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 Danse avec l'espoir (Privé)

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Syria

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Féminin Messages : 14796
Date d'inscription : 25/09/2009

Feuille de personnage
Pouvoir: Manipulation du sucre et autres vitamines. Communion totale avec la nature
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MessageSujet: Danse avec l'espoir (Privé)   Ven 18 Déc - 22:00


Danse avec l'espoir

ou quand le diamant

et le vent

se rencontrent




Syria et Yuki Norezawa



Le soleil éclate à travers le ciel d'un bleu scintillant, ses rayons écorchant délicatement les nuages d'une tendresse infinie. La haute chaleur éclaire le doux paysage avant de traverser les murs avec une effroyable puissance. Les jeunes gens enfermés en leur sein commencent à en ressentir les effets, leur gorge réclamant de l'eau et leurs vêtements collants à leur peau dans un rythme de gémissements plaintifs. Les fenêtres ouvertes n'apportent qu'un trop léger réconfort à cette danse infernale de l'astre solaire. L'air frais s'engouffre dans les différentes salles avant d'être empoisonné malgré lui par la formidable force de l'amoureux de la lune.

L'eau coule à flots dans les bouteilles plastiques et les gosiers assoiffés, tous terrassés par cette caniculaire journée de printemps. Pourtant, une ombre mystérieuse semble échapper à la délicieuse torture de l'étoile flamboyante du système solaire. Se faufilant discrètement dans les couloirs lumineux de l'établissement, elle se déplace en silence, ses pas aussi légers qu'une plume sur le sol à la fois brûlant et trempé dû à la maladresse de certains étudiants désireux de se rafraîchir trop rapidement.  

Les lourdes portes de bois poli s'ouvrent sans un bruit avant qu'une très mince silhouette ne s'y engouffre en vitesse. Lorsque la professionnelle des lieux relève la tête, croyant avoir perçu un mouvement, l'entrée est fermée et sa bibliothèque est vide à l'exception d'une personne et d'elle-même. Sans doute a t-elle rêvé, personne ne vient ici à cette heure ci, surtout par une chaleur aussi accablante où les élèves préfèrent profiter de l'ombre extérieure s'ils ne sont pas en classe.

Entre deux rayons, l'ombre déambule avec une discrétion parfaite. Une cape noire à capuche couvre son petit corps pareille à celui d'un pré-adolescent, ni tout à fait un enfant ni celui d'un adulte. Aucun signe physique ne se distingue à travers cet étrange costume, même ses yeux y sont invisibles. Seul un sac à dos blanc daigne se montrer mais son sa propriétaire est si vive qu'il n'est plus qu'une tache imperceptible au lointain.

La douce ironie du sort vient jouer avec son existence encore une fois. D'ordinaire, le parc et la forêt de cette étrange école lui sont préférable que son intérieur de par sa massive fréquentation. Lorsque les cours ont lieu, le dehors ne peut lui être que délectable pour éviter de croiser quiconque serait amené à rencontrer son regard maudit. De par la forte chaleur, les élèves préfèrent se réfugier à l'ombre des nombreux arbres que de s'enfermer en classe. Pour une fois, les professeurs leur accordent la permission exceptionnelle de participer à leurs cours en extérieur. Chaque niveau se regroupe dans un coin de l'immense parc si bien que de très rares personnes sont encore obligées de travailler au sein même du bâtiment.

Malgré le fait qu'elle souffre également de la canicule, la bibliothécaire ne peut quitter son poste de par la présence, aussi unique soit-elle, d'un usager et même si tel n'était pas le cas, elle se doit de respecter les horaires d'ouverture. Pourtant attentive au moindre détail de son lieu de travail, elle ne  peut percevoir la mystérieuse ombre recouverte d'une cape encapuchonnée se glissant entre les rayons.

Si elle ne peut se rendre à l'extérieur, elle surveille prudemment les alentours, ne pouvant pas se permettre de croiser qui que ce soit ou les conséquences pourraient lui être funestes. À de très rares exceptions, personne n'a pu lui pardonner sa différence alors autant tout faire pour éviter la souffrance et la peur empoisonnant son âme à jamais.

Ses doigts fins attrapent délicatement un livre à la couverture rouge parmi ses nombreux camarades sagement rangés sur les étagères. Sa mince silhouette se dissimule au fin fond de l'immense salle de la bibliothèque, coincée entre deux rayons comme pour espérer mieux échapper au monde. Ses yeux se posent lentement sur les étranges signes dansant sur le papier, son esprit incapable d'en déchiffrer un seul. Ne possédant aucune connaissance de cette langue mystérieuse que ses protecteurs nomment le français, elle s'efforce pourtant de tenter de résoudre son interminable énigme comme si elle espérait qu'un miracle puisse lui parvenir. À cette pensée, un sourire ironique se dessine mentalement en ses pensées, le grand maître ne lui a jamais pardonné son existence, pas plus que son peuple au cœur étroit.

-Tiens, salut la sorcière blanche ! Tu croyais nous échapper avec ton déguisement à la con ? Pitoyable...


De dos à elle, les chuchotements venimeux glacent instantanément le sang de la fine silhouette dans ses veines fragilisées. Sous la large capuche, son regard s'écarquille d'horreur.  Son cœur l'entraîne dans une danse infernale, battant au rythme de la peur et de la lassitude. Sa naissance ne sera donc jamais acceptée par le monde ? Impossible, sa malédiction est bien trop infinie et n'inspire que le mépris.

Avant même qu'elle n'ait pu réagir, une dizaine de bras lui tombe violemment dessus dans un silence fracassant. Sa cape à capuche lui est violemment arrachée et le tissu déchiré git lamentablement sur le sol en compagnie du livre rouge tombant dans un bruit sourd.

Les mains s'agitent et parcourent l'une des étagères avec avidité. L'un des ouvrages est délicatement renversé en arrière et un son étouffé en sort comme s'il pleurait en silence. Le carrelage tremble légèrement sous les pieds pressés et sous les regards avides de la discrète bande, les étagères s'entrouvrent délicatement révélant une cavité sombre dans le mur où un fragile escalier de pierre descend vers un puits de noirceur absolue.

