'eux. Comme avalés par ce regard si étrange, ils ne peuvent lutter contre lui, eux les bras droits de l'astre solaire.
Aucune couleur ne subsiste dans les iris de la fillette. Ses yeux sont pareils à du cristal, l'éclat du plus pur des diamants y brille tant qu'il peut faire dévier les rayons du compagnon de la lune. Pareils à un miroir, ils attrapent le reflet du monde qui les entoure. En un instant, les images  du garçon, de l'infirmière et de quelques minuscules fées s'y dessinent.  

La maxime dit que les yeux sont le reflet de l'âme mais que dire devant un regard où aucune couleur n'existe ? Les iris et les pupilles y sont si transparentes qu'ils sont impossibles à distinguer, noyés dans la clarté.

Impossible de feindre l'indifférence devant un tel phénomène.  Il serait mentir que d'affirmer que la petite possède un magnifique regard de prime abord tant il est déconcertant. Devant ces yeux uniques et ô combien étranges, les créatures féeriques ont le réflexe de légèrement reculer  et l'infirmière pose sa main sur le cœur comme pour en contrôler les battements après une frayeur.
Comme de trop habituée à ce genre de gestes, un éclat de pure tristesse traverse le visage et les pupilles de l'enfant à la chevelure immaculée. Un soupir silencieux lui échappe et ses doigts s'agitent pour laisser sa voix artificielle s'exprimer sans qu'elle-même n'entrouvre ses lèvres délicates.

- Cha...néachions zenlilles...Zens n'aiment pas zyeux n'a Sisi...N'ont nu malheuws n'apwès...Sisi n'auwa pwevenu...Zens né n'inchulaient Sisi ni la fwappait pou cha...Plein n'ont echayé...lué Sisi...mais peuw choleil ni n'animaux ni pwolèzent Sisi...Che malin...zens n'ont n'eu n'idée n'enfewmé Sisi...lan nachots...né noiw...chan pwesche n'animaux...ni Bwoyeuw...né malin...
(Cela...ce sont de gentilles réactions...Les gens n'aiment pas les yeux de Sisi...Ils ont connu des malheurs après...Sisi aura prévenu...Les gens insultaient Sisi et la frappaient pour ça...Plein ont essayé de tuer Sisi...Mais ils ont peur du soleil et des animaux qui protègent Sisi...Ce matin, ldes gens ont eu l'idée d'enfermer Sisi dans un cachot...il fait noir...et il y a presque pas d'animaux...et le Broyeur..Ils sont malins...)

Quels horribles tourments la petite fille avait-elle enduré pour être seulement différente des autres ? Méprisée, elle devait accepter les mots empoisonnés et les coups sans pouvoir se défendre, privée de la capacité de s'exprimer oralement. Sans son étrange lien avec la nature, nul doute que ses agresseurs d'antan auraient réussi leurs sinistres projets que d'anéantir touts traces de son existence reconnue comme maudite. De mauvaises récoltes, des diverses maladies ou faiblesses, des conflits ou autres, tout ce qui sortait des normes lui était attribué sans aucune forme de procès, étant bien plus simple de tout mettre sur les frêles épaules d'un bouc émissaire que de se remettre en question. Enfin, ils étaient deux à devoir endosser le poids de lourdes responsabilités alors que leur seule erreur a été de naître différemment.

Aussi translucide puisse-il être, son regard est porteur de lourds secrets et d'une horreur sans nom qu'aurait vécu sa jeune propriétaire. Laissant un deuxième soupir silencieux lui échapper, la fillette referme délicatement les paupières tandis que de nouveaux tremblements envahissent lentement ses doigts bien qu'elle tente de les cacher. La peur vit toujours en elle, brillant d'un éclat maléfique dans un sourire invisible bardé de crocs reluisants.

Qui pourrait la délivrer de cette éternité de tourments dont des milliers d'âmes l'accablent alors que l'innocence qu'elle incarne ne cherche qu'à dévoiler toute sa splendeur ?
© Lith'


Dernière édition par Syria le Mar 12 Juil - 12:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Sam 2 Juil - 21:20

Les maléfiques caprices du démon qu'on nomme traumatisme n'avaient cesse de revenir aux devants de la scène, tant le visage larmoyant et terrorisé de la belle devait lui plaire. Certains monstres se satisfont du pur désir d'instiguer le Mal au sein de leur entourage. Tous les moyens sont bons, pour que tristesse et quotidien ne soient plus que d'étroits synonymes, si bien qu'il en deviendrait presque décourageant de tenter de raviver la frontière qui sépare ces deux esprits. D'aucuns jetteraient déjà l'éponge, là où certains persisteraient, quitte à se déchirer le dos de long en large et en travers dans l'infime et noble espoir d'agrandir l'écart entre la victime et son enfer.

La répugnance de ta simple existence révoque un dégoût surpuissant chez Syria, qui ne manque pas une occasion, Ô bien contre son gré, de te rappeler à quel point les gens de ton espèce sont misérables. Tu pourrais te sentir légèrement offensée, si elle avait l'air de prendre un malin plaisir à tous vous repousser ainsi... Mais l'innocence se définissait sur chaque fraction de liberté qu'elle entreprenait. Sa fuite désespérée des cachots, qui malgré son dénouement catastrophique faisait part d'un certain courage enfantin que tu aimais bien lui reconnaître; ou même encore tous ses efforts de politesse et d'élocution paranormale pour simplement vous faire comprendre à quel point est-ce qu'elle tient à rester cloîtrée sur elle-même...

... Dans le fond, il était vraiment difficile de lui en vouloir pour tout ça. Et dans ton cas, la compassion était davantage maître mot que n'importe quel autre terme. Chaque fois que ton regard croisait le minois refermé dans une enveloppe de frayeur croissante, tu ne pouvais simplement pas t'empêcher de plisser un regard pathétique. On pourrait presque déceler quelques remords que tu ne mérites pourtant pas véritablement de supporter, puisque tu n'as vraisemblablement rien fait de néfaste à la blanche. Toutefois les faits sont là; tu es désolé pour tout ce qui survient à la demoiselle.

Mais tant pis... Tu ne feras reconnaître ton cas que bien plus tard. Pour l'heure, il faut s'atteler à nouveau au réconfort de la petite. Car sitôt que le halo sacré ayant répandu la guérison sur tout le corps décharné de la malheureuse, qui n'avait alors plus que les allures d'une vulgaire poupée de chiffon jusque-là; dès lors que chaque bosse s'est affaissée pour être réduite au silence, que chaque plaie a cicatrisée, avant même que la trace de leur passage ne soit effacée par le biais de cette gomme magique, et que chaque râpure n'aie finalement jamais eu lieu d'être; un vent d'effroi rabaissait le moral à peine embelli de la fille sans répit ni vergogne.

Témoin des lamentations incessantes et virulentes d'une âme en peine, tu n'as jamais trouvé depuis le début les mots justes pour convenir aux jeunes volontés de la torturée. Cela ne t'a pourtant pas empêché de forcer le rapprochement, puisque c'est toi qui l'a extirpé de son trou à rats, après tout. Et tout le monde se mit alors à jouer sur un terrain que personne ne maîtrisait de toute évidence; pas même la déchue apeurée sur ses draps défaits, qui avait pourtant enclenché cette réaction en chaîne : on se bousculait pour lui apporter le soutien professionnel que les médecins seuls possédaient à ce moment-là, on ne voulait plus que finaliser les examens qui lui étaient attitrés, dans la simple idée de contenter la patiente en lui assurant qu'elle pourrait ainsi s'enfuir plus tôt que prévu... Chacun usait de toutes ses convictions pour obliger la gamine à ouvrir les yeux qu'elle cherchait à éloigner d'autrui.

Sous ta frange d'ébène, unique survivante des vives batailles menées plus tôt, ton regard carmin intensifiait un jugement presque hautain à l'encontre du personnel qui s'emballait beaucoup trop à ton goût. Tu ne pouvais néanmoins pas te suffire à leur expliquer la situation; tu sais sinon Ô combien tu ne feras qu'éhonter la protagoniste de la scène. Heureusement, pour vite calmer ce désastre impétueux, la faune des ombres s'est révoltée pour transcender la barrière entre les abysses et la surface. Une nuée arachnide protège les murs et finalement, c'est une garde rapprochée fondée par tout un assemblage de rats bien organisés pour leur race qui firent office de barrage entre Syria et ses assaillants guérisseurs.

Ses mêmes protecteurs lui rapportaient un bijou méconnaissable, qui finalement s'avérait être une source de rassurance insoupçonnée, puisqu'une fois solidement rattaché autour de son frêle cou, le pendentif paraissait lui inspirer une certaine délicatesse avec laquelle la fille ne cessait dès lors plus de transparaître. Et c'est armé de cette juvénile sérénité, bien qu'éphémère, qu'elle agita à nouveau ses doigts de par une parcimonie surprenante. Les paroles qui s'en échappaient, néanmoins, ne trouvaient au final que peu d'intérêt auprès de tes oreilles pourtant attentionnées. Hélas, les discours radotés à l'infini ne sont pas ta tasse de thé... Tu avais déjà saisi l'envergure des malheurs émergés qui maltraitaient Sisi, et se répéter n'allait certainement pas servir à quoi que ce soit.

Lorsqu'une des infirmières osait répandre sa stricte parole une fois de plus, ce n'était que pour recevoir un énième stop en pleine face; et tu profitais de l'occasion pour prononcer ta propre portion de ce discours interminable. Chaque mot semblait effrayer toujours plus la belle à qui tu t'adressais, mais c'était ça ou bien la situation n'avançait pas. Et là encore, la réponse est absurde tant elle est devenue célèbre en si peu de temps : tu l'avais bien prédit; ces mots étaient inutiles. Toutefois... Tu as au moins eu le mérite de retenir l'attention de la fille assez longtemps pour que l'infirmière persistante reçoive le brin de lucidité qui allait faire trembler drastiquement les choses. Tu n'avais plus rien d'autre à faire que simplement observer; sagement, du coin de l'œil, tu transperçes le moindre individu d'un iris embrasé se voulant presque devin. Quand tu aperçus cette même femme se raccorder selon divers faits inscrits sur le dossier extirpé de nulle part, tout te portait à croire qu'un détail devait réellement la chiffonner...

... Et c'est enfin, après un moment d'hésitation, que la figurante exécute le geste fatidique : la pièce était embaumée de la tendre lumière tamisée que les locaux avaient permis de supporter; chaque rideau qui aurait permis un bain de Soleil était clos, pour ton plus grand bonheur. Mais, à votre dépit commun, on décida tout à coup d'inverser les rôles; et voilà qu'en un clic inaudible, chaque néon s'éteint avant qu'une seule paire de bras ne s'affaire à écarter chaque tissu mural. En un revirement de situation impromptu, vous êtes passés du rayonnement artificiel à celui de la journée, tant redouté, car aujourd'hui Hélios était d'humeur sanguinaire. L'Astre Diurne récupère son territoire et étend ses lois martiales dans toute l'infirmerie, nouvellement éclairée d'une clarté divine au courroux indomptable. Tu mourrais déjà de chaud, et tu n'étais pas le seul. Pourtant, au milieu de ce calvaire insoutenable... Elle, elle y trouvait son dû.

Syria s'était instinctivement tournée vers le ciel dénudé dénué de bon sens; vers ce plat fin et azuré se perdant plus loin encore après l'horizon et ne comportant aucun passant nuageux, tous trop apeurés à l'idée d'importuner le Roi Soleil en ces heures caniculaires. La blanche trouvait son salut auprès de ce monstre de lumière, qui la galvanisait d'innocence et d'une infime, timide joie affaiblie. Sa terreur était momentanément aveuglée par autant de bien-être... Et il n'avait rien fallu de plus pour que la tendre cède enfin aux exigences des environs. Un battement de cil féminin comme tout, et enfin son regard était dévoilé. Pour l'occasion, tu dégrossissais une œillade subtile et non moins surprise...

... Syria a un trésor à la place des yeux. Le chaleureux sourire puéril qui bardait sa moue admirative dévoilait une part d'elle qu'on ne pouvait penser déchaînée aussi tôt. Comme si de rien n'était; à l'instar d'une amnésique en réalité soulagée de ne plus avoir à supporter le poids de son obscur passé; la demoiselle oubliait tous ses maux le temps de brandir à l'encontre de tout un chacun la vérité sur ses iris diamantaires. Tu restais sincèrement bouche bée devant la déclaration de son regard, et les rondes courbes de ses paupières relevées ne te revenait pas : elle avait ouvert les yeux, tout simplement. C'est alors que les pires réactions devaient arriver... Si tu conservais un statut contemplatif à l'égard de cette merveilleuse découverte, les femmes en charge de la patiente, elles, ne retenaient pas un hoquètement choqué. Néanmoins, tu n'y prêtais nullement attention... La vérité était juste là : tu n'arrivais pas à te décrocher de ses prunelles.

Comme pour couper de nouveau court à la fantaisie du beau regard innocent, les jugements hypocrites des infirmières fusèrent et s'entrecoupèrent pour finalement s'accorder sur le bon ton de soupir qu'elles se devaient d'émettre dans un orchestre de mauvaise stupéfaction. Le manque de foi absurde de ces dernières était abject... Si bien que, pour une fois, tu n'allais pas regretter la façon dont tu t'adresserais à la gente féminine que tu chéris pourtant si adorablement. Les sourcils penchés, le regard embrasé d'une sévérité puissante; la maturité qui se dégageait de ton œillade faisait réellement peur...

"... Elle, au moins, est originale." Annonces-tu en premier lieu, enflammant ton courroux à l'aide de cette minime étincelle qu'était pour toi le quotidien de Syria. "Mais... Je vous comprends. Ce doit être si horripilant de n'avoir rien d'aussi intriguant..." .. Et ainsi, tu t'attires les foudres des prunelles féminines présentes sur scène. Toi, tu fermais les tiennes un court instant, les narguant d'un beau minois couvert d'une expression narquoise, et finalement tu en reviens à la malheureuse blanche, abattue et chagrinée par le manque de tact d'autrui. "... Moi, j'aime son regard."

... Et un nouveau climat d'étonnement surprit la masse. Soit les avis et préjugés peaufinés au soin de la jeune martyr se voyaient ruinés par tes propos; ce qui troublait trop les figurantes; soit on entendait raison, mais personne n'osait l'avouer, de peur que rien ne soit équivoque... Toi, en tout cas, tu n'as pas peur de franchir le pas. Et pour pousser le vice encore plus loin, tu te relèves d'un pas décidé sans raccourcir la distance entre toi et la demoiselle, prenant tes précautions et n'espérant pas provoquer chez elle le moindre autre sursaut de terreur; alors que ta main caresse ton cœur dans une ravissante révérence en son honneur. "... Je suis ravi d'avoir pu voir tes yeux, Sisi." Articules-tu en sifflant ta nonchalante sincérité.

Si la banalité de la société t'a au moins conféré une fraction de positif; c'était bien celle-là. Abasourdi par le discours ennuyeux d'une vie répétitive, la moindre opportunité de te démarquer sera le bienvenue. Tu ne possèdes aucun véritable intérêt; si ce n'est matériel auprès des plus vils de l'Académie; mais tu comptes bien t'en procurer auprès de personnalités uniques... Et Syria compte bien parmi dont tu espères être instigué d'une moindre valeur. Tu veux grandir au sein de l'extravagance, en somme... Tu es trop usé par la sonorité des Temps Normaux. Cette ère est révolue... Aujourd'hui, tu es à la Magical Academy. Harpies, vampires, anges, démons, hybrides et mages sont le nouveau lot qui noueront le fondement de ton inédite existence.

Tu devras aussi traiter de nouvelles problématiques; bien plus inventives que celles que tout être humain frappé de simplisme se verrait imposé. Le fardeau des espoirs brisés et des rêves perdus ne doit pas t'arrêter... De toute façon, tu n'as pas assez vécu pour devoir supporter le fruit décomposé de tes propres expériences. Tu te découvres néanmoins un ultime talent de parfait confident auprès de toutes ces personnes; tu es, dans un sens, une sorte de héros secret. C'est un peu comme si ton propre rêve d'enfant venait à se concrétiser de lui-même, maintenant que tu n'y prêtes plus grande attention...