Souvent évoqués dans les diverses légendes du monde, les passages secrets sont réputés pour fourmiller dans tous les châteaux existants et l'étrange établissement ne fait pas exception à la règle. Leurs créateurs sont morts depuis bien trop longtemps pour que leurs secrets leur aient survécus depuis l'au-delà. Tombés dans les limbes de l’oubli, ils décèlent des mystères en faisant frissonner plus d'un. Aussi terribles que celui du célèbre Dédale ayant construit le labyrinthe du terrifiant Minotaure, ils sont porteurs d'obscurité, de fuite ou de mort dans toute sa splendeur. Combien de prisonniers ont disparus dans ces souterrains sans fins, condamnés à l'errance éternelle au plus profond des ténèbres.

Le groupe pénètre à l'intérieur sans éprouver aucune peur, leurs ricanements discrets accompagnent leurs mains armées de briquets et autres artifices de lumière comme un téléphone ou une mini lampe torche. Le passage se referme derrière eux sans aucune émotions.

Un long silence vit au sein de la bibliothèque et la professionnelle des lieux ne daigne pas décrocher de son travail, son esprit n'ayant jamais perçu les mouvements et autres sons légers s'étant produits au fin fond de la pièce, dans un rayon où personne ne vient jamais, celui des livres anciens.

Après de longues minutes, les étagères tremblent de nouveau et plusieurs jeunes gens sortent du passage, un rictus satisfait sur le visage. Tous de la même taille, seule la très fine silhouette manque à l'appel.

Comble de l'horreur, l'un d'eux rattrape l'ouvrage déclencheur et le passage se referme dans un bruit sourd, enfermant dans les ténèbres l'ombre encapuchonnée. Fragile, le livre piégé penche légèrement vers l'arrière, se distinguant malgré lui de ses camarades. Mains dans les poches, ils se faufilent à travers les allées, négligeant l'habit déchiré et le livre tombés sur le sol. Sortant de la bibliothèque, ils laissent le couloir se couvrir de leur hilarité cruelle, éclatant d'une joie malsaine, se tenant les côtes à l'idée de ce tour abominable.

-Pouah, elle me répugne trop cette greluche toute blanche ! Avec une tête pareille, elle aurait mieux fait de se flinguer plutôt que nous imposer cela ! Au moins maintenant, on est tranquilles. Personne ne trouvera ce passage.

Les mots empoisonnés se déversent dans un essaim de haine et de mépris, sifflant méchamment leur violence avant que les rires ne se calment peu à peu, leurs propriétaires repartant tranquillement vers les salles de cours, porteurs d'une innocence à toutes épreuves, le remord et la culpabilité n'ayant pas leur place dans leur cœur meurtri par les ténèbres.

Au sein du mystérieux passage, la nuit règne en maître comme pour mieux renforcer la peur que lui et ses semblables inspirent. Un labyrinthe de couloirs et de dédales sans fin s'écoule sur des kilomètres, le tout plongé dans une obscurité des plus inquiétantes. Quelques maigres torches enflammées se battent en duel sur les murs effrités, offrant une faible lueur pour ceux venus s'aventurer dans cette horreur personnifiée.

Les pierres se lézardent comme prêtes à s'écrouler à tout instant. La poussière et le sable se mêlent dans une danse macabre tandis qu'un silence terriblement angoissant règne en maître suprême sur les lieux.  Des grilles souillées par l'effet du temps menacent de grincer pour quiconque aurait le malheur de les frôler. Au sein des cellules de fortune, des vieux tas de paille défraichie et des chaines rouillées reposent dans un scénario des plus frissonnants.

Quelques rats osent encore courir dans ce cauchemar incarné, suivis avec vigueur des araignées se promenant vivement sur les murs et construisant leurs toiles maléfiques dans tous les coins. Au sein de quelques niches creusées à même la pierre, des ossements luisent dans un dessin cauchemardesque, les crânes édentés souriant avec cruauté.

Une grille d'or sert office d'entrée précédée d'escaliers en pierre ébréchées, abîmées par l'effet du temps et des rongeurs venant se nourrir dans ce lieu synonyme de cauchemar et de noirceur.

Depuis des années, un étrange bruit ne cesse de circuler dans les couloirs et autres lieux plein de vie de cet établissement transpirant la puissance. Les catacombes abriteraient un démon des plus cruels et il dévorerait l'âme de tous les imprudents qui auraient l'audace de pénétrer dans son territoire. Personne ne sait à quoi il ressemble, certains disent qu'il a des cornes pareilles à celles de la représentation biblique du Malin, d'autres prétendent qu'il est fait entièrement d'ombre et que seuls ses crocs étincelants de sang luisent dans les yeux de ses victimes avant qu'elles ne périssent.  Il est également raconté que les ossements appartiendraient à tous ceux qu'il a massacrés par pur plaisir et que parfois, son rire glacial et diabolique résonne dans la nuit. Les rumeurs les plus folles, largement plébiscitées par les étudiants, murmurent que la sournoise créature les aurait littéralement pressés contre les murs au point de leur broyer les os et que leurs silhouettent s'enfoncent dans les pierres qui en prennent automatiquement la forme. Par la suite, les corps sont dévorés et les os soigneusement jetés dans les niches comme pour lancer un effroyable avertissement à tous ceux qui auraient l'audace de s'aventurer ici.

Le surnommé Broyeur ou Presseur suscite suffisamment de peur et d'horreur pour calmer les plus vives ardeurs de tous les adolescents vivants au sein de cette mystérieuse école. L'accès menant aux escaliers du sous sol puis à la grille de l'entrée des catacombes est fermé en permanence, les deux serrures scellées par un cadenas.

Pourtant, aujourd'hui la sécurité a été déjouée avec habileté. Une reproduction fidèle d'une clé permettant de décoincer les verrous ou un quelconque tour de passe-passe, peu importe comment cet terrifiant miracle a pu opérer.  À quelques mètres de là, une lourde porte de bois indique qu'il s'agit de l'accès aux catacombes et que y pénétrer est formellement interdit, le tout renforcé par un lourd cadenas. Derrière se trouverait un long couloir obscur puis une porte donnant sur des escaliers menant au sous sol avant de tomber sur la grille dorée, entrée officielle des oubliettes de l'horreur et territoire du Broyeur.  