... Un large sourire transcende ton faciès reconnaissant, alors que tu adresses cette mine joviale droit à Syria. Qu'elle l'aperçoive ou non, tu t'en fiches, dans le fond; tu comprendrais qu'elle tente d'esquiver ta personne du regard de toute façon. Mais tu es décidément ravi de cette rencontre, tu ne regrettes rien. Lorsque tu te ravises pour te tenir droitement, les pieds fièrement ancrés sur ta position, tu croises les bras en te taillant une posture assurée. Ton regard se porte jusqu'à l'extérieur, alors que l'enchaînement des éléments explose dans une vague de sensations portées à leur paroxysme. Pour une fois, depuis le début de la journée, tu ne souffres pas...

"... Il fait vraiment beau, aujourd'hui."

Le Soleil est resplendissant.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mar 12 Juil - 12:16


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Au sein des ombres invisibles, un amas de ténèbres plus sombres encore se déploie sans vergognes en révélant ses crocs luisants d'une cruauté inouïe. À ses côtés, un compagnon plus obscur se tient coite bien que de brefs mouvements fébriles traversent son être immatériel de temps à autres comme pour trahir une certaine impatience. Souffrances et traumatismes sont des amis de longue date et leurs jeux atroces n'amusent qu'eux quand leurs victimes n'ont même plus la force d'esquisser ne serait-ce qu'un début de sourire après leur passage ravageur.

Aussi destructeurs qu'une catastrophe naturelle, ils ne laissent luire aucune note d'espoir derrière eux. Toute la volonté du monde ne peut suffire à s'en relever tout de suite, certaines personnes y arrivent après un long laps de temps quand d'autres peinent à faire un pas de plus si ce n'est pour reculer de deux autres au final. Les affres de la dépression et son lot de pensées sombres s'accrochent à divers individus pour mieux les tourmenter.

Quoi de plus délectable pour ce duo déloyal que de s'acharner encore et encore sur la même victime en espérant la briser un peu plus à chacun de leurs passages ? Le vase déjà fragile ne cesse de s'effriter, combien de fois a t-il implosé en attendant d'être reconstruit par des mains tremblantes ? Instable et en manque permanent d'affections, combien de temps peut-il tenir avant de se briser à nouveau ?

Rares sont les personnages suffisamment dotés de courage pour oser approcher les victimes de ces tortures féroces, qu'elles soient d'origines physiques, psychologiques ou les deux cumulés. Comment accorder sa confiance aux êtres, aussi couronnés de bonnes intentions peuvent-ils se montrer, quand toute son âme crie au martyr ? Comment espérer retrouver une existence dite "normale" quand toute sa vie est marquée par d'horribles mutilations ? Comment accorder bénédictions quand ce sont les gens censés vous protéger et vous aimer qui vous trahissent sans remords ? Comment supporter la vue de son propre corps quand celui-ci a été manipulé sans scrupules ? Comment croire de nouveau en la puissance des mots alors que ceux-ci ont été détournés dans des mensonges éhontés ? Comment prétendre aimer en ayant trahi la personne censée être la plus adorée ?

Mille questions sans réponses tournent en permanence dans l'esprit déchiré de l'enfant aux cheveux de neige. Parfois, les larmes se manifestent pour mieux la torturer sans lui accorder le moindre instant de répit. Les cauchemars hantent ses nuits quand elles ne sont pas sans sommeil tant les souvenirs aiment à remonter sur le devant de la scène. L'appétit, déjà comparé à celui d'un moineau, ne cesse de diminuer chaque jour sans que personne s'y prête attention. Les chiffres électroniques s'emballent d'horreur à l'idée d'afficher si peu quand la mémoire de la balance ne connait que trop bien la taille de la protagoniste pour la classer directement dans la catégorie de la maigreur. Les hanches s'affinent dangereusement tandis que sous sa robe délicate, les cotes sont parfois saillantes. Seule sa poitrine généreuse arrive à afficher quelques formes d'adolescente.

Le visage aux yeux clos se tourne instinctivement vers tous ceux qui osent avancer d'un pas dans sa direction, à croire qu'elle est capable de voir à travers le rideau de son propre regard fermé. Ayant admis qu'elle ne supporte pas ses pupilles, il est évident qu'elle n'est pas atteinte de cécité et pourtant, elle a développé le même instinct que les personnes malvoyantes, percevant le moindre bruit ou frôlement d'air pour en connaitre la source d'origine sans encombres.

Ses tremblements, sa frayeur sans limites et ses immenses difficultés à nouer des relations sociales dites de base pourraient passer pour de l'extrême impolitesse surtout aux yeux de ceux pour qui le moindre signe de faiblesse est une honte infinie ou qui estiment que son jeune âge n'est pas une excuse, elle devrait être capable de se relever de ses tourments. De plus, à en croire les diverses scènes des catacombes, qu'est qui peut justifier une phobie de la gente masculine, comme si une telle peur pouvait exister pour le commun des mortels. Pour les uns et les autres, son existence n'est que répugnance n'ayant pas lieu d'être. Pour les plus fervents croyants, comment leur Dieu si bon et si généreux a t-il pu donner vie à un tel monstre dénué de couleurs, le blanc de la pureté n'étant là que pour mieux les tromper selon les langues de vipères. Elle ne peut être qu'une créature du Diable dont la présence est intolérable pour les extrémistes de toute sorte.

Accusée de tous les maux, elle pourrait effectivement être profondément haïe par tous pour le profond rejet dont elle fait preuve mais rares sont les esprits pensants à vouloir reconnaître qu'au fond, elle ne fait que rappeler la noirceur des races vivantes dont certains représentants ne peuvent accepter la moindre différence. Il est bien plus simple de faire porter la culpabilité à quelqu'un ne pouvant se défendre que de se remettre en question. Ce ne sont pas les bourreaux les méchants mais bien une petite fille dont la seule erreur a été de naître bien malgré elle. Chacun de ces maîtres de douleurs ne peuvent supporter l'innocence qu'elle dégage, son âme en étant la personnification à leur plus grande horreur, cette idée ne pouvant correspondre à leurs abjects préjugés.

Pourtant le blanc de ses cheveux, de ses vêtements et de la douce lueur baignant autour d'elle est bien empreint d'une réelle pureté. La candeur s'immisce dans cet être au passé terriblement lourd pour ses frêles épaules. Même si chacun de ses mots de son étrange langue des signes paranormale existe pour la dévaloriser, une ingénuité enfantine suinte dans ses discours et son attitude.

Dans l'infirmerie aux murs sans couleurs, petites fées et l'infirmière se démènent pour réduire toutes les bosses au néant, refermer les coupures, calmer les saignements et redresser les os atrophiés. Lorsque vient le temps des derniers examens, aucune mot des professionnels ne peuvent convaincre la fillette de simplement ouvrir les yeux, acte qu'elle se répugne d'exécuter. Obstinée dans son refus et convaincue de sa propre malédiction, elle demeure yeux clos. Sans même s'en rendre compte, les soignants se rapprochent dangereusement du lit de la jeune blessée, l'enfermant dans une bulle des plus oppressante.

Incapable de leur faire comprendre la pression dont ils font preuve, la petite fille semble respirer difficilement, la main portée à son cœur, quelques gouttes de sueur coulant sur son visage dans une fièvre désespérée de vouloir s'échapper. Même si sa phobie principale reste les hommes, le contact de la foule autour d'elle la stresse atrocement même si les minuscules créatures et leur patronne sont pétries de bonnes intentions à son égard contrairement à ce qu'elle connait d'ordinaire. Approcher à ce point une personne dont la sociabilité est des plus perturbées n'est certainement pas l'idée du siècle, même le jeune homme l'a compris mais comment l'expliquer sans enfoncer davantage l'enfant dans la gêne ?

Une aura de terreur explose dans la chambre et portés par la puissance de leur instinct, une nuée d'araignées se faufile sur le mur derrière l'enfant et une garde rapprochée de rongeurs grimpe sur le lit devant elle. Peu attirée par ce genre de spectacle, les fées voudraient bien les faire déguerpir mais l'infirmière les arrête dans leur élan en levant simplement la main, son esprit venant de comprendre combien leur approche a dû être oppressante pour l'enfant et que l'arrivée des petites bestioles est en fin de compte tout à fait légitime.

Entre les petites pattes des rongeurs, le fin fil d'un pendentif s'accroche délicatement. Le tendant presque à la manière d'une offrande, ils ne bougent pas d'un pouce lorsque la délicate main de la fillette vient reprendre son dû. Le collier où pend une légère étoile en or reprend sa place légitime autour du cou de sa propriétaire Les doigts frêles s'agitent pour débiter des mots emplit de tristesse et de désespoir, porteurs d'une destruction absolue de la confiance en soi.

Une fois ses minuscules fées mis en recul, l'infirmière tente encore une fois d'amener sa logique médicale sur le tapis en arguant qu'elle se doit d'examiner les yeux de la petite avant de décider de sa totale guérison ou non. Bien que très poli et calme, le refus est cinglant et obstiné. Le garçon sauveur intervient alors pour balancer ses propres mots, proposant même d'écarter sa présence dite malveillante pour la jeune phobique des hommes. Dès que sa voix retentit, le visage aux yeux clos se tourne vers lui comme si elle savait instinctivement où il se trouve sans jamais se tromper, ayant surdéveloppé ses autres sens à la manière des individus aveugles ou malvoyants. La réponse de la blessée aux cheveux de neige demeure sensiblement la même que les précédentes : convaincue du pouvoir destructeur de son regard, elle se répugne à le montrer.

Rien n'aurait pu être débloqué sans le brin de lucidité de la patronne des lieux. Son esprit recense les nombreux dossiers qu'elle a dû consulter ces derniers temps et l'un d'entre eux lui revient en mémoire. Il y est question d'une enfant au lourd passé dont les particularités physiques ont eu le mérite d'être notées. Sa chevelure immaculée peut s'expliquer par un léger accident génétique qui fait qu'elle est née avec très peu de mélanine donnant la couleur à la peau, cheveux et les yeux. Tous ses pigments se sont concentrés sur sa peau mate au détriment de ses mèches mais qu'en est-il de ses pupilles ? La jeune femme se souvient soudainement avoir lu que si les lumières artificielles des néons agressent la fillette, en revanche elle supporte très bien la l'extraordinaire puissance du soleil.

Portée par un étrange instinct, en contradictions avec ses connaissances médicales, elle se précipite sur les interrupteurs pour tous les éteindre, y compris ceux des lampes de chevets sous les yeux incrédules de ses aides-soignantes. Ces mêmes mains décidées tire sur les rideaux retenant encore l'éclatante chaleur du dieu solaire. Aussitôt, Hélios récupère avec force ce territoire lui ayant légèrement échappé durant la matinée. Mugissant de son fort courroux d'avoir été ignoré, il étend sa vengeance dans toute la chaleur pour la baigner d'une canicule insupportable. Ses puissants rayons frappent tous ceux ayant eu l'audace d'avoir voulu l'éviter. La température grimpe à une vitesse affolante au grand damne des fées, leur patronne et du jeune homme.

Pourtant, ce vil calvaire ne semble pas affecter la petite fille. Elle y plonge avec délices, tournant son visage mat en direction de la divinité diurne sans que son corps ne plie face à ce que tous autres êtres nommeraient une torture. Le ciel d'un bleu luisant ne la protège par aucune nuage, tous apeurés à l'idée de contrarier leur empereur s'ils osaient ne serait ce que frôler le paysage. Pourtant, les rayons monstrueux d'Apollon, fils de Zeus ayant remplacé Hélios, l'emplit d'innocence et d'une joie, timide mais ô combien réelle. Pendant un instant, sa terreur initiale est vaincue par la présence rassurante du compagnon de la lune.

Ses doigts s'agitent pour affirmer la ruse de l'infirmière, seule la présence de celui que certains prétendent qu'elle serait la fille, jamais elle n'aurait accepté d'exécuter ce nouveau spectacle. Ses cils bougent légèrement avant que ses paupières ne se soulèvent avec mille délicatesses. Elles papillonnent lentement pour se réhabituer à la lumière après tout ce temps passé dans l'obscurité.
Comme affamés, les rayons divins se précipitent sur ses yeux avant d'être brutalement repoussés par leur éclat surpuissant, plus forts encore que ceux d'un dieu. Ils s'écrasent sur les yeux comme dévorés par leur puissance sans fond. Trésor pour les uns, malédiction terrifiante pour les autres, le regard de la fillette ne peut laisser indifférent tant il est unique.

En temps ordinaire, même l'absence de mélanine peut donner une teinte rougeâtre à des iris dans le cas de la maladie de l'albinisme mais ici, cette pathologie est poussée à son paroxysme. Aucune couleur n'existe chez l'enfant, si ce n'est sur sa peau bronzée. Ses yeux sont semblables à deux diamants, un duo d'éclats de cristal ayant le pouvoir de noyer quiconque oserait s'y aventurer. En effet, les reflets des personnes et objets concernés y sont avalés pour s'y dessiner à la manière d'un miroir. Aucune image ne peut espérer y échapper et le soleil lui-même ne fait pas exception. La transparence est telle qu'il est impossible de distinguer l'iris de la pupille, tout est éclat de pierres précieuses translucides.

Si le jeune homme semble s'y perdre avec mille plaisirs, admiratif devant ce spectacle à la fois magnifique et déconcertant, les petites fées lâchent un hoquet de surprise, de même que leur patronne. Néanmoins, tous la regardent, bouche-bée, incapables de relever la mâchoire tant ils sont absorbés par la puissance de ce miroir humain. Les jeunes femmes ne sont en aucun cas méprisantes ou choquées mais elles ne s'attendaient certainement pas à une telle révélation.

L'infirmière se souvient des propos mystérieux du directeur lorsqu'elle était venu chercher les dossiers des nouveaux inscrits. Même lui qui vit depuis des milliards d'années n'avait jamais vu un tel regard au cours de sa longue vie, de par ce fait même, la fillette est unique au monde, voire plus loin et qu'elle serait sans doute amenée à de grandes choses sans même qu'elle en ai conscience. Si elle n'avait pas tout compris de ses propos, il n'est pas si étonnant qu'il en sache autant surtout au vu de toutes ses relations secrètes à travers les différents plans de l'univers.

Les doigts s'agitent de nouveau pour remercier maladroitement les réactions dites gentilles qu'ont eues les personnes présentes. Plus coutumière des insultes et des coups selon elle, il lui est sans doute plus agréable de n'avoir eu droit qu'à des hoquets de surprise et une incapacité à se détacher du spectacle.

Ses yeux délicats papillonnent légèrement lorsque le garçon prend la parole avec une certaine dureté dans son regard carmin et dans sa voix, ce qui étonne la fillette, l'ayant toujours entendue jusque là user de douceur dans son ton. Son œillade rougeâtre en est presque meurtrière tant elle transpire la maturité et bien qu'elle n'en soit pas la destinataire, la petite fille sent un vif frisson la traverser en dépit de la vive chaleur de la pièce.

- ... Elle, au moins, est originale. Mais... Je vous comprends. Ce doit être si horripilant de n'avoir rien d'aussi intriguant...Moi, j'aime son regard.


Avant même que la fillette n'ait pu assimiler enfièvrement la traduction de ces mots aux sonorités étrangères pour elle et y réagir, elle regarde le garçon frôler son cœur dans une révérence des plus respectueuses à son égard comme si elle était titulaire d'un titre royal ou autre.

- Je suis ravi d'avoir pu voir tes yeux, Sisi.

Les yeux diamantaires cillent rapidement comme pour s'échapper d'un mauvais rêve. Elle penche la tête sur le côté dans une réflexion enfantine, l'un de ses doigts posés près de ses lèvres dans une mimique réfléchie.

Habituée au mépris, la haine et la violence, aussi bien verbale que physique, la gentillesse et l'admiration que lui témoignent les jeunes femmes et le garçon peinent à entrer dans son esprit. Depuis quand son regard provoque-il seulement un hoquet de surprise ou de l'émerveillement ?

Même le roi de son peuple s'en méfie, seules quatre personnes ont su lui offrir de la bienveillance devant ses yeux uniques et encore, l'une d'elle est quasiment atteinte du même phénomène étrange.

Secouant la tête pour espérer chasser les mauvais souvenirs, elle décide de se raccrocher à cette note positive, tellement rare au sein de son existence. Elle l'attrape pour que son visage mat se transforme en un sourire timide et que ses doigts fassent enfin danser des mots sans descente personnelle aux Enfers.

- Sisi né cwoit...dames pas missantes...n'elles ni nachon n'ont n'eu néachions zentilles...pwemièwes fois Sisi voit cha...Sisi chuppoze liwe méchi, Sisi nonnait pas bien noulumes n'ichi...Méchi....Sisi né peut n'allé lehows ?
(Sisi croit que les dames ne sont pas méchantes...Elles et le garçon ont eu des réactions gentilles...C'est la première fois que Sisi voit ça...Sisi suppose qu'elle doit dire merci...Sisi ne connait pas très bien les coutumes d'ici...merci...Sisi peut aller dehors ?)

Les différents plans de ses propos s'emmêlent légèrement entre eux, passant du tout petit sermon comme quoi le nommé Hysouké aurait eu tort de s'en prendre aux jeunes femmes, la fillette n'ayant pas du tout été blessée par leurs réactions, au contraire, avant de les remercier un peu maladroitement et finalement passer du coq à l'âne en exprimant son désir de sortir. L'infirmière hoche la tête en déclarant qu'elle doit d'abord faire un rapide examen de ses yeux.

- ... Il fait vraiment beau, aujourd'hui.


L'enfant lui adresse un timide sourire en hochant la tête, ses yeux de diamant brillant plus fort encore pour venir arrêter les rayons du soleil, ses petits muscles tressautant légèrement, ayant visiblement hâte de se retrouver à l'extérieur.

Avec une légère grimace, la petite accepte et subit la forte lueur de la mini lampe médicale que la patronne utilise pour regarder si ses iris n'ont subi aucun dégât interne au cours de sa chute. Ayant compris que l'enfant ne comprend pas leur langue sans sa magie, elle ne peut lui demander de lire les lettres au tableau comme tout examen ophtalmologiste mais à la place, elle lui montre ses doigts. La fillette répond docilement, donnant le nombre exact que ses yeux comptent sur les mains de la chef des lieux. Si les langues ne sont pas universelles, savoir compter l'est de manière générale et la soignante n'a plus qu'à se déplacer pour savoir si la petite voit aussi bien de près que de loin. Après quelques minutes, elle déclare que tout va bien et signe son autorisation de sortie.

L'apeurée aux cheveux immaculée pose son regard de diamant sur le jeune homme, la tête penchée sur le côté et une légère teinte rouge se peint sur son visage tandis que ses doigts viennent offrir de nouveau le spectacle d'une danse aérienne.

-Nachon né veut n'allé lehows navé Sisi ? Nil n'a chauvéSisi...nalows Sisi va n'échayé faiwe n'effowts le...nomment n'on lit...chochiabililé ? (Est ce que le garçon veut aller dehors avec Sisi ? il a sauvé Sisi alors Sisi va essayer de faire des efforts de..comment on dit...de sociabilité ?

Au vu de ses joues rosies et de sa phobie des hommes, il est évident qu'une telle demande lui coûte beaucoup d'efforts mais ses tremblements sont plus moindres qu'auparavant et un doux sourire, quoique timide, éclaire son visage bronzé.

Pour preuve de son bon dévouement, elle tend lentement la main comme un enfant le ferait devant un parent en qui il a confiance. Bien que son visage soit cramoisi, ses yeux de cristal ne mentent pas : elle a terriblement peur mais elle a décidé de ne plus la laisser l'emporter, du moins temporairement, pour tenter de s'ouvrir au monde comme le veut sa promesse à ses deux protecteurs. Si elle souhaite vivre normalement, elle doit forcer son existence sociale avec les personnes qui lui témoignent un minimum de bienveillance comme ces aides-soignantes ou le garçon.

Peut-être sont-ils un pas vers la liberté dont elle rêve tant ?
© Lith'
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mer 20 Juil - 13:32

L'ardeur tamisée du Soleil pointe au crépuscule sous couvert d'un doux climat offert de bon cœur à la blanche qui commandait indirectement les esprits de la Nature. Ses rappels à l'ordre te poussèrent à t'offusquer contre toi-même, relatant intérieurement ta propre réaction face à la découverte des pupilles diamantaires de la malheureuse déchue. Toute animosité vengeresse quitte ton âme, fuyant lâchement son poste auquel les mains de la honte apparaissent et pilotent un frisson de désolation à travers toute ton échine. Tu courbes la tête légèrement en avant, dans une posture d'excuse alors que ton visage en adopte aussi les coutures. Tu te rends compte de l'impétuosité avec laquelle tu t'étais adressé au personnel des lieux, étonnamment très réceptif à tes paroles venimeuses...

... Ta langue de serpent s'est retourné quatre fois contre ta mâchoire avant qu'elle ne se sculpte une allure plus humaine et compatissante; te permettant ainsi d'articuler ton imploration au pardon selon un timbre de voix où vibre les néfastes lamentations que tu attribues à ton propre intérêt. "Je... Hem... Pardonnez-moi toutes et tous pour mon emportement. Je n'ai aucune excuse pour justifier un tel caractère." Prononçais-tu alors en douceur, tes paroles se profilant dans l'horizon médiéval de l'infirmerie éclairée par les bienfaits de ce retournement clément de situation.

À cela, tu reçus à nouveau la patience et la compréhension hors-norme de cette petite troupe de figurants. Tu parvins à décrocher un, deux, exceptionnellement trois sourires attendris à la foule qui se suffisait à hocher la tête à tes excuses. Tu rabats alors d'un geste naturel ta paume droite contre le flanc de ta nuque, te réconfortant alors accessoirement d'une caresse maladroite, pendant que tu braquais un sourire atténué en réhaussant ton minois. Syria avait raison en disant que leur réaction était juste et respectable, et tu ne cesses d'y réfléchir pour chercher comment as-tu pu les juger malveillants dans leurs actes. Tu avais confondu leur surprise avec leur jugement inexistant, d'une manière ou d'une autre, et tu te fiais à ce préavis sorti de nulle part pour t'en prendre à eux au fil de tes anciens mots chargés d'une colère louable mais intolérable. Tu manques un battement serré de ton cœur, signifiant même que le palpitant s'éveille dans sa cage et finit par s'apaiser après autant de tension accumulée...

... Tu soupires alors d'amabilité, avant qu'un regard perdu au coin de tes paupières ne t'alerte de la main timidement tendue à ton encontre. La propriétaire de cet enchevêtrement de fines phalanges angéliques exprimait dans son allure sa terreur refoulée, et dans sa gestuelle et ses actions, un courage sans nom probablement né de quelques raisons personnelles. Égoïstement, tu te demandais si tu avais pu l'aider à en arriver à un tel succès... Le rictus navré que tu superposais sur tes lèvres rosées pour les infirmières se consolidait avec un extrait de noblesse d'esprit, tandis que tu te ravisais pour adresser toute ta gentillesse à la fille autant apeurée. Les nuances carmines affaiblissant la pâleur de ses joues t'inspirait un sentiment d'accablement auquel tu souhaitais pourtant bienvenue... Et tout le regret de l'instant disparut pour, cette fois-ci, octroyer le pouvoir à l'adoucissement.

Tu penchas instinctivement une tête sous le poids de l'innocence que ce portrait t'exposait avec une candeur inégalable, plissant tes sourcils et le regard s'adaptant, dans une moue séduite. C'était plaisant de constater qu'enfin, une trêve s'imposait au milieu de tout cet effroi. Et après avoir supporté autant d'entraves et de blessures, tu ne pouvais te résigner à rien d'autre qu'à accepter l'invitation qu'on t'adressait à contre-cœur. À ton tour, tu te munissais de plus de précaution qu'il n'en fallait et tu conviais ta main à enserrer celle qui t'était offerte. Tu y entretenais une poigne que tu désirais confiante; et pour ce faire, tu ne la maintenais en rien. Si les à-coups de sa phobie lui prenaient subitement, elle n'aurait alors absolument aucun mal à s'écarter. Et si, au contraire, elle désirait vaincre plus longtemps sa si grande faiblesse... Elle n'aurait qu'à accepter la poigne.

Comme un adulte guiderait une enfant sur le chemin de la sérénité, tu espérais alors bien entamer la marche en simultané avec Syria à tes côtés. Vous ne tardiez pas à quitter les locaux médicaux pour vous retrouver enfin, au rythme d'une marche tranquille durant laquelle le courroux du Soleil ne t'atteignait visiblement plus, dans les corridors abandonnés en cette fastidieuse fin de journée. "Alors... Allons-y ?" Finis-tu par promulguer paisiblement, parfaitement décontracté après avoir gagné la porte de sortie; préalablement rhabillé depuis que tu as quitté l'infirmerie.

Un semblant est capable de se rendre réel. Il faut croire que la liberté sera plus qu'un mythe, pour la blanche.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mer 20 Juil - 18:09


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Le soleil frappe violemment contre les yeux diamantaires de l'enfant sans jamais réussir à les briser. Ses puissants rayons s'y cognent avec ardeur avant de renoncer, irrémédiablement reflétés par ce regard unique au monde. Le dieu-soleil Hélios ne peut que reconnaître l'extraordinaire pouvoir de ces pupilles de cristal capables d'attraper sa chaleur et de dessiner son image sans jamais en éprouver une quelconque souffrance.

Comme pour mieux contraster ce fait hors du commun, les iris de la demoiselle supportent très mal les lumières artificielles, qu'elles proviennent des néons du plafond, des lampes de chevets ou de divers instruments optiques.  Ses réactions premières à son réveil le prouvent, d'instinct elle a couvert son visage de ses frêles bras alors que paradoxalement elle capture aisément l'effroyable astre du jour.

Tous artifices éteints, elle accueille avec mille plaisirs la lueur diurne, son corps caressant l'ardente température sans en subir les terribles désagréments que connait le commun des mortels devant une telle canicule.

- Je... Hem... Pardonnez-moi toutes et tous pour mon emportement. Je n'ai aucune excuse pour justifier un tel caractère.


Les excuses emplies de gêne résonnent timidement dans l'atmosphère immaculée de l'infirmerie. Les mots franchissent tardivement les frontières de son esprit pour glisser dans sa langue natale, la fillette n'ayant jamais eu connaissance de celle employée dans cette mystérieuse académie. Sa tête penche sur le côté, ses yeux de miroir fixés droit sur le garçon tandis que ses cils papillonnent légèrement sous l'effet de la surprise.

Ses propos suggèrent un acte agressif mais la petite fille n'a aucun souvenir d'un tel fait. Sa mémoire a beau tenter de revenir sur le devant de la scène, elle ne peut lui inventer quelque chose dont elle n'aurait jamais eu conscience.  En revanche, elle se revoit expliquer au jeune homme que les minuscules fées et l'infirmière ont été fort aimables dans leurs réactions face à son regard tant elle est habituée au mépris, à l'horreur et à la haine.

Si elle a réagi à ses mots, elle ne se rappelle pas avoir pressenti de la colère ou autre émotion négative en son âme. Elle souhaitait juste évoquer les douces réactions du personnel médical et de l’adolescent confondus et en aucun cas asséner une leçon à ce dernier. Ses remerciements sous-entendus ont sans doute été maladroits au point qu'il l'a pris pour lui alors que sa phrase était déjà construite avant son discours.

Ses doigts tourbillonnent lentement pour peindre les signes de sa compréhension naïve des évènements avec une candeur infiniment sincère.

- Nachon n'a lélé michant ? Sisi chouvient pas...Si nachon né pawle pou lames, né pas gwave...Lames ni nachon pas michan...
(Le garçon a été méchant ? Sisi ne s'en souvient pas...Si le garçon parlait pour les dames, ce n'est pas grave. Les dames et le garçon n'ont pas été méchants)

Les yeux de diamant tombent sous les doux dessins des lèvres provenant des fées et de leur patronne en direction de celui lui ayant sauvé la vie et ses pensées lui soufflent qu'elle n'avait même pas besoin de s'exprimer dans ce genre de cas. Un simple geste de sa bouche aurait suffi comme le font toutes les autres femmes. Décidément, elle n'aura jamais fini d'apprendre les étranges mœurs de ces contrées. Elle ne se souvient pas avoir vu quiconque de sa communauté agir ainsi devant des excuses comme si ce léger geste était signe de pardon. Son esprit dérive vers son peuple et elle songe que si elle doit s'attendre à un tel comportement de la part de son roi pour espérer bénéficier de son indulgence, autant dire qu'elle a le temps de mourir avant, un pari sacrément ironique dans son cas. Les représentants de sa nature ne sont pas réputés pour offrir des rictus joyeux des plus naturels, au meilleur des cas ils sont neutres et forcés dans les pires. Ceux de son monde sont tenus de ne pas exprimer leurs émotions si possible. L'expression du bonheur sur le visage et les lèvres est un phénomène tellement rare, sa mémoire ne lui offrant que ceux que quatre personnes.

Le regard de cristal tombe sur le spectacle du jeune magicien se caressant la nuque dans une étrange gestuelle tandis que son minois se rehausse d'une peinture étrange mais ses lèvres semblent former une fine vaguelette comme empreintes de gêne. Ainsi donc, même ces fins monceaux de muscles peuvent peindre des émotions selon leurs formes ?  Ce peuple n'a pas fini de la surprendre.

Enserrés par une vive douleur dû à la forte luminosité d'une lampe médicale, les yeux de la fillette cillent violemment et les iris tentent naturellement d'échapper à ce contrôle. Néanmoins, ils supportent bravement l'épreuve et laissent leur propriétaire déchiffrer le nombre de doigts que l'infirmière lui montre plus ou moins loin. Ayant compris que sa patiente ne connait pas l'alphabet français et ayant encore son dossier en tête, elle sait que le jeu des lettres plus ou moins grossies ne fonctionnera pas sur elle afin de vérifier sa vue. Par conséquent, elle s'adapte à sa légère infirmité et après quelques minutes, elle déclare que tout est en règle.  

Se levant délicatement de son lit, elle attrape ses chaussures que la chef des lieux lui redonne en hochant timidement la tête, sa paume de main ouverte vers l'avant dans un remerciement universel dans la langue des signes.  Une fois ses pieds couverts de très légères sandalettes, ses doigts dessinent une demande inattendue en formulant son désir de se rendre à l'extérieur et si possible en compagnie du garçon.

Pour preuve de sa bonne volonté, sa main se tend timidement, ses doigts ouverts dans un geste d'invitation.  La tête penchée sur le côté,  elle frôle ses lèvres rosées de ses minuscules phalanges tandis qu'une douce teinte rouge commence à dévorer ses joues bronzées. Ses tremblements persistent à exister quoique moins violents qu'auparavant. Son corps réagit instinctivement à cette forme de rébellion et lui signale méchamment la présence immortelle de sa peur, cette phobie lui empoisonnant l'existence puisqu'elle concerne la moitié des créatures vivantes dans tous les univers.  

Sa respiration dansant dangereusement dans un rythme endiablé mais ô combien silencieux, elle observe les réactions de l'adolescent. Un étrange dessin se forme sur son visage avant qu'un rictus s'étirant à droite et à gauche de ses lèvres tente de monter sur ses joues. Encore ce signe bizarre capable d'apparaître sur ces tout petits muscles ? Ses yeux carmins brillent mais pas comme le miroir des siens, ils semblent vouloir dire quelque chose mais comment pourrait-elle comprendre les us et coutumes corporels ?

Par instinct, ses muscles se tendent à l'approche de la main de son interlocuteur et il lui faut toute la force de sa volonté pour ne pas céder à l'élan de terreur lui nouant le ventre dans une souffrance insupportable.

Une douce chaleur glisse sur sa peau lorsque leurs paumes s'entrecroisent et ses iris papillonnent sous la surprise. Hormis celles des enfants, toutes les mains de sa communautés sont d'une grande froideur. Son esprit ignore si la naissance du jeune homme lui permet d'affirmer qu'il est adulte mais son épiderme est étonnement chaude.