Dans le silence et l'obscurité terrifiante des catacombes, une cellule se distingue parmi ses consœurs. Une silhouette se dessine à la manière d'une ombre invraisemblable. Les poignets enchaînés au mur, les doigts eux mêmes liés par une corde incroyablement serrée, elle semble comme être sans vie. Un long bandeau couvre ses yeux et la poussière s'envole avec plaisir sur le fin tissu du vêtement.

De longs cheveux couleur de neige entourent son visage délicat au teint mat tandis que les fines larmes coulent de ses pupilles aveugles. Sa robe noire claire couvre son corps de guêpe. Une araignée se promène tranquillement sur sa poitrine généreuse, dissimulée sous le fin tissu à moitié déchiré, révélant de légers monceaux de peau mate. Son habit est brisé sans remords au niveau de ses épaules, révélant le dessin d'une croix rougeâtre peint avec perfection à même son épiderme sur son bras gauche. Un ruban noir est délicatement attaché sur ses mèches blanches tandis que des oreilles noires de chat factices complètent le joli accessoire. À croire que ce monde d'horreur abrite un chaton personnification de l'innocence.

Au niveau de son cou, une sorte de légère ceinture est reliée à une sorte de long filin de cuir comme une laisse démoniaque, une extrémité attachée à un genre de mousqueton sur sa robe et le second sur un point haut du mur, manquant de lui infliger la torture de l'étranglement au moindre mouvement.

Ses jambes nues sont repliées contre elle-même, ses pieds crispés sous le contact glacial du sol. Non loin d'elle, son collant transparent lui a été retiré comme pour mieux satisfaire l'effroyable Presseur, avide de chair fraîche. Un sac à dos blanc débordant de feuilles de dessin, de pinceaux, crayons et tubes de couleurs est négligemment jeté dans le fond de la prison. Le tissu de sa robe est déchiré et des traces de griffures subsistent sur son visage.

Tremblante de froid et de frayeur, aucun son ne s'échappe pourtant de ses lèvres, libres de tous mouvements, aussi silencieuses que le reste du lieu. Aussi épouvantable et surprenant soit ce scénario, une petite fille est enfermée dans les terrifiantes catacombes.

Ce matin encore, elle cherchait calmement un endroit où se poser avec son matériel de dessin lorsque des mains l'ont violemment agrippée en arrière.  Incapable de pousser un cri ou une quelconque protestation, un bandeau est noué sur ses yeux et ses doigts sont liés avec fermeté par une corde lui striant la peau. Traînée de force jusqu'ici, elle a dû s’asseoir avant que des solides fers ne soient refermés sur ses poignets. Les voix cruelles et sournoises se sont mélangées entre le rire et le discours des plus méchants. Pour une spécificité insupportable aux yeux de certains, elle est jetée en pâture au Broyeur ou s'il n'existe pas, du moins restera t-elle suffisamment longtemps ici pour y mourir ou quitter cette école si jamais elle s'en sort.

Si elle n'a jamais pu les identifier du fait du bandeau et de son manque de connaissance concernant leurs noms, elle n'ignore pas, du fait de leur vantardise, que ses agresseurs se sont bien renseignés sur elle. Ils ont attendus patiemment que les deux protecteurs de la fillette soient absents pour s'attaquer à elle et la punir d'être si différente, voire même "insolente" à en croire le dégoût transperçant leurs voix. C'est vrai, elle n'aurait jamais dû naître avec ce regard maudit si bien que le Presseur lui même ne mérite pas de voir avant de lui dévorer l'âme, de même pour ses doigts, créateurs de répulsion.  

Prisonnière du froid glacial, de la peur lui nouant le ventre et des sanglots silencieux courant sur ses joues, l'enfant attend son sort sans pouvoir y échapper, ses propres tours bloqués par l'ingénuité de ses bourreaux. Sans une minime présence de la nature, inutile d'espérer une quelconque aide de ses amis faune et flore. Pire encore, elle est incapable de se nourrir par elle-même, ses poignets enchaînés au mur et les doigts liés.

Condamnée à une mort certaine, ou du moins une extrême faiblesse si jamais un miracle venait la sauver, il est prévisible que ses agresseurs comptent sur la légende du Broyeur, trop lâches pour rester eux-mêmes dans le coin et cruels au point de n'éprouver aucun remords à l'idée de laisser une fillette dans une sombre cellule, livrée à l'horreur et à l'angoisse. Assurés qu'elle ne pourra jamais les dénoncer grâce au bandeau et ayant sans doute modifié leurs voix lors de leurs propos venimeux, ils ne laissent aucune preuve derrière eux.

Dans le couloir précédant cette scène d'horreur, une poubelle remplit son rôle avec zèle et accueille quelques feuilles jetées négligemment par les élèves. Tout en dessous, à peine perceptible, un trousseau contenant quatre clés d'argent dort. Les forts rayons du soleil traversent les fenêtres du couloir  et comme désireux de procurer un indice permettant un miracle, traversent le trousseau au point que les clés se mettent à légèrement briller sous l'afflux de papier.

Que le destin daigne qu'une âme éclairée puisse repérer cette étrange lueur et comprenne le fonctionnement des clés avec à proximité la lourde porte de bois menant au territoire du Presseur, lieu maudit et terrifiant tous les élèves.
© Lith'


Dernière édition par Syria le Lun 25 Avr - 17:51, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Danse avec l'espoir (Privé)   Ven 1 Jan - 18:53

PV : Syria
« Danse avec l'espoir. »


La lumière réchauffante du soleil semblait souligner toute la splendeur du ciel, alors que ses rayons rendaient le blanc des nuages, immaculé. Le jeune homme, esprit de la nature et du vent, se mit à parcourir la vaste court de l'Académie dans le but de rejoindre la bibliothèque, lieu de connaissance et de savoir.

Ce qui animait ce jeune garçon, était la soif infinie de savoir que le monde qui se présentait à lui chaque jour, pouvait lui permettre d'acquérir. Préférant habituellement, lorsqu'il en avait le temps, d'effectuer ses recherches en dehors des murs de l'établissement et à l'abri de toute autre présence, Yuki se laissa tenter cette fois par l'immense bibliothèque offerte aux élèves.