L'enjoignant à marcher à ses côtés, il l'entraîne délicatement dans son sillage de par la prise de leurs doigts respectifs. Adaptant maladroitement ses pas, l'enfant passe tout le trajet à observer avec candeur leurs mains enlacées et à bouger légèrement la tête comme à la recherche de la chaleur dégagée par celle du garçon. N'ayant pas atteint l'âge adulte, elle-même possède encore les paumes réchauffées mais elle n'avait jamais vu un tel phénomène chez les plus âgés.

Les puissants rayons solaires l'accueillent avec d'infinis plaisirs, se cognant contre ses yeux cristallins ou effleurant sa peau mate. La canicule glisse sur elle sans jamais l'affecter et comme par un miracle divin, une légère brise vient entourer le jeune duo.

Avec dextérité, la petite fille agite sa main encore libre et ses doigts peignent avec plus de lenteur qu'à l'ordinaire sa langue des signes pour offrir sa candeur du monde.

- Sisi chait plus chi vwains noms nachon ni Sisi n'ont nélé lonné...En wai, Sisi chapelle Sywia...ni le nachon, ché loi ? (Sisi ne sait plus si les vrais noms de Sisi et du garçon ont été donné...En vrai, Sisi s'appelle Syria...et le garçon, c'est quoi ?)

Il est vrai qu'une présentation en bonne et due forme ne ferait pas de mal après tout ce temps écoulé sans jamais connaître l'identité de l'autre. La fillette a bien offert un léger indice avec la présence permanente du « Sisi » mais il semble évident qu'il s'agit d'un surnom.

Au fil que son regard de miroir observe les environs, un étrange spectacle retient son attention naïve. Le visage de l'adolescent s'est naturellement distendu en cet étrange signe qu'elle a aperçu quelques minutes auparavant sur le visage des jeunes femmes du corps médical. Ses muscles des lèvres s'étirent gracieusement tandis qu'une centaine de points d'interrogations se peint dans les iris diamantaires de l'enfant à la chevelure immaculée.  Détachant lentement sa main, ses doigts se posent sur chaque côté de sa bouche avant de les monter dans une imitation de ce dessin corporel avant de se laisser endiabler par son langage silencieux.

-Pawdon si neschion né n'idiole...mais né loi cha ? Ses phalanges exécutent le même geste que quelques secondes auparavant dans un mime des plus innocents.  Sisi n'a vu cha sur lames ni nachon mais ché pas nomment chapelle...Zumains font louche cha ? Ché bizawwe...(Pardon si la question est idiote mais c'est quoi ça ? Sisi a vu ça sur les dames et le garçon mais elle ne sait pas comment ça s'appelle. Les humains font tous ça ? C'est bizarre...)

Dans son immense ingénuité, la fillette ne perçoit même pas les graves conséquences qu'offrent ses propos. Dévorée par une curiosité toute enfantine, elle ne s'imagine pas combien ses mots sont porteurs de sens pour tout esprit aiguisé.  Pour n'avoir aucune connaissances des déformations naturelles du visage et des lèvres, il est désormais clairvoyant que ce simple fait lui est totalement inconnu bien qu'il soit commun à toute la race humaine.  Même au sein de cet effroyable bâtiment, les terriens sont majoritaires et pourtant, la petite en parle comme d'un pronom à part auquel elle n'appartient pas, se détachant inconsciemment du lot.

Personnification de l'innocence et de la naïveté, qui est-réellement l'enfant aux yeux de diamant ?
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Dernière édition par Syria le Dim 31 Juil - 14:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Dim 31 Juil - 11:51

Le drame était tel qu'il en devenait absurde. Aujourd'hui, tu es témoin des drôles de conséquences que les souffrances du monde peuvent provoquer. Chaque esprit est indépendant; ses réactions le sont tout autant. Un vaste océan d'horreur dans lequel se noient les malheureux clichés qui n'auront pas oubliés de se reprocher leur abondance, voilà ce à quoi s'apparentait l'horizon de l'esprit torturé de la gamine... Tout l'avait tant martyrisé qu'elle ne savait même plus ce qu'était sourire. Rien que ça. Elle ne le savait plus; et tu serais même prêt à parier qu'elle ne l'a tout bonnement jamais su. Tu conservais une mine tout aussi désolée que stoïque face à la question de ton interlocutrice, bien trop inusuelle pour réagir autrement après ça. Ton cœur s'enserrait irrégulièrement, de par la maladroite étreinte de la pitié et de la peine que la blanche t'insufflait. Ta peau frémissait dans l'incognito que tes vêtements octroyaient à ta stature furtivement fragilisée par la navrante impression dans laquelle tu te retranches en repensant à tout ça.

De l'extérieur, tu n'es plus alors qu'un grand homme aux nobles courbettes qui te permettent d'esquiver l'aura meurtrière du Dieu Soleil, et en même temps de te retrouver bien vite au niveau de la demoiselle qui devait bien faire une tête de moins; voire plus; que toi. Un calme platonique résultait de ton manque de répartie; bien heureusement le climat ne se prêtait plus à la corruption de la loi d'or. Ce silence était bénéfique. Attendrissant, réconfortant. Paradoxalement chaleureux, malgré le mercure surélevé par le jeu caniculaire d'Hélios. La journée s'était bellement écoulée, depuis que tu avais rencontré la gamine; si bien que le bougre démiurge bouillonnant ne t'atteignait plus avec ses artifices atmosphériques. D'ailleurs, l'Académie avait l'air de mieux s'en porter : lorsque tu ployas le genou pour affronter Syria de face, un brin de sourire amical et désiré apaisant aux commissures de tes lèvres, tu ne ressentais pas le même courroux inexorable que tu aurais pu subir plus tôt dans la journée. Les pavés s'étaient sûrement rafraîchis les idées, et ne tenaient plus à ce qu'aucun de leurs invités ne soient blessés à cause de leur inadvertance.

Aux grâces d'une courtoise gestuelle, tu viens détacher les mains de la fille de son propre visage, en détournant un regard éhonté. Ton rictus persistait; il était l'intime et unique espoir qui s'animait lorsque tu pensais que ta compagnie pouvait au moins sourire à une ou deux choses... Mais comment bien lui expliquer ce qu'était sourire, au juste ? C'est bien la première fois qu'on a recours à tes maigres connaissances pour expliquer un fait du quotidien, absolument naturel chez la plupart des êtres vivants... Tu serais presque sûr que même les mouches peuvent sourire, tiens. Tu souffles longuement, cherchant manifestement tes paroles en raclant peut-être doucement ta gorge. Le malaise qui te fait discrètement cambrer ton échine, cependant, t'est bien plus bénéfique que tu ne peines à le croire...

... Lorsque tu gigotes inaudiblement ton buste pour trouver une position plus confortable afin de mieux engager la conversation, un frottement sec et pourtant cent fois plus délicat de par les récentes mémoires qu'il t'inspire te ramène à un état de tendre jovialité tout au plus sincère... Tu penches une œillade incertaine vers l'origine de ce contact, confondant à cause de tes frais souvenirs la caresse du bijou plaqué contre ton buste avec le moelleux et adorable repos d'une joue, comme ton imagination tordait à cet instant précis la dureté malgré tout attachante de la réalité, et qui force ton cœur à tressailler d'allégresse. D'un geste vif et qui rendait la découverte invisible à Syria, tu te fends d'un sourire peut-être plus faible mais infiniment plus significatif... Et c'est là que tu compris que les rougeurs que les cieux enflammés peignaient sur tes joues n'étaient peut-être que l'œuvre de tes plus sublimes pensées.

D'un doigté expert et précautionneux, tu extirpes une broche étincelant d'incandescence sous le jeu de lumière de l'Astre Diurne, entrecoupé de nuances rouges mâtes. Le travail d'orfèvre dessinait avec cette palette peu garnie, néanmoins magnifique, une fine et large araignée que tu pouvais étaler sur tout le creux de ta main une fois détaché de l'intérieur de ta veste où tu l'avais précieusement planté. Tu rigoles intérieurement au brin de bêtise qui t'avait camouflé la présence de ton plus cher porte-bonheur jusqu'à présent, mais c'est en fixant éperdument le bijou qu'un timbre de voix adouci au possible surgissait de tes cordes vocales réajustées.

"... On appelle ça un sourire. Et on sourit pour être poli, Syria... Ou alors parce qu'on veut être beau. Parce qu'on l'est toujours plus en souriant qu'autrement. On sourit pour aller mieux, ou pour que les autres aillent mieux. Et parfois, on sourit sans raison. Parce qu'on aime sourire..." Tu t'accordes une vive trêve en rapportant ce fragment d'amour à tes lèvres, enchérissant la valeur sentimentale de l'objet par ce doux baiser après lequel tu n'avais pas honte d'enchaîner... "... Et parfois, on sourit simplement quand on pense à quelqu'un qu'on aime." Et à ce moment-là, tu juras que celui qui allait réussir à te faire oublier ton envie de sourire sera un véritable miraculé. Quand tu ravises la fille du coin de l'œil, tu te fais bien plus gentil encore, et finis par jeter un coup de caboche en avant pour désigner la porte au fond du corridor qui donnait accès aux jardins. "On va dehors donc, voir ce qui peut te faire sourire, toi... ?"

Parce que personnellement... Je n'ai besoin de rien de plus pour être heureux.
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Dim 31 Juil - 14:41


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Les doigts fragiles effleurent la commissure de ses lèvres rosées dans un mime personnification de l'innocence.  Le dessin de son visage mat exprime une candeur inégalable tandis que des milliers de points d'interrogations se peignent dans son regard aussi pur que le diamant. Aucune couleur ne peut y exister, toutes avalées par ces pupilles de cristal que même les puissants rayons du soleil ne peuvent franchir.  Seules la naïveté et l'ingénuité osent encore s'y reposer avant de parfois danser à travers sa gracieuse langue des signes.

Le mime puéril laisse entrevoir une vérité effroyable voire inacceptable pour le commun des mortels. Les mots déformés résonnent dans un sens lourd de conséquences bien que la question transpire l'innocence. La voix artificielle demande ce que signifie cet étrange étirement des muscles des lèvres que les iris transparents ont cru percevoir sur de très rares visages depuis son arrivée dans ce monde.

Sa mémoire ne peut lui dessiner des mensonges, elle ne lui offre que l'image de quatre personnes s'étant adonnées à ce genre d'attitude pourtant quasiment inexistantes dans sa communauté. Au meilleur des cas, la neutralité est de rigueur et dans le pire, le mouvement des lèvres est forcé. L'expression sincère des émotions est phénomène de rareté alors que parmi les humains, il est souvent question d'un certain langage corporel. L'enfant à la chevelure de neige n'a jamais eu accès à ce type de connaissances et serait bien incapable d'en déchiffrer les codes, du moins de manière consciente.

Un long silence s'ensuit la naïve interrogation porteuse d'une terrible vérité sans que la fillette n'en établisse les possibles retombées, son esprit curieux l'emportant sur le reste et n'ayant même pas pu attraper le double sens de ses propos.  Le jeune homme ploie légèrement son genou pour se placer à la hauteur des yeux de miroir de la demoiselle, capturant violemment son reflet sans qu'il ne puisse opposer la moindre résistance.  Son image se noie dans ce regard de merveilles diamantaires et s'il est déconcertant de se percevoir à travers, il ne laisse rien paraître et l'affronte courageusement quand tant d'êtres cherchent à s'en détourner, hurlant au mépris et à l'horreur.

Les doigts fins du garçon effleurent délicatement les fines mains de la petite fille et fortement influencés par leur instinct, ses muscles se tendent brusquement à ce simple contact. Il les écarte doucement de son visage bronzé et son ouïe peut lui indiquer la soudaine accélération de la respiration de l'enfant. Inspirant et expirant dans une danse de panique, son rythme cardiaque finit par ralentir lorsque l'adolescent la relâche.

Elle ne peut nier le fait qu'elle a effectué un immense pas en avant en acceptant d'elle-même de lui donner la main pour marcher mais elle est toujours envahie par cette peur sournoise de la gente masculine. Le moindre geste, même infime, de son interlocuteur dans sa direction alors qu'elle n'en a pas exprimé le désir fait monter sa phobie en moins d'une seconde. Si elle n'est pas l'investigatrice de la gestuelle, la panique la gagne irrémédiablement et les souvenirs se peignent par flashs violents au sein de ses pensées torturées.

Le souffle léger du garçon revient frapper à ses oreilles dans une brise quasiment inexistante tandis que sa gorge se racle dans un son étrange. La tête personnification de la candeur se penche doucement sur le côté en quête d'une compréhension à ces mystérieux phénomènes dont elle est témoin en cette chaleureuse journée.  Elle ne se souvient pas avoir noté dans ses connaissances que le corps est capable d'émettre des bruits sauf en cas de violents accidents. Au sein de sa communauté, la perfection exerce une telle pression qu'il est impossible de concevoir un tel désordre corporel.

Les pupilles cristallines attrapent un nouveau reflet en rajoutant une infime teinte rougeâtre sur les joues du jeune homme avant qu'un second objet ne vienne compléter cette délicieuse peinture naturelle. Une araignée en or brillant repose au creux de la main du garçon dans un travail minutieux d'un artiste d'immense talent. L'esprit enregistre le moindre détail, de la courbure exquise de ses pattes à son dos très légèrement arrondi et ses yeux minuscules. Le puissant miroir de la fillette observe avec adoration le bijou tandis que la voix de l'adolescent résonne en de longs mots.

- ... On appelle ça un sourire. Et on sourit pour être poli, Syria... Ou alors parce qu'on veut être beau. Parce qu'on l'est toujours plus en souriant qu'autrement. On sourit pour aller mieux, ou pour que les autres aillent mieux. Et parfois, on sourit sans raison. Parce qu'on aime sourire...

Un début de réponse est apporté à ces questionnements enfantins mais ils sont d'une complexité sans fin pour l'esprit conditionné de la demoiselle. Les humains sont décidément d'étranges créatures, ils sont capables de ce que son interlocuteur nomme sourire aussi bien pour exprimer une beauté, une émotion ou une politesse comme ils peuvent aussi le faire sans réelles raisons.

- Et parfois, on sourit simplement quand on pense à quelqu'un qu'on aime...On va dehors donc, voir ce qui peut te faire sourire, toi... ?

Les sourcils se haussent légèrement de surprise à cette dernière révélation sur cet étrange dessin des lèvres défini comme un sourire. Une simple pensée sur une personne chère à son cœur peut suffire à déclencher ce phénomène ? Son esprit lui revoit l'image de son oncle et sa tante, pourtant en couple et mariés, mais elle ne se souvient pas les avoir vu exercer une telle pression sur leurs lèvres lorsqu'ils parlaient de leurs conjoints respectifs.  

Un hoquet silencieux lui échappe lorsque le jeune homme suggère d'aller trouver à l'extérieur ce qui aurait le pouvoir d'étirer naturellement sa fine bouche rosée. Ses cils papillonnent rapidement comme incrédules à cette simple idée. Ses doigts gracieux dansent sur ce rythme naïf sans qu'aucun mensonge ne vienne assombrir le tableau.

- Zumains chon bizawwes...Nachon, Sisi chait pas nomment n'il chapelle, pawle "chouwiwes" mais n'echislent pas chez Sisi...faut nèle..pawfaits... (Les humains sont bizarres...Le garçon, Sisi ne sait toujours pas comment il s'appelle, parle de "sourires" mais cela n'existe pas chez Sisi...il faut être...parfaits...)

Portée par sa candeur, la petite fille ne prend pas conscience des terribles conséquences de ses mots ô combien significatifs malgré eux. Pour la seconde fois, elle évoque la race humaine comme étant à part, à croire qu'elle ne s'inclut pas dans le lot de manière bien involontaire.  Qui est donc l'enfant aux yeux de diamant chez qui les sourires sont une source d'inconnu alors que la perfection semble être la seule voie possible d'existence ?

Excepté les narcissiques amoureux d'eux-mêmes, aucun être ne peut s'estimer parfaits puisque cet idéal est incapable d'exister chez les terriens. Pourtant, la petite en parle comme une normalité absolue. Son esprit lui souffle que les prétendus défauts doivent être dissimulés aux yeux de tous, le moindre tord est réprimé et elle n'en connait malheureusement que trop l'expérience.