Bien entendu, il emprunterait tout livre susceptible d'attirer son intérêt puis irait les lire en dehors, perché sur un arbre éloigné, loin du regard des autres. Ainsi se sentait-il le mieux. Arpentant les différentes allées du grand édifice, en vue de trouver les objets de sa visite, le jeune homme à la chevelure argenté que rien ne semblait perturber, fut soudain stoppé.

Précédemment en exercice à une profonde réflexion, ses pensées se recouvrirent d'un large manteau blanc, ne laissant alors place qu'aux paroles ignobles que ses oreilles pouvaient entendre. Les yeux doré du garçon scrutèrent les environs pour se poser sur un groupe d'élèves. Des garçons qui riait aux éclats et qui marchaient vers la sortie de la bibliothèque.

De qui pouvaient-ils bien parler ? En tout cas, ce qui était clair, s'était que leur chahut ne semblait en aucun cas déranger la dextérité que la bibliothécaire portait sur son travail alors que la bibliothèque était sensée être un lieu de silence. Les jambes du curieux se mirent une nouvelle fois en mouvement tandis que ses premières pensées revinrent à son esprit.

Un peu plus loin, au fond de la salle, le jeune homme s'arrêta pour s'aventurer dans l'allée qui se  présentait à lui. Aucun élèves aux alentours de ces expositions de livres anciens. La main gauche levée et le regard souriant suivant celle-ci, Yuki fit glisser l'un de ses doigts sur le dos de chaque livres que ses yeux rencontrèrent au fur et à mesure qu'il avançait. Étrangement, son attention s'arrêta sur un large ouvrage dont la couverture bleue marine, faisait ressortir les ornements doré de son dos.

S'emparant délicatement du livre, qui n'était autre que la première partie d'un recueil de langues, il l'amena vers lui pour y feuilleter quelques pages. Les diverses langages des diverses créatures que le monde abritait. Un vaste sujet bien mystérieux qui permettrait à celui qui en connaît tout ses secrets, de comprendre n'importe être vivants. Un doux sourire s'empara de ses lèvres à la suite de cette inconcevable pensée. Aucun être à proprement parlé, pourrait assimiler autant de langages, certains d'eux étant encore inconnus.  

Gardant à son bras l'ouvrage recouvert d'un magnifique manteau bleu marine, le jeune homme continua son exploration à travers l'allée suivante. Marchant d'un pas mêlé de légèreté et d'assurance, machinalement, Yuki balança son regard sur la grande horloge qui ornait le mur du fond de la bibliothèque. S'il voulait profiter d'un moment de répit sous la fascinante splendeur du ciel, il se devait de quitter les lieux.

Sur les larges murs soutenant le toit de l'édifice, se trouvaient d'imposantes fenêtres. En ce temps agréable, seul quelques unes avaient été ouverte pour permettre de temps à autre, à la douce brise d’envahir les lieux. Engageant ses premiers pas pour rejoindre le bureau de la bibliothécaire, un sentiment soudain de surprise, s'éprit du jeune homme recouvert de lumière.

Malgré le fait que les fenêtres ne soient que légèrement ouvertes, une forte brise semblait pousser le manipulateur du vent, en arrière. De fortes sensations repoussaient doucement le haut de son corps pour venir s’atténuer sur son visage. Seul, Yuki se mit à fermer les yeux comme pour rentrer en contact avec cet élément qui le constituait. « Qu'est-ce donc... Que voulez vous me montrer, cher esprit ? »

Le corps du garçon se laissa mouvoir que par la simple volonté du vent. Possédé. Tel une marionnette, soulevé par ce dernier, il fut amené dans la dernière allée, la plus reculée de la bibliothèque. Relâché et à nouveau libre de ses mouvements, Yuki baissa la tête, le regard posé sur une cape noire qui gisait sur le sol. Il s'avança vers elle pour la ramasser et y découvrit sur celle-ci, un livre à la couverture rouge. Tenant l'habit d'une main et de l'autre l'ouvrage, il examina celui-ci pour retrouver la place qui lui revenait sur l’étagère d'en face.

Une fois le livre rangé, les yeux du garçon se balancèrent sur le côté pour apercevoir l'étrangeté de l'un de ses voisins. Courbé en arrière, s'était comme s'il n'attendait qu'à être remis en place, ce que le jeune homme s'empressa de faire. Un bruit sourd se fit entendre ensuite. Le garçon à l’affût recula d'un pas et sous des yeux ébahis, vit les étagères s'entrouvrirent.

Il n'y avait aucun réel besoin d'être aussi surpris, après tout, il se trouvait dans un établissement magique et dans ce genre d'école, les passages secrets abondaient, il suffisait juste de les trouver.

Après quelques secondes d'inertie, Yuki porta sa main droite sur son crâne et se frotta doucement la tête. Serrant doucement la cape, il s'avança vers l'entrée et se stoppa à nouveau dans son élan pour espérer y voir quelque chose dans cette cavité non surprenamment sombre.  

  « Dans quelle sorte d'aventure ai-je mis les pieds... est-ce une blague ? M’emmener jusqu'ici.. qu'est ce que je fais maintenant ? On y voit rien la dedans. »

En prononçant ses dires à haute voix comme pour espérer une réponse, le jeune homme jeta un coup d’œil derrière lui. Là où il se trouvait, le vent commencer à s'intensifier. Celui-ci lui caressant son corps tout entier, se mit à l'entourer, formant ainsi l'aspect d'une tornade. N'abandonnant cependant pas son enveloppe corporelle, Yuki ne faisait à présent plus qu'un avec l'élément naturel, protégeant ainsi également le vêtement qu'il avait ramassé.

À défaut de voir dans cet endroit où l'obscurité était reine, le jeune homme avançait grâce au léger courant d'air frais que laissaient transparaître le sol et les murs rocheux. À mesure qu'il avançait dans l'étrange passage, l'air s'intensifiait. Y avait-il une autre sortie qui menait en dehors de la bibliothèque ? L'épaisse couche de vent qui entourait Yuki, formait une sorte de barrière protectrice. À travers celle-ci, l'on pouvait voir deux petites perles doré, scruter les environs.