- Nalows chi nachon chouwit...ché n'il n'aime ? Nelnu'un n'il n'aime n'a n'offewt bizou n'a nachon ? Louzin n'a Sisi n'a offewt n'a Sisi bizou n'éloile, n'a le même...Nachon n'a n'auchi n'un nouzin pou laweaux ? (Alors si le garçon sourit, c'est qu'il aime ? Quelqu'un qu'il n'aime a offert le bijou au garçon ? Le cousin de Sisi a offert à Sisi le bijou de l'étoile, il a le même...Le garçon a aussi un cousin pour les cadeaux ?)

La profonde innocence de la demoiselle ne peut toujours effacer l'effroyable vérité se dégageant de ses propos sans qu'elle n'en comprenne les retombées. Elle semble comprendre que comme elle, seul un cousin peut représenter ce "quelqu'un que l'on aime" dont parle le jeune homme au point que ce dernier offre divers présents. Est-il possible qu'elle assimile le verbe aimer à seulement de très rares personnes capable de faire don de cadeaux ? Comment peut-elle posséder une définition aussi étrange de ce mot ?  Ceux lui ayant donné la vie seraient-ils absents au point qu'elle ait une connaissance aussi dysfonctionnelle de la réalité pour qu'à ses yeux, "aimer" ne peut s'allier avec le neveu d'un de ses parents ?

Si son cousin lui a donné le pendentif étoilé, elle sait qu'ils sont très attachés l'un à l'autre alors elle suppose que ce même cas de figure existe chez l'adolescent puisqu'il a aussi reçu un bijou. Ses yeux de miroir observent attentivement l'araignée dorée, admirant sa belle structure.

- Chez Sisi...les anchiens lizent...n'avait n'un génie n'en bizou...ché wéations z'élé pawfaits, manifile, lou monde n'en voulait...mais navé guewwe, n'en n'a plus z'eu...
(Chez Sisi, les anciens disent qu'il y avait un génie en bijoux...Ses créations étaient parfaites, magnifiques et tout le monde en voulait...Mais avec la guerre, il y en a plus eu...)

Perdue dans ses pensées, les doigts de la fillette semblent prendre leur indépendance pour révéler d'étranges faits. Aurait-elle connu les horreurs d'un conflit ou parle t-elle d'un temps lointain écoulé bien avant sa venue au monde ? Elle ne semble pas avoir pris conscience de ses propres dires, plongée dans la contemplation de l'araignée factice tandis que ses doigts reviennent prendre leur place sur son propre pendentif étoilé, jouant délicatement avec pour laisser son regard s'éblouir de l'or de la broche.

Qui est donc l'enfant aux pupilles de diamant où aucune couleur ne peut survivre ?
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mar 16 Aoû - 14:22

Les dorures de la précieuse broche se distinguaient de par ses infinis scintillements; jeu d'éclats symboliques auquel le Soleil apportait sa contribution avec une joie sinueuse, uniquement sensible au charme enfantin de la jeune blanche qui sait trouver son comble là où les autres n'y voient que le calvaire d'une chaleur bouffante et cruelle. Le carmin de l'arachnide d'orfèvre gonfle la fière étoffe de cette dernière, taillant sur la joaillerie un de ces reliefs uniques entre tissu et métal qui font de ces produits d'authentiques trésors de poche. L'estomac de la rare bestiole se voit alors bombé de rouge et fendu symétriquement d'un axe rutilant des sublimes rayonnements de l'Astre Diurne, avant de se disperser en filets dorés sur toute la couverture écarlate. Son armature aux allures angéliques remonte et protège le bijou sur une partie de son thorax, et joue de formes et de coupures affinées et on ne peut plus subtiles pour dévoiler le pudique rouge bordeaux en soie qui se partage avec l'or ce minuscule chef d'œuvre. Mais l'art de la métallurgie l'emporte dans cette radieuse bataille de finesse, puisque les pattes de l'araignée factice s'achèvent en de pointilleuses accroches du précieux matériau, courbées avec délicatesse pour que les appendices de l'entité servent à l'implanter; telle est l'utilité d'une broche, après tout.

D'une façon ou d'une autre, tu dégaînas ce frai souvenir de ton veston pour le tendre avec précaution; et les réactions qui sont encourues à sa vue servaient à appuyer tes précédentes explications. En effet, ainsi fut scellé ce sourire enjôleur rappelant toute la tendresse et l'envie de promiscuité que t'inspirait la véritable propriétaire de ce bijou. Les battements de ton cœur s'adoucissaient avec une spontanéité qui aurait presque l'air mortel, mais tes pensées s'embuent trop dans cet océan d'affection pour qu'elles ne songent à t'alarmer d'un changement trop brutal avec une vrillante piqûre de douleur. En fin de compte, c'est ton interlocutrice qui rattrape ton attention et t'extirpe de ce rêve prématuré où tu t'imaginais déjà rejoindre l'unique compagnie de ta disciple...

... Encore et toujours, sans que son bon train de candeur et de naïveté ne quitte le rail de ses paroles, la fillette exulte une incompréhension totale face aux dires frappants dont elle se trouve être l'auteur en personne. Tu ne tenais pas tant que ça à la briser davantage en laissant tes expressions gagner une manche supplémentaire, alors tu conservais ton masque d'amabilité quotidien contre lequel aucune menace n'a su triompher; et tu ravises la demoiselle avec une sympathie vouée à la pérennité tandis que tu te relèves et que tu l'invites à vaincre le peu de distance qui vous éloignait de votre destination finale en entamant toi-même la marche; la main leste et conviant à la prise que Syria cherchait invraisemblablement plus tôt si jamais son cœur cherchait à se barder du courage dont elle fit preuve jusqu'à maintenant. Quelques pas en avant, le minois noblement tourné de sorte à garder un œil sage vers la mystérieuse personne, et tu envahis le silence éphémère par cent bataillons de sérénité débarquant depuis tes cordes vocales.

"Tu sais, j'ai un peu peur de te troubler en disant ça... Mais à partir du moment où quelqu'un désire la perfection, c'est qu'il est trop ambitieux. Et quelqu'un de trop ambitieux, en général... C'est une mauvaise personne. Sois comme tu es, c'est tout ce qui compte. Les gens de chez toi font ce qu'ils veulent; ici, ce n'est pas comme chez toi. Donc ne te sens pas obligée de continuer à vivre comme les gens de chez toi te le disaient."

Il n'y avait rien de plus assuré que tes paroles. Plus solide que ces implacables murailles qui vous cloîtrent, ta voix au ton plus souverain que les tons médiévaux de l'Académie peuvent imiter; tu t'exprimes en véritable seigneur de tes réflexions en déversant ta philosophie de comptoir finalement peu plus rafistolée qu'une autre à la fille qui avait déjà bien trop de mal à comprendre un simple sourire. Tu n'en tenais cependant pas compte, peut-être confiant dans tes propos et sûr qu'il fallait tenter de prendre quelques rênes au préalable si tu voulais au moins tenter de changer certaines de ces ténébreuses mémoires qui animent tant de faux principes chez la martyrisée. De ce fait, tu n'avais nullement honte d'accuser les gens de sa patrie, ni de la convier à oublier le mode de vie qu'elle a pourtant probablement dû assimiler depuis tout ce temps... Tant pis. Tu essaies, et c'est déjà ça.

Quand enfin vous bravez la porte ancestrale du corridor, et que de votre petit rythme vous foulez la terre assoiffée qui enrobe la colline dans un drap de verdure implorant le pardon des cieux, vous atteignez finalement l'arbre centenaire, voire millénaire, qui trône ici à l'instar d'un roi de la Nature. Et malgré ça, tu es à peu près sûr que s'il le pouvait, il ferait une ou deux courbettes devant la gamine lorsque celle-ci te rejoint enfin dans la brise du crépuscule; seule fraîcheur en ce soir étouffé. Tes instincts humains se raccrochent alors soudainement à toi, et tu te surprends à fondre sur l'ombre du majestueux tronc pour t'y étaler de long en large, avant qu'un fébrile sourire de satisfaction se lit sur ton visage épuisé. Ton regard se clot tout naturellement, et tu voles autant d'air que possible pendant tes premières inspirations, avant que tu ne finisses par retrouver ta neutralité habituelle. Et une fois que la bonté de cette obscurité te recouvre, tu joins peinardement les phalanges sous ta caboche avant de relever discrètement une œillade amicale en direction de ton interlocutrice.

"Je pense que tu as beaucoup de choses à apprendre, ici. Et si tu veux, je pourrais peut-être t'aider à comprendre certaines de ces choses. C'est comme tu le sens." Lui proposes-tu nonchalamment, avant de la gratifier d'un paisible rictus garant de ta volonté.

Qu'importe son triste passé inconnu, c'est le présent qui compte. Tant qu'aujourd'hui, elle se prépare à aller mieux demain, tu te fiches pas mal de ce qui a pu la détruire autant...
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Sam 20 Aoû - 16:10


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Les yeux de diamant scintillent tandis que l'araignée factice s'y reflète avec magnificence. L'armature de ses pattes, de son torse bombé et de ses légères mandibules s'y peignent dans un dessin parfait. Le regard de diamant l'attrape sans aucune pitié et un double fantomatique y nait dans un mime absolu. Aucune couleur naturelle ne peut y substituer tant la transparence y regorge, seules les lueurs artificielles des teintes du paysage ont l'infirme espoir de s'y déverser.

Les puissants rayons de l'astre diurne cognent violemment contre ce miroir impénétrable sans jamais réussir à ne serait ce que l'effleurer. Même eux sont incapables de l'égratigner,  repoussés par la force monstrueuse du translucide. Seules les larmes se rendent coupable de délit de fuite de ces pupilles uniques au monde.

Le frère de Séléné, déesse de la lune, le divin Hélios, n'a de cesse de frapper les esprits et les corps décharnés par sa toute puissance. Monseigneur Soleil ne reconnait l'étoffe que d'une rivale capable d'emprisonner sa force extraordinaire à l'intérieur de ces iris. Même Zeus, roi de l'Olympe et du ciel, admet la singularité de l'enfant aux yeux aussi purs que le cristal.

Si au cours des siècles, il a eu la fâcheuse habitude de disséminer des petits un peu partout à la grande fureur d'Héra, sa sœur et son épouse,  il avoue avec un certain grognement son absence de paternité sur la fillette alors qu'en son esprit divin, la vérité l'éclaire suffisamment pour oser le faire reculer dans la prudence. Tant pis si ses compagnons olympiens ne le croient pas et que sa femme exulte de rage, ce secret ne doit jamais être divulgué.

L'innocence et la candeur baignent en l'âme aussi blanche que ses cheveux de neige. L'admiration se noie dans son regard tandis que le diamant vient frapper le bijou en or. Les souvenirs s'extraient de sa mémoire juvénile alors que les dessins s'y forment dans une mare désagréable. Les propos moralisateurs et arrogants résonnent pointés d'une vive jalousie sans oublier la reconnaissance forcée d'un talent que leurs esprits scarifiés estimaient leur appartenir.

Les doigts se meuvent avec une grâce inimitable tandis que les mots se cheminent petit à petit dans ce langage écorché propre à la petite fille aux mèches immaculées.  Les propos naïfs roulent leur bosse dans leur grammaire imparfaite et leurs sonorités déchirées.

N'ayant toujours aucune connaissance du prénom de son interlocuteur, elle réitère sa demande sans prendre conscience de la suite où ses doigts révèlent l'éducation de la perfection au sein de sa communauté d'origine. Le moindre défaut y est traqué comme du gibier et sévèrement blâmé. Le visage doit s'ancrer dans une neutralité exemplaire et la dignité est le premier mot d'ordre. Pourtant, la fillette sait combien leurs âmes sont sombres au fond mais jamais ils n'agréeront de l'admettre, leur orgueil démesurément trop culminant pour souffrir d'une telle ignominie.

Ses petits pas peinent à suivre le rythme élevé de ceux du jeune homme dont les jambes n'ont rien à envier aux frêles morceaux de chair composant les siennes. Sa main légère tient toujours celle du garçon tandis que les doigts de la seconde s'agitent plus frénétiquement qu'à l'ordinaire, devant assumer à eux cinq le travail habituel du double.

Sa naïveté est plus étincelante tandis le trouble de son esprit s'immisce à travers ses propos. Propriétaire d'un pendentif représentant une étoile en or offert par son cousin qui détient le second exemplaire, ses pensées semblent suggérer que seul un tel proche puisse faire don de présents. Comment s'est déroulé le fil si fragile de son enfance, si considéré qu'elle en ait bien eu une, pour croire que seul ce membre de la famille est habilité à faire legs de divers cadeaux ? Pire encore, sa définition du verbe "aimer" est des plus controversée puisque seul les liens germains semblent avoir droit à leur piédestal sur l'autel de ce que les humains nomment "amour" .

Chagrinée de ne pas pouvoir déployer de longues allongées pour suivre le rythme des pas de l'adolescent, elle se doit d'exceller dans des avancées plus rapides pour espérer le rattraper dans sa course inconsciente.  Sa voix doucereuse claque dans la légère proximité entre les deux âmes pour que ses oreilles les sons étranges de cette langue aussi tortueuse qu'inconnue.

-Tu sais, j'ai un peu peur de te troubler en disant ça... Mais à partir du moment où quelqu'un désire la perfection, c'est qu'il est trop ambitieux. Et quelqu'un de trop ambitieux, en général... C'est une mauvaise personne. Sois comme tu es, c'est tout ce qui compte. Les gens de chez toi font ce qu'ils veulent; ici, ce n'est pas comme chez toi. Donc ne te sens pas obligée de continuer à vivre comme les gens de chez toi te le disaient.

La tête penchée sur le côté tandis que son esprit capture ces mystérieux propos, la fillette manque de trébucher l'espace d'une seconde de par l'absence de concentration sur le chemin. Ses yeux cristallins papillonnent sous l'effet de l'ahurissement provoqué par ce discours.

Au sein de sa communauté, la perfection n'est pas une ambition mais une loi supérieure aux autres. Elle est la première norme en dépit du possible stress engendré par cet afflux de pression sans que les plus hauts élus ne veuillent ouvrir les yeux sur ces soucis.

Mais que peut-elle faire d'autre dans ce monde où l'inconnu surgit de tous les coins ? Sa mémoire conserve encore les méandres de son éducation où l'imperfection est bannie sans remords. En quoi est-ce mauvais ?  Sa main encore libre laisse ses cinq doigts danser avec fébrilité, chacun remplissant le travail de deux d'ordinaire.

- Sisi nompwend pas...Pas ambichion chez Sisi...chi nowmal...Sisi a mal fait...nalows né punie...Sisi chait pas vivwe auwement...  (Sisi ne comprend pas...Ce n'est pas de l'ambition chez Sisi...C'est normal...Sisi a mal fait alors elle a été punie...Sisi ne sait pas vivre autrement)

Les pas au rythme si différencié franchissent enfin le seuil du corridor pour que les corps s'abreuvent de cette chaleur inhumaine.  Les rayons ardents s'effritent sur la peau dans une canicule invivable pour le commun des mortels alors que l'enfant semble y trouver son aise. Paradoxalement, son corps si frêle, ses cheveux immaculés et ses yeux transparents devraient montrer une sensibilité certaine à la présence d'Hélios mais au contraire, elle y vit comme un poisson dans l'eau.  

L'ombre de l'arbre millénaire s'étire sur le paysage avec flegme tandis que ses branches feuillues tentent vainement de couvrir l'espace du ciel. À l'instant même où la fillette pose ses yeux de diamant sur lui, le jeune homme à ses côtés peut percevoir son tronc bouger légèrement et ses bras décharnés s'incliner comme pris dans une brise inexistante.  Quel pouvoir exerce donc l'enfant pour qu'un arbre aussi majestueux et âgé puisse réagir ainsi bien que ses faits soient des plus discrets ?

La fine silhouette du garçon se glisse dans le secret espoir d'attraper une pincée de fraicheur au sein de cette gigantesque ombre , s'y étalant de tout son long corps. Relâchant la main de la petite fille, il tombe sur la colline verdoyante des racines entrelacées sous terre avant de clore ses paupières dans une tentative désespérée d'un bref repos.  Inspirant le souffle de l''atmosphère, il attrape une respiration plus calme avant que ses phalanges ne se joignent à l'arrière de son crâne dans une posture de relaxation.

Fourmillant de réflexions sommes toutes enfantines, ses pensées lui suggèrent que décidément les êtres humains sont des créatures bien étranges.  Poser ses mains derrière la tête serait-il le cérémonial d'une liturgie inconnue ?

- Je pense que tu as beaucoup de choses à apprendre, ici. Et si tu veux, je pourrais peut-être t'aider à comprendre certaines de ces choses. C'est comme tu le sens.

L'arrêtant dans ses pensées naïves, la voix du jeune homme inconnu la sort de sa torpeur immuable et ses pupilles de cristal papillonnent quelques secondes comme pour se réintégrer au monde réel. Son regard transparent se pose sur l'étirement musculaire de ses lèvres, cette chose qu'il nomme "sourire" qu'il semble lui adresser. Penchant la tête sur le côté, son esprit analyse le sens de ses mots en silence bien entendu.

Attrapant l'une de ses mèches enneigées, elle la suçote délicatement dans un gestuel de stress et de rouages cervicaux des plus intenses.  L'un de ses pouces est délicatement mordillé dans le même temps pour procréer une pure habitude enfantine. Sa main libre finit par agiter ses cinq doigts dans un rythme soutenu pour assumer le boulot de dix phalanges habituellement sans que ses lèvres ne cessent de jouer avec ses cheveux ou son pouce.

- Sisi peut n'appwenle noi ? Sisi n'aime bien chavoiw chozes ...Nachon né n'un...minche...nomment n'on lit...n'un...n'un, ah cha yé ! Nun pwof ? Si nachon né cha...Sisi né fewa noi ? Sisi veut faiwe nel choze...nen welou...mais...Sisi veut chavoi nom nachon..  (Qu'est que Sisi peut apprendre ? Sisi aime biens avoir des choses...Le garçon est un...mince...comment on dit...un...Un...ah ça y est ! Un prof ? Si le garçon fait ça, qu'est que fera Sisi ? Sisi veut faire quelque chose en retour...Mais Sisi veut savoir le nom du garçon...)

Soucieuse d'essayer de comprendre les étranges mœurs de ce monde sur lequel elle ne possède quasiment aucune connaissance, elle joint ses mains derrière sa tête dans une naïve imitation de la cérémonie calme du garçon.

Néanmoins ce que son esprit candide n'a pas perçu est la présence d'une quelconque objet capable de supporter le poids du dos. Bien qu'infiniment légère, la fillette perd rapidement son équilibre et l'arrière de son crâne cogne violemment les soubresauts d'une racine se développant hors du sol.

Une vive souffrance l'enserre tel un étau et quelques gouttelettes de sang traverse sa chevelure de neige.  Se redressant légèrement de manière instinctive, ses mains frottent son cuir chevelu où une jolie bosse se forme derrière quelques mèches. Les larmes aussi transparentes que son regard mouillent délicatement ses yeux cristallins dans un réflexe de douleur intense.  

Se balançant d'avant en arrière dans un cérémonial de détente pour espérer calmer le mal, elle perçoit à peine à travers ses sanglots silencieux la venue de dizaines d'animaux se regroupant instinctivement autour d'elle. Allongée sur le sol, elle dénoue lentement ses mains lorsque plusieurs lapereaux viennent se terrer contre son crâne dans l'espoir que leurs fourrures recueillent la légère effluve d'hémoglobine.

Après quelques minutes, les saignements et la souffrance cessent enfin de la tourmenter. Inspirant et expirant avec rapidité, elle reprend un rythme plus adouci tandis que son cœur se calme pour ne plus essayer de lui arracher la poitrine. Essuyant ses larmes d'un revers de la main, elle finit par s'assoir  sur l'herbe avant de recueillir délicatement entre ses bras ses bébés lapins soigneurs d'un jour en observant leurs poils maculés de son propre sang.  Cinq de ses doigts s'activent dans une danse effroyable pour compenser la perte temporaire de leurs compagnes phalanges.

- Bébés chales...Sisi va nelloyer n'eux...Nachon né vient navé Sisi ? Si nachon né veut pwof n'à Sisi...Sisi loit nalonler cherlaines chozes... ni lui n'auchi...Mama Masha, mawwaine Sisi, n'appelle cha nonfianche...  ( Les bébés sont sales...Sisi va les nettoyer...Le garçon vient avec Sisi ? Si le garçon veut être le professeur de Sisi alors Sisi doit raconter certaines choses...Mama Masha, la marraine de Sisi, appelle ça de la confiance...)

Un doux sourire timide se peint sur les lèvres rosées de l'enfant incarnation de l'innocence. Tenant avec mille précautions les lapereaux, il est évident qu'elle voue aux animaux un amour incommensurable par la force d'un lien cyclopéen impossible à égaler. Ses protégés le lui rendent bien, aucune peur ne se lit dans les yeux des petits lapins mais une foi abyssale envers la petite fille. La laissant se diriger vers un léger cours d'eau dans un coin de la forêt sans se débattre, ils lui sont entièrement voués.

Avec une douceur extrême, elle s'agenouille sur l'herbe avant de poser les lapereaux à côté d'elle. Tournant ses iris en direction du jeune homme, elle retourne à ses animaux avant de revenir sur son interlocuteur puis sur ses compagnons.

Elle en attrape un avec une infinie tendresse avant de le tendre vers l'adolescent. Ce simple geste accompagné de ses yeux de miroir où brille un éclat timide est porteur d'une confiance démesurée surtout pour une fillette aussi attachée aux animaux et dont les sentiments à leur égard sont réciproques à l'extrême. Le petit lapin lui-même ne semble nullement apeuré,  porté par le vif amour de la demoiselle à la chevelure immaculée.  Durant quelques secondes, elle relâche légèrement la pression pour que l'un de ses doigts zigzague dans l'atmosphère à une vitesse ahurissante pour tracer les signes de sa langue mystérieuse à lui seul sans l'aide de ses neufs compagnons habituels.

-  Nachon n'aile Sisi à laver bébé ? Sisi ne monle n'au nachon nomment faiwe chil veut...  (Le garçon aide Sisi à laver le bébé ? Sisi peut montrer au garçon comment faire s'il veut...)

D'une candeur infinie, son cœur est aussi précieux que le diamant de son regard. Son passé n'a de cesse de la hanter mais peut-être s'ouvre t-elle enfin vers le véritable sourire dont le jeune homme lui a parlé. Les siens restent encore un peu gauches, maladroits et neutres si possible, incarnation de l'innocence, sa propre naissance est une énigme qu'il faut résoudre pour espérer l'amener vers ce sentiment étrange que les humains nomment la joie.

Quels autres mystères entourent encore l'enfant aux yeux de cristal ?
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mar 13 Sep - 15:23

L'harmonieuse caresse d'un vent, lui aussi forcé de se précipiter à l'abri de la canicule estivale, frôle nonchalamment votre chair soupirant la sueur dans laquelle se noie votre épuisement, et de laquelle surgit l'insouciance, la passivité synonyme aujourd'hui de quiétude forcée sous les offenses d'un Soleil rancunier. Après qu'autant de péripéties vous aient arrachées tranquillité, bonne forme et même un peu de votre chair et de votre sang, il fallait croire que le Destin se faisait davantage clément envers la suite pittoresque de cette étrange rencontre. Cette même rencontre que tu avais de franches lacunes à qualifier, tantôt elle montrait quel mérite elle avait à suspendre l'intrigue à tes lèvres, tantôt elle te plantait une fresque entière de fausse modestie que l'auteur en personne, la Vie, aura décidé de nommer "Innocence tordue d'un enfant perdu" pour l'occasion.

Il n'aurait plus fallu qu'une rivière cristalline ruisselant entre quelques taillis, coupés net quand la rosée perlait encore sur la belle nature au matin même, et de plus rien il n'y aurait eu besoin pour que la sérénité se propageant en et à travers la colline ne se transforme en un filtre de toute splendeur qui ferait passer n'importe quel autre paysage idyllique pour quelque bagatelle perdue aux confins d'une campagne. Tu soupires enfin de bien-être, après avoir écoulé cette journée en actions plus ou moins rondement menées, tandis qu'un brin de fierté te monte au cœur. Au sein de tes pensées s'affrontent le dernier front d'une noblesse éméchée et le reste de ta tête se fourvoyant entre quelques petites félicitations et encouragements, des incitations à l'indolence; tout un amas d'idées personnelles que tu n'as pas honte de garder, puisqu'il serait terriblement hypocrite de la part de n'importe qui de garantir son esprit dénué du besoin d'égoïsme dont chacun est fait. C'est la nature humaine, après tout; heureusement que cette part n'exprime pas une majorité et qu'elle est souvent réprimée au bon plaisir des qualités qui forgent un Homme...

... Mais heh, c'est que tu t'égares encore, dis. La seule berceuse qui tend à appréhender ton écoute n'est autre que le dialogue d'une muette; l'ironie même de ce couple de termes devrait te rappeler que ton attention ne doit pas encore se permettre la moindre fracture. L'esprit malgré tout léger, tu expires encore une fois un tendre soufflet exsudant ce sentiment d'ataraxie que t'apporte le confort de votre refuge ombragé. Un sourire de bonace s'imbrique alors aux commissures de tes lèvres, et enfin ta parole s'élève jusqu'à peine en dessous du chapeau verdoyant de ce vieux chêne pour que tu répondes enfin aux premières curiosités de la blanche. "Professeur, c'est vite dit... Ça voudrait dire que je serais comme un professeur de la vie, grossièrement. Déjà que je m'imagine très peu enseigner, alors sur tout ce qui façonne une société... Je pourrais bien te donner quelques conseils si tu veux bien te donner la peine de les appliquer, mais je ne sais pas si je pourrais faire plus. Oh, et..."

Puisqu'enfin tu allais le lui dire, tu te redresses sur tes mains pour que tes yeux puissent mieux rencontrer ces prunelles qu'elle a si durement tenté de censurer. La mine assurée, même un peu plus enjouée par l'originalité de la chose, tu rajoutes enfin avec un timbre de voix sensiblement plus confiant "... Je m'appelle Hyosuke. Hyosuke Kazutaka. C'est plutôt tard pour dire ça, mais... Enchanté !"

Ta main se pressait silencieusement en amont, prête à convier celle de la jeunette à une fine poigne amicale, mais c'est la crédulité frappante -au sens originel du terme, pour le coup- que tu rencontres tout d'abord : tu n'as que le temps de cligner des yeux et d'opter pour un visage crispé et hésitant entre l'inquiétude ou la confusion, avant de seulement pouvoir observer Syria, emportée dans l'élan de son unique maladresse jusqu'à l'embrassade d'une racine bien trop voluptueuse pour que la fragilité de la fillette lui permette d'en ressortir indemne. "H-Hey ! Syria !" Prononces-tu plus ouvertement, alors que tu te rues au chevet de la blessée pour la énième fois, cherchant à osculter les moindres contours de sa caboche agressée. Quand tes yeux rencontrent alors les teintures blanchies d'un rouge propre à la physiologie, tu ne peux même pas réfléchir à une manière d'éponger la plaie qu'une armada de lapins; des familles entières; viennent se déposer d'eux-même sur la bosse saignante de la gamine encore torturée. Heureusement grâce à leur soutien, il n'avait fallu qu'une demi-dizaine de minutes pour que la souffrance s'éclipse et qu'un calme, sûrement éphémère; tu commences à en avoir sérieusement l'habitude; ne vous accepte à nouveau dans ses bras.

"... Ça va mieux... ?" Demandes-tu bêtement, comme si tu nécessitais réellement de cette confirmation. Il est vrai que tu n'es pas non plus quotidiennement ouvert aux méthodes de thérapie par les lapins... Et le premier qui en a coutume... Heh, tu ne saurais sincèrement pas quoi penser de lui. Enfin bon... Tes poumons, naturellement usés à tes innombrables soupirs, se pressent encore lorsque vient celui du soulagement. Quand tu comprends que le coup n'est que superficiel, et que la petite a bien vite fait de penser à autre chose, ton esprit se repose un peu avant que tu ne te reprennes plus sérieusement. Décidément, tu n'auras pas le droit de mettre ta prudence de côté lorsque tu croiseras cette petite... Mais les pensées ne sont pas à l'exaspération. Ainsi, tu acceptes l'invitation de celle-ci et vous prolongez votre sentier jusqu'à atteindre la fameuse rive fantaisiste que tu imaginais tout à l'heure... Il y en avait donc bel et bien une !

"Oui, allons-y... Et euh... Ne te sens pas forcée de tout m'expliquer non plus, d'accord ? Je ne veux pas te blesser en te remémorant de mauvais souvenirs." Lui assures-tu en confirmant par la gestuelle sa propre demande, puisque tu agrippes soigneusement le lapereau qu'elle te confie pour le plonger dans le fleuve miniature petit à petit, non sans frotiller le buste souillé de l'animal pour y évaporer les salissures. Au même instant, Sisi pouvait être sûre que tu étais toute ouïe. Ton regard s'était affûté, l'étincelle embrasée qui flambe tes pupilles écarlates avait empirée en un brasier de curiosité insatiable, et tu ne pouvais plus qu'attendre qu'elle soit repue.

Peut-être allais-tu enfin comprendre ce qui martyrise continuellement cette personne.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Mar 13 Sep - 18:45


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Les puissants rayons du soleil tentent vainement de franchir la frontière du diamant avec mille ardeurs sans d'autres résultats que d'être frappés par l'infinie transparence de ses yeux. Un éclat vif rebondit sur les cheveux immaculés aussi purs que la neige. Les doigts frêles coudoient avec mille joliesse les doux pelages des lapins venus s'approcher sans peur de l'enfant incarnation de l'innocence.

Ses sens s'ouvrent davantage lorsque son ouïe attrape hardiment les propos mi-hésitants mi-assurant du jeune homme au regard de sang. Elle pose son regard cristallin sur lui pour que son image s'y réfléchisse dans la même perfection  qu'un miroir et penche la tête sur le côté pour mieux conquérir le sens de ces étranges mots.

Avec une certaine tergiversation, il déploie son idée de lui enseigner les divers courants de la vie humaine puisqu'elle-même semble être dépourvue de connaissances.  Si une telle pensée peut sembler offensante, la fillette ne peut nier son ignorance de ce monde si différent de ses origines. Mordillant nerveusement l'une de ses mèches enneigées et son pouce à la manière d'un enfant en proie au stress, elle plonge en réflexion durant quelques secondes avant de répondre par une forme de positivisme.

Elle avoue sa soif de connaissances sans détours et lui demande avec candeur si l'adolescent serait une sorte de "professeur" comme elle l'entend si souvent dans cette langue si étrange que ses oreilles sont incapables de déchiffrer seules.

-Professeur, c'est vite dit... Ça voudrait dire que je serais comme un professeur de la vie, grossièrement. Déjà que je m'imagine très peu enseigner, alors sur tout ce qui façonne une société... Je pourrais bien te donner quelques conseils si tu veux bien te donner la peine de les appliquer, mais je ne sais pas si je pourrais faire plus. Oh, et...

Une lueur d'incrédulité traverse les yeux de miroir de la petite fille et un sourire triste se peint sur ses lèvres aussi délicates que la rosée du matin. Ainsi, le garçon ne peut être son "professeur" ?  Quels sont ces "conseils" qu'il évoque ? Décidément, les êtres humains sont de plus en plus compliqués pour son esprit perdu dans ce monde.

Elle lève les doigts pour intervenir mais est interrompue par la vive reprise du jeune homme sur son discours comme si une évidence venait de lui sauter à la tête pour n'en sortir qu'avec un long temps de retard.

-... Je m'appelle Hyosuke. Hyosuke Kazutaka. C'est plutôt tard pour dire ça, mais... Enchanté !

Si la fillette avait eu accès à des mangas, nul doute qu'elle aurait eu la même expression que ces héros dont le crâne est orné d'une grosse bulle signalant leur désarroi ou leur gêne mais ne connaissant certainement pas ce terme étrange, elle se contente de laisser ses cils papillonner avec force comme sortis d'un long sommeil. Une vive surprise lui enserre le cœur lorsque l'adolescent tend sa main en direction de la sienne. Elle penche la tête sur le côté, mille points d'interrogation dans le regard, ne comprenant absolument pas le sens de ce geste.