L'atmosphère était glaçante et les quelques torches allumées sur les murs, n'y changeaient rien. Leur flamme était tellement minime que le simple passage de Yuki devant elles suffirait à les éteindre. Pour ne pas arriver à ce résultat, le jeune homme ralentit le pas.

Arrivé à une intersection, il continua par la droite puis arriva dans une vaste pièce à peine perceptible. De larges chaînes retenues par des bracelets de fer, tombaient le long des murs. A première vu, il semblait n'y avoir personne mais le bruit de ces chaînes l'en dissuada. S'avançant vers le mur du fond, le jeune homme commença à déceler une silhouette. Il fit disparaître le vent qui l'entourait puis s'y approcha.

Il découvrit avec stupeur le corps d'une jeune fille enchaîné. Il s'abaissa à sa hauteur, posant la cape sur le sol puis dans un acte irréfléchi, lui délia les mains. Heureusement, elle était encore en vie. Qui sait depuis quand elle est là ?

  « H... Hey, est ce que ça va ? Ne t'inquiète pas, je vais te retirer ces chaînes.. »  

Tout en posant ses mains sur le premier bracelet de fer, le jeune manipulateur du vent exerça une forte pression pour libérer la main de la jeune fille. Cette manipulation terminée, il vint la retenir pour éviter qu'elle ne tombe puis répéta les même gestes sur son autre main. Une fois libéré, il la relâcha délicatement avant de venir poser ses main sur son bandeau pour lui découvrir les yeux.

   





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MessageSujet: Re: Danse avec l'espoir (Privé)   Ven 1 Jan - 22:00


Danse avec l'espoir

ou quand le diamant

et le vent

se rencontrent




Syria et Yuki Norezawa



L'obscurité dévore l'espace, se régalant de tous les élans de peur et de mort flottant en permanence dans l'air. Les ténèbres surpuissantes se déploient, impératrices suprêmes de ce royaume sans vie où leurs seuls sujets sont de terrifiants crânes édentés accompagnés de leurs rares ossements dispersés de ci et là. De rares torches osent encore se rebeller, diffusant une trop faible lueur pour être prise au sérieux par les maîtres démoniaques des lieux.

Sources d'inspiration inépuisable des racontars les plus sordides, les catacombes de cette mystérieuse école sont synonymes d'horreur et de répulsion.  La rumeur la plus célèbre prétend avec certitude qu'elles sont le repaire d'une terrifiante créature qu'aucun être sensé n'irait affronter. Sans corps matériel à l'état pur, Le Presseur ou le Broyeur serait une sorte d'entité diabolique dont le plus grand plaisir est de massacrer ses victimes en les pressant contre les murs au point de broyer leurs os et que leur silhouette décharnée se creuse à travers la pierre rêche. Les uns racontent qu'il posséderait une paire de cornes semblables à celles du Diable selon les visions de la Bible, les autres préfèrent dire que ses crocs luisent du sang de tous ceux qu'il a pu tuer, leurs restes ornant encore ces lieux maudits pour l'éternité.

Entre la vérité et le mensonge, il n'existe qu'un pas mais personne n'osera le vérifier dans le cas de ces horrifiants bruits de couloirs. Qui serait assez fou ou téméraire pour risquer sa vie et son âme, que le montre dévorerait intégralement, au cas où ce dernier existerait bel et bien ? Comme pour mieux confirmer tous ces dires d'étudiants, les portes sont condamnées depuis fort longtemps.

Pourtant, la ruse et l'habileté de la jeunesse viennent encore une fois de faire leurs preuves avec le détournement des règles de sécurités. Cadenas forcés, ouvertures déliées et grille sans protection frayent désormais un chemin vers les effroyables ténèbres. Les cellules aux fers rouillés se succèdent les unes à la suite des suite, toutes dignes des films d'horreur les plus réussis.

Dans l'une d'elle, une fine silhouette se détache dans l'obscurité. De longs cheveux couleur de neige tombent avec grâce dans son dos tandis que son visage de pêche est strié par les traces de violentes griffures. Un bandeau est serré avec hargne sur ses yeux comme pour mieux l'enfermer dans la nuit la plus sombre.

Une robe noire de taille moyenne couvre à peine son corps frêle d'où suinte pourtant des jambes fines et une poitrine généreuse, fait bien troublant pour les yeux avisés ayant détecté son visage d'enfant accompagnant des formes d'adolescente. Ses épaules dénudées par son vêtement déchiré montrent une peau sans imperfections tandis qu'une croix rougeâtre est peinte avec magnificence sur son bras gauche. Ses cheveux blancs recueillent la présence d'un nœud noir et d'oreilles factices de chat, accessoires à la mode ridicules chez certaines personnes mais ô combien mignon chez une fillette aussi hors-norme.

Les chaines glaciales et rouillées se referment sur ses frêles poignets, les emprisonnant dans une torture des plus terrifiantes.  Ses doigts fins sont enserrés par une corde impitoyable lui empêchant le moindre mouvement.  Pire encore, son cou est emprisonné par une sorte de ceinture relié au mur par un long filin, manquant de lui procurer étranglement et souffrance à chaque geste qu'elle oserait esquiver dans l'atmosphère.

Le froid des catacombes s'incruste à même son corps d'enfant, déclenchant des tremblements incessants. Ses pieds se crispent au contact du sol râpeux tandis que les pierres coupantes s'amusent à irriter sa peau mate. Une araignée se promène effroyablement sur sa poitrine généreuse, légèrement couverte par le fin tissu de sa robe noire. Son collant déchiré git pitoyablement à côté d'elle de même que son sac à dos remplit de son matériel à dessin. Quelques tubes de couleur, crayons, feuilles et pinceaux reposent lamentablement sur la poussière des lieux, tout leur talent gâché par l'effrayante obscurité.

Les larmes silencieuses coulent en cascade sur ses joues tandis que des violents soubresauts agitent son corps de temps en temps, emportés par la force de ses sanglots. Elle ignore depuis combien de temps elle est ici. Tout ce dont elle se souvient, ce sont des mains l'agrippant en arrière aux alentours de 10 h ce matin avant de lui bander les yeux et l'entraîner violemment dans cet effroyable endroit pour l'y enfermer, quitte à avoir sa mort sur la conscience.  Son regard porteur de malédiction n'engendre que la haine et le mépris autour d'elle, seulement les sanctions ne sont jamais allées aussi loin qu'aujourd'hui.

Alors qu'elle suit le fil de ses pensées et souvenirs douloureux, ses muscles se tendent soudainement avec une extrême violence. Son instinct se réveille brusquement pour lui susurrer sournoisement l'approche d'une aura inconnue et pire encore, représentante de ses pires cauchemars.  Ses jambes se replient de plus belle sous elle et elle tente de se débattre mais la ceinture autour de son cou stoppe son entreprise en l'étranglant tandis que les chaines et cordes strient de plus belle sa peau.

Dans son esprit, les pensées les plus terrifiantes courent en tout sens, lui hurlant que l'être qu'elle craint par dessus tout se trouve en face d'elle. Alors qu'elle fait tout pour éviter la foule et le contact des autres, elle est malgré tout approchée par quelqu'un et pas n'importe qui. Un homme...un représentant de la gente masculine, cette espèce qu'elle abhorre par dessus tout, ce cauchemar hantant en permanence son âme et lui souillant l'existence.  

- H... Hey, est ce que ça va ? Ne t'inquiète pas, je vais te retirer ces chaînes..  

La voix peut être aussi douce et tendre que le miel réchauffant la voix lors de grands froids, l'inquiétude sincère s'y échappant ne peut atteindre le cœur gagné par la panique de la petite fille aux cheveux de neige. Les mots aux sonorités étranges et inconnues s'immiscent dans son esprit pour se laisser décoder avec hardiesse. Cette mystérieuse langue que ses protecteurs nomment le français ne pourra t-elle jamais passer les barrières de sa connaissance ? Un sourire ironique se dessine mentalement en son âme. Ce rêve n'est que grotesque et hilarité pour une enfant atteint de son mal. Comment pourrait-elle espérer toucher du bout des doigts cette utopie impossible ?

Si elle en avait les capacités, nul doute qu'elle aurait lâché un gémissement de peur et des couinements d'enfant affolé. S'emmurant dans le silence, comme obstinée, elle n'émet aucun son de réponse. Les pleurs redoublent d'intensité sur son visage. Ses muscles se tendent et instinctivement elle tente de bouger les bras comme pour espérer s'échapper. Se débattant avec l'énergie du désespoir, son rythme cardiaque bat avec une effroyable intensité comme si son cœur allait lui arracher la poitrine d'une seconde à l'autre.

Privée de sons, comment lui faire comprendre qu'elle est incapable de lui répondre, quand bien-même elle le voudrait ? Son unique manière de communiquer lui a été arrachée par la présence d'une corde aux mille nœuds lui enserrant férocement les doigts.

Les chaines sur ses poignets n'empêche pas le passage de sa phobie venue lui susurrer méchamment qu'un représentant est ici, à peine à quelques mètres d'elle. Un cauchemar des plus terrifiants s'immisce dans son esprit paniqué. Elle est seule et sans défense face à un homme, l'objet même de la peur lui nouant les entrailles. Les larmes déchirent ses joues meurtries par la violence de ses bourreaux.

Même si elle était capable de lancer le moindre son, qu'aurait pu t-elle dire ? Les mots étranges employés par l'inconnu résonnent de manière désagréable à ses oreilles. Elle ne connait pas cette langue étrange que ses protecteurs nomment le français, seule la magie permanente l'entourant lui permet de bénéficier d'une traduction, aussi faible soit-elle.

Des sanglots silencieux continuent de couler le long de ses joues d'enfant tandis que son corps émet des tremblements permanents tandis que l'aura de la peur la plus pure suinte inévitablement d'elle.  Son rythme cardiaque s'emballe dans une danse infernale tandis que sa respiration suit le mouvement, le tout dans un silence des plus déconcertants. Aucune fibre de son ne s'échappe d'elle, pas même les signes élémentaires de vie.

Une douce brise s'approche lentement d'elle et vient frôler ses poignets emprisonnés par les lourds bracelets de fer. Son instinct lui hurle que son cauchemar se rapproche centimètres par centimètres et qu'elle ne pourra jamais y échapper. Redoublant d'ardeur, elle se débat avec l'énergie de sa phobie courant dans tout son corps. Ses sanglots deviennent une cascade des plus puissantes et les gouttes glaciales tombent sur le sol. D'infinis tremblements l'agitent comme possédée.

S'agitant sur ses chaines, elle sent que son cœur s'accélère de plus belle, la cadence effroyable lui coupant la respiration durant quelques secondes avant qu'elle ne devienne haletante mais étonnement silencieuse. Muées par le désespoir et la peur, ses jambes se débattent et les sanglots ne cessent de déchirer son si beau visage.

Le vent se glisse entre ses maigres bras et le mur tandis que le corps de l'inconnu s'agenouille devant elle pour espérer la délivrer de ses tourments sans même savoir qu'il en est partiellement la cause. Tentant de calmer sa respiration emballée et le rythme démoniaque de son cœur, elle ne peut s'empêcher de trembler tandis que les chaines tombent une à une sur le sol en signe de liberté.  La corde nouant ses doigts est relâché avec facilité et sa peau n'en frisonne que plus belle sous l'effet de son aura de terreur.

Un violent haut-le-cœur manque de franchir ses lèvres rosées avant qu'elle ne le retienne de justesse. Elle tremble de tout son corps tandis que son cœur lui procure d'atroces souffrances à chaque battement effréné que sa peur lui impose. Très bientôt, elle sent une bouffée d'air s'engouffrer dans ses poumons avec bienfaisance.

Ses poignets et ses doigts sont délivrés des chaines et de la corde avant que son cou ne subisse la même guérison, le poids de la ceinture et autre instruments de sa torture tombant sur le sol en silence.