Comme porteur d'un message, un doux renard roux se détache de la bande animale et s'approche du dénommé Hyosuké sans aucune peur ou animosité malveillante. Avec une magnifique prestance, il s'assoit devant lui pour lui tendre la patte. Dépourvu de pouces ou autres, il serre maladroitement la main du jeune homme en inclinant la tête tout en émettant un léger glapissement comme pour se présenter. La scène candide n'échappe pas aux yeux affutés de diamant de la fillette qui relève lentement la tête.

Ses cils papillonnent de nouveau tandis qu'un loup et un cerf imitent leur congénère des bois comme pour mieux inciter l'enfant. Ils sont si prévenants et tendres qu'aucun sentiment de peur ou de crainte ne peut habiter les alentours. Jamais ils n'offriront le moindre mal à l'être ayant réveillée leur jeune déesse à la communication pour la première fois depuis son arrivée dans cette mystérieuse école. Un éclair de compréhension traverse son esprit ingénu et elle se lève maladroitement.

S'avançant vers le garçon, elle enserre sa petite main dans celle tendue pour bouger avec délicatesse en inclinant la tête en signe de révérence. Ses cinq doigts encore libres s'agitent gracieusement pour offrir le spectacle de ses mots silencieux.

-  Nen....Nenchanlée Monchieu Hyochulé...Moi,né Sywia... (Enchantée Monsieur Hyosuké...Moi, c'est Syria)

Avec le plus grand des sérieux qu'elle croit sans doute convenir à la situation, elle s'incline une dernière fois avant de se rassoir, les joues cramoisies par sa propre audace. Personnification de la candeur et de l'innocence, elle imité conscience ment ce qu'elle peut voir lorsqu'elle se sent sur un terrain stable lui donnant ainsi malgré elle une allure infiniment mignonne. Avec ses cheveux de neige et ses yeux en miroir, elle offre un spectacle de charme enfantin pouvant faire craqueler le cœur du pire des bourreaux. Bien sûr, elle aimerait apprendre les diverses connaissances humaines mais jamais elle n'aurait pensé être capable d'un tel geste alors que le contact avec un homme lui est pourtant insupportable en temps normal.

Peut-être est ce "sourire" dont le nommé Hyosuke lui a parlé lui inspire confiance au final? Aucune once de cruauté ne s'échappe de son âme contrairement à ses trop nombreux tortionnaires, c'en est presque déconcertant pour elle qui ne connait que trop bien les affres de la violence.

Un doigt au bord des lèvres, elle est plongée dans les rouages de ses pensées tournant avec véhémence afin que les dix ne s'agitent avec volupté pour tracer le dessin de son esprit encore tourmenté par un pensée innommable.

- Wobin, nouzin n'a Sisi né n'en clache "pwimo n'awwivants" pour nélanzés napwenne le....le fwanchais ? Né alaplé pour lui... Wobin pawle pas nomme Sisi mais lit maiweche né zenlille, chait pour mazie et ni nompwend n'un peu fwanchais...Pas Sisi....Sisi veut n'appwenle chozes vie mais fwanchais n'auchi....Hyochulé né peut faiwe cha navé Sisi ? Maiweche n'a Wobin n'a sait pou Sisi...n'elle pouwwa n'ailer Hyochulé....Sisi fewa ...né...néchéchiches ? Sisi n'echayewa n'obi n'a Hyochulé.... (Robin, le cousin de Sisi est en classe de "primo-arrivants" pour que les étrangers apprennent le français. C'est adapté pour lui. Robin ne parle pas comme Sisi mais il dit que sa maitresse est gentille...elle sait pour la magie...et il comprend un tout petit peu le français...Pas Sisi...Sisi veut apprendre des choses de la vie mais aussi le français...Hyosuké peut faire ça avec Sisi ? La maitresse à Robin sait pour Sisi...elle pourra aider Hyosuké...Sisi fera des...exercices ? Sisi essayera de bien obéir à Hyosuké...)

Une proposition inespérée s'échappe des doigts timides de la demoiselle tandis que son visage vire de plus belle au rouge devant son audacieuse demande. Depuis son arrivée ici, elle n'a jamais voulu accepter d'intégrer des connaissances en cette étrange langue pour ne pas déranger sa protectrice, professeur fort occupée bien que celle ci lui ait certifié que ce genre de leçons ne chamboule absolument pas son emploi du temps mais l'enfant n'a pu entendre ses arguments, préférant se fier à son cousin bien aimé mais étant si jeune, le garçonnet est incapable de lui répéter ses apprentissages de la journée, lui-même en pleine initiation. Démêlant avec peine son travail quotidien, il ne peut expliquer ce qu'il n'est pas certain de comprendre.

Curieuse et d'une grande naïveté, il est clairvoyant qu'elle désire s'abreuver de connaissances mais que son esprit lui fait encore défaut sur certains points dits élémentaires de l'existence. Animée du souhait d'imiter le garçon, elle pose ses mains derrière sa tête mais sans penser à un support pour son dos. La chute de son équilibre est trop brutale pour que quiconque n'ait le temps de la rattraper dans sa perte.  Un terrible choc de sa tête contre la racine proéminente de l'arbre résonne violemment et un flot de larmes se matérialise aussitôt dans les yeux de cristal de l'enfant.

Se balançant d'avant en arrière en espérant vainement calmer les affres de la douleur, elle sanglote en silence, les bras recroquevillés contre l'arrière de son crâne. À demi-consciente, elle ne perçoit qu'à peine les appels de détresse du jeune homme venu à sa rencontre avec un affolement digne des films cinématographiques. Un léger flot sanguin s'écoule à travers les mèches blanches comme pour en salir l'immaculation parfaite.  Prompts à agir sur le vif, quelques lapereaux sautillent autour de la fillette avant de se réunir sous la bosse saillante. Leurs pelages épongent la cascade de sang tandis que les plus vieux léchouillent tendrement le visage de la demoiselle pour lui apporter mille réconforts.  Inspirant et expirant avec difficultés d'abord, sa respiration finit par reprendre un rythme convenable après une demi-douzaine de minutes.

Relevant lentement, elle perçoit qu'au très loin la question du garçon perdue dans l'espace de flottement entre la conscience et la noirceur dévorante de l'inconscient. Elle hoche faiblement la tête sans répondre par la force de ses doigts, eux-mêmes légèrement engourdis par la violence de sa souffrance et leurs rôles dans l'arrêt du flux sanguin. Aussi tâchés que ses cheveux blancs ou les bébés lapins, tous ont triste allure mais la petite fille se préoccupe avant tout du bien-être de ses amis animaux.

En attrapant un avec délicatesse, elle le tend en direction du jeune homme en lui expliquant qu'elle va devoir les laver de leurs souillures et qu'il peut l'accompagner s'il en éprouve le désir. Enhardie par l'avancée inespérée de cette rencontre qu'elle n'aurait jamais cru possible, elle lui propose même de lui conter son histoire en signe de confiance, fait très important aux yeux de sa marraine qu'elle nomme affectueusement "Mama Masha". Le garçon accepte de prendre doucement le petit lapin tandis qu'elle tient amoureusement tous les autres venus éponger sa bosse.

- Oui, allons-y... Et euh... Ne te sens pas forcée de tout m'expliquer non plus, d'accord ? Je ne veux pas te blesser en te remémorant de mauvais souvenirs.

La petite fille hoche naïvement la tête en se dirigeant vers la rivière longeant la majestueuse forêt. Déposant ses bébés lapins auprès d'elle, elle en reprend un pour le plonger tendrement dans l'eau clair, mouillant délicatement son pelage et le frottant sans lui offrir le moindre mal. Les traces de souillures s'effacent peu à peu sous ses gestes tendres et experts. Les lapereaux s'affalent presque d'extase sous le confort offert par la fillette. Une fois les lapereaux lavés et séchés avec l'aide son chiffon blanc qu'elle détient dans son sac à dos en cas d'envie de peinture, elle enlève ses chaussures et plonge doucement l'un de ses orteils dans le courant légèrement froid.

Avec une maladresse encore enfantine et un esprit pas encore tourné vers le plus pratique, elle immerge entièrement sa tête dans le remous peu profond et clairvoyant de la rivière. Ses cheveux trempés semblent se lisser encore plus parfaitement bien qu'ils dégoulinent de gouttelettes par centaines. S'asseyant dans le lit du petit ruisseau, elle mouille bien évidemment sa robe aussi immaculée que sa chevelure de neige révélant involontairement ses formes assez généreuses pour sa petite taille.

Se frottant les mèches avec adresse, elle lave au possible les tâches ensanglantées durant quelques minutes avant de s'arrêter pour poser ses yeux de cristal sur le jeune homme qu'elle fait attendre maladroitement. Inspirant et expirant avec lenteur, elle attrape une grande respiration avant que ses doigts ne se lancent avec frénésie dans la triste histoire de sa vie, traçant rapidement ses signes dans l'atmosphère comme de peur qu'ils ne soient interrompus sans avoir le courage de recommencer.

Dévoilant au premier abord ses origines célestes, elle surveille la réaction du garçon, sachant pertinemment que malgré la nature de cette école, sa race n'est pas toujours des plus simples à accepter.  Sans aucun doute surpris à en croire sa légère œillade étonnée, il l'encourage néanmoins à continuer de manière silencieuse.  Née au Paradis avec une minute de différence avec son cousin Robin, tous deux ont grandis avec des talents bien particuliers. Doués pour les langues orales, dotés d'une voix cristalline et pure pour le chant et éduqués en privé par leur marraine l'ange gardien Masha, ils sont l’objet d'éloge et d'admiration au départ bien qu'ils inspirent aussi méfiance de par ces connaissances supérieures à la moyenne des autres petits de leur âge de par leurs cours privilégiés avec leur marraine et surtout par leurs physiques hors du commun même au royaume des anges.

Malheureusement, tout n'est pas perfection au sein de ce monde contrairement à ce que les habitants s'évertuent de créer. À peine sait-elle marcher que l'enfant à la chevelure de neige assiste impuissante aux violentes disputes entre ses parents. Les mots empoisonnés s'échangent avec véhémence si bien que la séparation est inévitable. Occupé à se jeter mille violences au visage, le couple n'a rien remarqué de  l'effroyable processus opérant chez leur fille. Plus aucun son ne s'échappe d'entre ses lèvres rosées et sans en prendre conscience, son cousin la suit dans sa déchéance.

Après quelques examens médicaux, il est avéré que les deux enfants sont atteints de mutisme psychologique, vraisemblablement à cause du fait d'avoir assisté à la dispute définitive des parents de la fillette au cours d'un repas d'anniversaire avant que la mère ne quitte rageusement la table en réclamant le divorce. S'ils ne parlaient plus avant ce douloureux évènement, ce dernier a définitivement bloqué leurs chances de s'exprimer oralement pendant un certain temps.

Confiée en garde partagée, la petite vit un véritable Enfer à partir de cet instant. Plus aussi admirés de par la perte de la parole, le duo subit moult humiliations publiques aussi bien de la part d'enfants que d'adultes. Frappés, insultés et méprisés, ils ne peuvent se défendre contre ces accusations terrifiantes comme quoi ils sont handicapés et qu'en tant que tels, ils n'ont plus le droit de vivre. Furieusement jaloux de voir que l'ange gardien Masha continue de leur prodiguer une classe particulière, ils fulminent de rage à l'idée que ces "malades" aient de meilleurs résultats que leur propre progéniture.

Si ses relations avec son oncle, sa tante, son cousin et sa marraine sont au beau fixe, celles avec ses parents se dégradent de plus en plus. D'abord préoccupée par l'état de sa fille, la jeune maman tente de la défendre contre les mauvaises langues et apprend même son langage des signes pour la comprendre mais au fil du temps, les mots empoisonnés atteignent son esprit. Délaissant la petite, elle ne s'en occupe que par obligations du juge sans lui apporter amour et affection. Quant au père, mécontent de plus avoir sa femme comme souffre-douleur, il s'en prend à son enfant, la violentant sans remords. Si certains anges peuvent comprendre le phénomène en observant sa peau mate lors d'exercices de natation, personne ne dit rien, au contraire. Le père est innocenté de tout mais les esprits malveillants pensent qu'elle mérite ces coups, peu importe leur auteur.  

Un soir, son géniteur plonge dans la folie des jeux interdits avec sa fille, lui infligeant caresses et douleurs inimaginables au bas-ventre. La transformant en défouloir sexuel, la petite fille est violée sans comprendre, n'osant dénoncer son père de peur de perdre son amour puéril puisque celui ci lui assène à chaque fois que ce qu'il fait est normal et que les filles doivent ainsi aimer leurs papas.
L'horreur de l'inceste dure pendant des années sans que la fillette ne puise l'arrêter, croyant naïvement les dires de son bourreau. Un jour, elle effectue du rangement dans les placards de sa mère pendant que celle-ci est partie acheter le dîner et ayant demandé ce léger service à sa fille.

Par maladresse, elle fait tomber un livre et curieuse de tout, l'ouvre sans arrière-pensées. Sans comprendre qu'elle est tombée sur le journal intime de sa maman, une double abomination lui saute cruellement aux yeux. Se doutant des mauvaises actions de son ex-mari envers leur enfant, la jeune créature céleste est si atteinte par la peur qu'elle n'ose aider la fillette sauf si celle-ci le demande alors elle pourrait en avoir le courage.

Comprenant qu'elle est à la fois trahie par son père manipulateur et menteur dont les actes sont tout sauf "normaux" et par sa mère trop lâche pour l'aider, elle perd instantanément tout goût de la vie. S'ouvrant les veines dont elle montre les cicatrices rougeâtres à Hyosuké, elle a tout juste la force d'écrire "Tu savais" en lettres célestes de sang sur le miroir avant de sombrer dans l'inconscience.

Sauvée de justesse, elle est admise pour dépression dans une clinique mais elle tente encore à deux reprises de mettre fin à ses jours. Après des semaines de négociation, elle accepte enfin de dénoncer son père qui est arrêté malgré son innocence clamée. Si elle pardonne à sa maman, elle ne lui accorde plus réellement sa confiance. L'ange a pleuré à son chevet de peur de perdre son enfant, criant qu'elle l'aime de tout son cœur et qu'elle est désolée d'avoir été si stupide de croire aux mauvaises langues et pire encore de l'avoir abandonnée dans sa détresse.

Son esprit désespéré par sa propre vie la pousse à accepter un marché secret impensable entre elle et la reine du royaume ennemie. De longs cheveux bleu noir parsemés de multiples roses sombres, des yeux d'une merveille d'eau violacée, des  lèvres délicatement rosées, une peau mate sans imperfections, des formes généreuses sur une taille de guêpe  et de jambes fines, elle est l'incarnation de la beauté fatale par définition, celle capable de faire tourner la tête à tous ceux la croisant.

Devisla, souveraine des démons et fille de Satan lui-même est venue lui rendre visite et après quelques mots échangés, arrive à convaincre la fillette de lui confier une partie de son âme. Bien que la clinique ait été truffé de mauvais sorts et que les gens soient top terrifiés par sa puissance pour oser intervenir contre l'héritière du Malin, seule l'ange gardien Masha réussit à l'atteindre. L'entraînant dans un combat, elle en sort malheureusement perdante et sous ses yeux impuissants, le dessin d'une rose noire, symbole de la magnifique démone dont la beauté est connue au delà de tous les mondes.

Déchue pour trahison alors qu'elle n'a fait qu'accepter un infime espoir que seule la sublime reine a pu lui apporter dans sa vie d'horreur, la petite a perdu ses ailes pour être exilée sur Terre où elle ne connait rien.

Perdu sans sa cousine adorée, le jeune Robin plonge à son tour dans la dépression et les cajoleries de ses parents, sa tante ou sa marraine ne changent rien.  Son état empire lorsqu'un soir, son oncle, évadé de prison, vient se venger du procès où ses parents ont défendu la demoiselle aux cheveux de neige. Tuant sans pitié sa propre sœur et son  beau frère, il est à deux doigts d'étrangler son neveu lorsqu'un ange inconnu, ayant vu la porte ouverte et un cadavre, arrive à la basculer cotre un meuble où il se brise le cou.