Des mains la frôlent et un frisson de terreur parcourt son corps à la manière d'une violente décharge électrique. Des doigts jouent derrière sa tête et enfin les nœuds de son bandeau trempé par ses larmes ne sont plus qu'un mauvais souvenir.  Pour autant, il est impossible à l'inconnu d'en savoir plus sur la jeune prisonnière. Demeurant obstinément muette en dépit de sa présence, ses yeux sont clos et pourtant il est clairvoyant qu'elle n'est pas atteinte de cécité, sa tête s'étant levée à l'approche pourtant silencieuse de l'étranger.  

Une fois libre, la fillette opère un effroyable manège. S'agenouillant dans le coin le plus proche d'elle, de dos à l'inconnu, elle laisse sa nausée prendre le dessus sur son corps pour la rejeter sur le sol poussiéreux.

Gagnée par la panique la plus pure, sa douce aura explose de manière invisible autour d'elle et comme irrémédiablement attirées, des centaines d'araignées pénètrent soudainement dans la cellule. Grimpant avec dextérité sur le mur derrière la petite fille, elle font face au jeune homme dans un tableau de menace. Elles sont rapidement suivies par quelques rats se plaçant non loin d'elle comme pour la défendre. Aussi moindre soit-elle, la rare faune présente en ces lieux va pouvoir l'aider.

Comme fortement liées à la demoiselle et comprenant instinctivement la situation, les araignées se séparent lentement. Quelques unes se regroupent et après quelques secondes, un étrange signe se dessine sur le mur grâce à leurs corps velus.

Quelques lignes sont tracées par les insectes peignant sur les pierres rêches quelques kanji japonais. Le premier désigne le mot "fillette" pour montrer  l'enfant enchainée et le second éclaire enfin le garçon quant au silence obstiné de la petite. Il décrit l'adjectif "muette".  Voilà pourquoi elle ne disait pas un mot depuis l'arrivée du garçon, elle en est tout simplement incapable, privée du moindre son. Elle n'est pas malpolie comme pourrait le suggérer son absence de reconnaissance mais prisonnière du monde du silence, elle ne peut émettre la moindre oralité, même une simple respiration, tout est marqué par l'absence de sons.

Aussi répugnant puisse être cet acte de nausée perpétué par la fillette, les araignées s'empressent de délier leurs corps pour former de nouveau un dessin de la langue japonaise. Pendant que la petite fille soulage son malaise, les kanji des bestioles procurent une explication des plus terrifiantes. "Peur des hommes", voilà les trois mots que les petites bêtes ont tout eu juste le temps de tracer avant que l'enfant ne se retourne, la respiration haletante et les yeux toujours fermés.

Non pas qu'elle soit impolie ou prise d'une violente maladie, sa nausée est sans aucun doute due à sa peur panique de sa proximité avec le garçon bien qu'il l'ait libérée de ses chaines. Au pays du soleil levant, une telle démonstration publique est très mal vue mais comment une enfant terrorisée par la gente masculine pourrait-elle évacuer tout son stress alors qu'elle a été en fort contact avec l'objet même de sa phobie, ces réactions sont mêmes naturelles chez les personnes atteintes de ce genre de pathologies mentales.

Désireuses d'aider leur jeune amie, les araignées restent ainsi, espérant que le garçon comprenne rapidement la situation et qu'il puisse délivrer leur maitresse. Aussi douées soit-elles pour que leurs corps dessinent des termes du pays du soleil levant, elles ne peuvent être mobilisées pour faciliter les relations sociales de l'enfant avec le monde qui l'entoure.

Les tremblements et les pleurs permanents ne mentent pas : l'enfant est prisonnière de la panique et la peur court sur tout son corps. Pour autant, elle semble être l'amie des rats et des araignées, créatures fortement répugnantes pour la plupart des êtres humains. Mieux encore, ces dernières sont capables de l'aider en déployant leurs corps à la manière de l'écriture japonaise.

En son esprit, sa bonne éducation et sa phobie luttent férocement pour espérer prendre le pouvoir. Les armes invisibles s'entrechoquent avec une infinie violence, les lames froides chantant les couleurs de l'espoir face à la terreur. Après de longues secondes, l'une des deux armées doit rendre les armes face à la puissance de plus en plus grande de la seconde. Enlevant ses paumes de son visage, la petite fille laisse ses yeux clos pour que leur malédiction ne touche pas celui l'ayant libéré. Les doigts fins s'agitent et une voix d'enfant résonne dans la cellule sans que ses lèvres ne s'ouvrent.

- Nasson né lilèwe Sisi...nalo Sisi né lit merchi... Sisi chait né n'awaignées n'ont lit n'au nasson...Sisi né chavait pwlé n'avant mais né muelle...et Sisi né chait n'aussi...n'araignées n'ont wewélé...Sisi n'a peuw zommes...n'asson né lewait pati..Sisi né maulile...né zyeux Sisi né chon maulits...
(Le garçon a délivré Sisi alors Sisi lui dit merci. Sisi est l'amie de la nature. Sisi sait que les araignées ont dit au garçon...Sisi savait parler avant mais elle est muette...Et Sisi sait aussi...que les araignées ont révélé que Sisi a peur des hommes...Le garçon devrait partir. Sisi est maudite...les yeux de Sisi sont maudits)

Bien qu'atteinte de mutisme, la fillette semble être capable de s'exprimer grâce à la langue des signes et à une étrange magie l'entourant en permanence.  Ses doigts dansant avec une merveilleuse grâce, elle demeure lèvres closes comme pour mieux prouver qu'elle ne ment pas et que si le jeune homme entend une voix résonner en son esprit, ce n'est certainement pas la sienne mais seulement un artifice destiné à la rendre compréhensible sa langue des signes, connaissances très rarement présente chez les êtres humains.

Preuve que le fantastique n'est pas infaillible, la traduction dans ce que ses protecteurs nomment le français qu'elle est incapable de comprendre est plus qu'imparfaite avec ses nombreuses erreurs de prononciation et sa grammaire bancale. Ce mystérieux sortilège ne fonctionne mieux si la personne qui en bénéficie, ici l'enfant à la chevelure de neige, a une bonne connaissance de la langue de ses interlocuteurs. Hélas pour la fillette et ceux à qui elle s'adresse, que trop rarement, elle n'a jamais appris ce langage. Pour autant, ses deux protecteurs ne sont jamais inquiétés du phénomène, lui assurant qu'avec toute autre langue, le résultat aura été le même.  