Désormais orphelin, le garçonnet est élevé par sa tante mais sa dépression empire de plus belle. Plongeant dans les mêmes blessures volontaires qu'elle, il est décidé pour son bien qu'il aille retrouver sa cousine, le seul être qu'il adore de tout son cœur.  Après une enquête minutieuse, Masha retrouve la sublime reine des Enfers et conclut un marché avec elle. Dès lors, les deux cousins se sont retrouvés au sein de cette mystérieuse Académie où la belle démone travaille en tant que professeur d'Histoire humaine et es créatures magiques.

Les doigts cessent de s'agiter sur ses derniers mots tandis que son corps est pris de tremblements. Sanglotant en silence tout le long du terrible récit, elle l'achève sur l'unique note positive de son histoire, son arrivée ici avec son cousin qu'elle semble adorer par dessus tout. Ses joues cramoisies témoignent de sa honte et de sa gêne comme se sentant coupable de tous les évènements qu'elle a dû subir.

Toujours assise dans l'eau, elle laisse ses cheveux dégouliner de mille gouttelettes en inspirant et expirant rapidement comme pour se calmer après une telle frénésie de mots. Si elle a eu besoin de pauses et de moments de pleurs silencieux, elle ressent une légère fierté à l'idée d'avoir eu le courage de tout raconter en dépit de la terreur que lui inspire son passé monstrueux.  

Hyosuké serait-il l'infime premier espoir de sa jeune existence ?
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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Ven 21 Oct - 11:30

Sous la bénédiction d'un climat tempéré, où faune et flore savourent l'œillade soulagée d'un Soleil aux ardeurs atténuées, vous deux, protagonistes, ne profitez pas du même esprit espiègle et radieux que vous pouvez admirer en chacun des figurants poilus vous tenant amicalement compagnie. Non... Dans l'ombre du contrebas de cette colline, les retors d'un affreux passé surgissent à nouveau pour confronter leur proie aux terrifiantes révélations de sa propre existence. Encore. Inspirée dans le fastidieux récit de son histoire, la pauvre Syria s'est engagée sur un point de non-retour à dévoiler la vérité sur l'horreur de son existence... Tu ne peux que témoigner de la profonde affliction que cela lui inspire. Jamais aucun geste n'aurait su l'aider à aller mieux, si bien que tu étais forcé du début jusqu'à la fin de sa narration à seulement tendre l'oreille et faire acte de présence, en espérant qu'elle se rappelle ne pas être victime de la solitude au bord de la rive. Tu ne faisais rien, parce que tu te savais inutile, mais tu étais quand même là pour la soutenir.

Et alors, l'astre mortel se profile à l'horizon en floutant ses derniers coups d'œil, exténuant à même l'air de l'Académie pendant que le discours de l'ange déchu n'en finit plus. Elle enchaîne traumatismes sur traumatismes, pleurs et tremblements irrépressibles sur pleurs et tremblements irrépressibles... Il n'y avait pas une seconde où gêne et douleur ne se côtoyaient pas nonchalamment sur le feu de ses tourments, en dépit de son bonheur ruiné depuis si longtemps, d'après ses dires... Il n'y avait pas une seconde où tu n'étais pas tenté d'enserrer la pauvre contre toi. Pourvu de la banalité de tout un monde, caractérisé par une immortalité encore présomptueuse, tu n'as rien de plus à lui offrir que la chaleur de ta compassion... Mais c'est l'intention qui compte, non... ? Oh, tu commençais à t'en vouloir...

La malheureuse au regard diamantaire n'était définitivement pas à sa place. Et, au final, c'était contagieux... Le malaise te conquit dès qu'il était question de violations de tous ses droits; dans tous les sens du terme. Tu grimaçais d'appréhension de connaître chaque détail, et tu n'étais jamais au bout de tes surprises... Lorsque tu la pensais déjà au fond du trou, il a fallu que le Destin fore un peu plus pour son plus grand malheur. Mais paradoxalement, tu étais ravi que la répugnance de cette vie se soit si rapidement conclue... Tu n'avais pas vu le temps passer, avec ça. Et au final, tu étais heureux que l'attristée n'aie plus à se soucier d'affronter ses démons pour secouer le couteau dans la plaie. Toi, tu soufflais discrètement d'un soulagement éphémère, avant que ton esprit ne te tente à une autre tentative risquée...

Hélios ne volait déjà plus dans le ciel. Seul sa route était encore tracée par la pérennité de ses derniers rayons, qui s'acharnaient de bout en bout à éclairer la voûte céleste envahie par la noirceur d'une nuit glaciale à prévoir. Quelques étoiles se disséminent de long en large, scintillant d'un feu pur et innocent. Et d'une gestuelle aussi douce que leur timide clarté, jeune humain partageant le réconfort, tu espères que ton interlocutrice ne sera pas mortifiée une fois de plus lorsque de tes bras allégés tu viens l'enlacer. Les mains contre ses épaules, attelant son minois larmoyant à ton buste; l'étreinte n'a jamais été aussi fragile. Pour le bien de la concernée. Si elle n'y tenait pas, elle pourrait toujours s'en défaire très rapidement.

"Je suis désolé pour tout ce qui a pu t'arriver... Mais ici, tu peux être sûre d'être en sécurité. Il n'y aura plus personne pour t'embêter, je te l'assure."

Sur cette promesse solennelle, l'obscurité de la nuit vous engouffre dans un paysage inversé. La beauté du jour devient la laideur de la soirée... Mais il y a tout autant de nouveautés à contempler dans ce panorama, qui se faisaient discrets sous la lumière inquisitrice de la journée. En prenant un mal pour un bien... Le nouveau portrait de la nature ne manquait pas d'élégance. Un chemin tout tracé se dessinait devant vous, insinuant le merveilleux conseil qu'était de revenir à l'abri derrière les murs du château. Alors, sans tarder sur la réaction de ta nouvelle connaissance, tu te relèves et entames la marche en tendant la main à la gamine, souriant d'assurance aux commissures de tes lèvres. "Il se fait tard désormais. Rentrons." C'était une autre âme en peine, à un degré de détresse démesuré... Tu ne devais pas juste la rassurer. Tout comme le reste des Académiciens, il te faut la protéger.

Tel sera ton devoir, tu traqueras chaque menace et tu les abattras une à une s'il le faut.
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Syria

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MessageSujet: Re: La danse du diamant (Privé)   Ven 21 Oct - 16:21


La danse du diamant

ou la rencontre

avec l'immortalité




Syria et Hyosuke Kazutaka



Le divin Hélios modère ses vives ardeurs sous la venue progressive de la fraicheur annonçant l'arrivée de sa sœur Séléné. Ses rayons frappent moins puissamment la faune et la flore qu'il adore dorer à longueur de journée dans une malveillance bénéfique. L'eau salvatrice coule sur les pelages souillés de quelques gouttes d'hémoglobine. Les lapereaux tordent légèrement leurs corps dans une demande de câlins, boules d'amour que la petite fille s'empresse de satisfaire en permanence.

Les cheveux de neige plongent avec une maladroite délectation dans la rivière pour en laver les traces sanguines. Les gouttes tombent par centaines tandis que certaines se confondent avec le cercle de diamant des yeux de l'enfant.

Portée par un courage hors du commun, la petite fille laisse ses doigts se délier dans une vérité insoutenable pour tout esprit mortel. Les mots et les images s'enchainent dans un cauchemar en trois dimensions. Même la voix artificielle enfantine ne peut atténuer l'horreur inspirée de cette jeune existence sur laquelle le destin s'est acharné sans répits.

Révélant sa nature inhumaine, le jeune homme n'a de réaction qu'un léger haussement de sourcils étonné mais sans plus de réaction, toute son âme attentive au terrifiant récit qui s'en suit. Un dessin d'incompréhension se dessine l'espace d'une seconde dans le regard transparent de la fillette.
Bien qu'elle soit résidente au sein de cette école recueillant les êtres dits paranormaux, il n'est certainement pas courant d'y croiser une créature comme elle, la majorité des étudiants étant humains. Si elle n'a de terrien qu'une frêle apparence, elle baigne dans une douce aura céleste.
Pourquoi un ange du Paradis, ces enfants divins prétendus parfaits, serait-il descendu sur Terre parmi la masse mauvaise des humains ? Si jeune et si candide, quel sort a bien pu lui tomber dessus pour qu'elle se retrouve au sein de cette mystérieuse académie ?

L'horreur incarnée se peint sous ses mots d'enfants. Les traumatismes la blessent les uns après les autres sans jamais se lasser de son infinie tristesse. Témoin impuissante aux disputes conjugales de ses parents, victime ballotée de leur violente séparation, enfant dont les lèvres n'osent plus s'exprimer et entrainant avec elle le seul homme comptant à son petit cœur, muette méprisée par une mère indifférente et trahie par un père sans scrupules, corps à peine formé souillé par un amour à l'odieux mensonge, fillette trahie par des géniteurs n'en portant plus que le nom, patiente hospitalière aux bras mutilés, désespérée aux rêves délirants, innocente au marché secret avec une reine aussi sublime que puissante,  ange déchue aux ailes perdues et surtout défouloir d'une communauté jalouse et haineuse.

Comment espérer trouver le bonheur après avoir été brûlée par de tels tourments ? Trahie, frappée, insultée, méprisée, violée, délaissée, est-il possible que son esprit puisse seulement récupérer le sens ce mot ?

Le garçon est-il doté d'une force mentale supérieure pour tout entendre sans réagir ou presque ? Bien sûr, son esprit compatit et l'envie de la serrer contre lui pour espérer la soulager de ses souffrances le submerge à chaque instant mais sur son visage, rien ne parait. Ses yeux tiquent à chaque droit jeté dans la boue mais n'expriment aucun étonnement quant à l'existence de celle pour qui elle a donné son âme.

Serait-il l'un des très rares à ne pas appréhender sa réputation ? Aussi magnifique que puissante, la fille du Diable lui-même est défini comme la plus belle femme de tous les mondes et son talent au combat ne comprend que très peu d'égaux.  Souveraine des démons, elle est respectée de tous tout en étant farouchement crainte de ses ennemis. N'a t-elle pas réussi à elle-seule à bloquer une clinique entière sous la force de sa magie ? N'est-elle pas le vainqueur du combat l'opposant à l'unique ange ayant eu le courage et la puissance de venir l'affronter pour défendre la petite fille au regard translucide ?

Les derniers mots s'éteignent dans une ultime lueur d'espoir, sa venue au sein de ce refuge pour êtres aux dons aussi bénéfiques que maléfiques.  Engagée comme professeur d'Histoire humaine et des créatures magiques, sa protectrice démoniaque ne veille su elle que de loin. Quant à son cher cousin, il doit se rendre à l'école tous les jours à contrario de la fillette encore trop touchée par ses traumatismes et phobique sociale. Apprenant le français dans une classe de primo-arrivants avec une professeur a courant de ses particularités, le garçonnet est toujours muet mais possède plus de connaissances sur cette langue que sa cousine. Lui-même en difficultés, il ne peut communiquer ses cours à cette dernière si bien qu'ils ne peuvent se voir aussi souvent qu'ils le voudraient. Affairée à sa solitude et à ses soins envers ses seuls amis les animaux, l'enfant est clairement en manque d'affection et ses diverses phobies l'empêche encore de se lier socialement.

Même en appréhendant les mille difficultés auxquelles il s'engage, le nommé Hyosuké ne recule pas face à sa propre détermination à vouloir protéger l'incarnation de la candeur. La nuit enveloppe leurs âmes pour les porter vers une froideur scalpant violemment la peau. Quelques étoiles scintillantes décorent le ciel dans un magnifique décor mais aucun de leur éclat ne peut atteindre la pureté du regard de diamant de la demoiselle aux mèches enneigées.

Avec une gestuelle aussi douce que le miel et une prudence silencieuse, le jeune homme tend lentement ses bras pour attraper délicatement les chétives épaules de la fillette. Posant sa tête sur son buste, il la serre contre lui avec un infini réconfort mais l'étreinte est fragile comme pour laisser l'enfant la possibilité d'en échapper si jamais sa terreur reprend le dessus.

- Je suis désolé pour tout ce qui a pu t'arriver... Mais ici, tu peux être sûre d'être en sécurité. Il n'y aura plus personne pour t'embêter, je te l'assure.

Si les tremblements sont des plus vifs au début par pur réflexes et que la petite fillette retient de justesse un violent haut-le-cœur incontrôlable,  sa nausée s'atténue sous la douceur des gestes et des mots du jeune homme. Inspirant et expirant rapidement, il lui faut quelques secondes pour récupérer un rythme normal avant de lever ses yeux de cristal sur le garçon. Reculant légèrement d'entre ses bras pour mieux l'observer, elle penche légèrement la tête sur le côté dans un tableau des plus craquants. Le sang et la transparence s'affrontent pour que l'un puisse mieux attraper la possible sincérité de l'autre. Levant son petit doigt en l'air, son autre main s'agite pour dessiner la forme de ses mots enfantins.

- Pwomis ? Hyochulé ne chewa pwofecheuw n'à Sisi ? Né va n'appwenle plein chozes n'à Sisi ni Sisi ne chewa plus n'embêlée par missants gwache n'a Hyochulé ? né pwomis ?   (Promis ? Hyosuké sera le professeur de Sisi ? Il va apprendre plein de choses à Sisi ? Et Sisi ne sera plus embêtée par des méchants grâce à Hysouké ? C'est promis ?)

La candeur s'échappe toujours de son âme dans une purification des plus belles. Le discours maladroit grammaticalement et puéril chante pourtant le douloureux l'espoir d'enfin ne plus souffrir. Maintenue en équilibre sur ses genoux, elle pose ses petites mains sur les épaules du jeune homme pour attraper son regard sanguin dans le filet du sien transparent. Si le garçon n'y prend pas garde, il se noierait volontiers dans cette rivière clairvoyante d'innocence.

Soufflant sa promesse sincère, il se laisse attraper par le geste de l'enfant. Leurs deux auriculaires s'entremêlent comme pour mieux sceller leur marché. L'un la protégera et lui enseignera diverses connaissances, l'autre fera son possible pour les assimiler et forcer sa sociabilité.

Se levant en prenant la précaution de ne pas faire tomber la fillette, il tend lentement sa main dans sa direction. Levant ses pupilles cristallines sur le ciel aussi noir que de l'encre, l'enfant aux cheveux immaculés observe la nuit et comme infiniment respectueuse, la fraicheur de celle-ci s'atténue instantanément. Les basses températures remontent dans une chaleur presque anormale et le vent cinglant cesse aussitôt de tourmenter le paysage.  Décidément, quels pouvoirs la petite possède t-elle sur la mère Nature pour que tout semble lui obéir sans efforts apparents ?

- Il se fait tard désormais. Rentrons.

Hochant doucement la tête, la nommée Syria attrape la main de celui à qui elle confie désormais une infinie confiance, tous deux liés par une promesse indestructible. Leurs pas résonnent ensemble sur l'herbe tandis que la noirceur de la nuit les enveloppe de plus belle.

Au loin, une fine silhouette encapuchonnée observe la scène, son corps flottant à quelques mètres du sol, les bras croisés.  Tandis que les deux personnages s'éloignent de dos à elle, la lueur glacée de la lune éclaire son visage. Synonyme de perfection, ses yeux sont une mare d'eau violacée, sa peau est une merveille de bronzage naturel et ses lèvres délicatement rosées est un fantasme pour tous les êtres. Une longue cape couvre son dos tout juste couvert d'une robe verte d'eau lui arrivant au dessus des genoux. Ses jambes fines, sa taille de guêpe et sa poitrine généreuse complètent ce tableau de la femme fatale par définition. Un sourire proche du ricanement carnassier se dessine sur ses lèvres et quelques mots s'en échappent dans un murmure imperceptible.

- Bon courage, incarnation du fichu Christ...Tu en auras besoin...

Son rire discret s'évapore dans les ténèbres tandis que sa silhouette s'estompe comme avalée par la nuit pour laisser place au silence le plus complet au sein du parc de la Magical Academy.
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