Fait encore plus étrange et inquiétant, l'enfant ne semble jamais utiliser le pronom personnel de la première personne du singulier et se désignant par la douce sonorité d'un étrange surnom, "Sisi". À croire que son identité lui a été enlevée au point qu'elle ne reconnaisse plus sa singularité et que sa vie n'est qu'un souvenir flou parmi les limbes de la mort.

Toujours victime de ses tremblements et des traces de pleurs coulant sur ses joues, la petite fille demeure assise sur le pierres glaciales, la tête baissée et les yeux obstinément fermés. Bien que déliés de leur bandeau, ils refusent de croiser le regard du jeune homme, ou plutôt leur propriétaire apeurée.

Des cheveux aussi blancs que la neige, des formes pareilles à celles d'une femme, un profond mutisme mêlé à une extraordinaire et maladroite langue des signes sans oublier une phobie évidente envers la gente masculine, preuves en sont ses tremblements et ses sanglots permanents, voilà une rencontre hors du commun, même au sein des murs de cette étrange académie.

Si seulement elle pouvait réentendre le son de sa propre voix.
© Lith'


Dernière édition par Syria le Mar 12 Jan - 18:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Danse avec l'espoir (Privé)   Lun 11 Jan - 15:56

PV : Syria
« Danse avec l'espoir. »


En ces lieux froids et lugubre, le temps semblait s'être arrêté. Depuis combien de temps maintenant, le garçon était-il entré dans ce passage secret ? L'atmosphère glaciale semblait se corrompre avec la chaleur du soleil en dehors de ses murs. C'était comme si les deux individus étaient prisonniers d'une illusion parfaite, coupés du monde réel.

              Une ambiance sordide régnait entre la peur ressentie par la jeune fille et l'incompréhension que celle-ci procurait sur le garçon. Ne sachant trop comment s'y prendre, après avoir libéré l'inconnu de ses chaînes, Yuki la relâcha, la laissant ainsi se confiner, agenouillé au coin du mur le plus proche.

              Le jeune homme redressé, ne pouvait se résoudre à quitter des yeux la fille qui était encore une étrangère pour lui. Ses paupières légèrement plissées dans cette obscurité, se mirent à doucement s'écarquiller face à la scène. Pour ainsi se libérer de ses tourments, la jeune fille devait vraiment être mal en point. Le jeune homme se souvint alors de la sensation de ses mains sur la peau pâle de l'inconnue, elle tremblait avec une force incroyable.

              Se détournant et lui laissant de l'espace, une main chaleureuse malgré le froid mortel, vint se poser sur les cheveux argentés du garçon. Des pupilles dorés se mirent une nouvelles fois à parcourir les horizons lorsqu'elles furent attirés par le bruit pourtant habituellement muet des pattes de centaines d'araignées. Elles se mirent à grimper le long du mur qui se trouvait en face de lui.

               Le jeune héritier d'un sang purement japonais, avait appris à vénérer la faune et la flore. Loin d'éprouver une quelconque peur, Yuki ressentait un certain respect pour toutes sortes de créatures imaginables. Leur faisant face la tête haute, il analysa premièrement leur comportement avant de s’apercevoir qu'avec leurs corps, elles formaient des caractères japonais. Un kanji parfaitement dessiné sur le mur.

               Les mots que le jeune homme parvint à comprendre, désignaient la jeune fille. Il fit lumière sur le mystérieux mutisme qu'elle exerçait, celui-ci parvenant enfin à se justifier. Tandis qu'il s’apprêtait à tourner la tête vers la jeune inconnue, il fut stoppé dans son élan en entendant les araignée se mouvoir une nouvelle fois pour former de nouveaux kanji. Le message qu'elles firent passer cette fois surprit Yuki.

                Il comprit qu'en réalité, même s'il ne l'avait pas souhaité, il était la source même du tourment et du malaise de la jeune fille. Inclinant sa tête en avant et les yeux clôt, il remercia les araignée de l'avoir éclairé sur la situation. Se tournant cette fois-ci vers la jeune inconnue, il ne put s'empêcher de ressentir une forte tristesse mélangé à la soudaine culpabilité qui se mit à le ronger. Ses yeux se posèrent sur les rats semblant former une barrière protectrice autour d'elle. Un air grimaçant et une envie irrésistible de trouver une solution à ce problème, il fut sortit de ses pensées lorsqu'une voix d'enfant se fit entendre, résonnant contre les murs de pierres.

                Saisissant la situation actuelle, le manipulateur du vent devina que ce qui se déroulait sous ses yeux, était là, une nouvelle manifestation du pouvoir de la jeune fille, qui se désignait elle-même comme étant « Sisi ». Également conscient du fait qu'il devait partir pour espérer voir l'état de l'inconnue s'améliorer, sans un mot, le garçon se matérialisa, abandonnant son enveloppe corporelle pour ne faire plus qu'un avec l'air.

                 Une existence devenue invisible aux yeux de tout êtres vivants, il espérait ainsi faire s'estomper la peur de l'étrangère qu'il voulait aider. Comme étant dans une toute autre dimension, sa voix se modifia pour ne ressembler à aucune autre. Une voix dont la sonorité rendait difficile la perception d'un quelconque sexe.

    « Ma présence te déstabilise et je m'en excuse, c'est pour cela que j'ai décidé de prendre cette forme indissociable en espérant que cela puisse t'aider. »

                   Volant dans l'obscurité de la pièce glaciale, l'être matérialisé s'éloigna doucement tout en continuant de parler.

     « Maintenant que tu es libre, tu devrais vite sortir d'ici, avant d'être totalement frigorifié et également soigner tes blessures. »






Dernière édition par Yuki Norezawa le Jeu 21 Juil - 14:33, édité 1 fois
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Syria

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MessageSujet: Re: Danse avec l'espoir (Privé)   Mar 12 Jan - 18:40


Danse avec l'espoir

ou quand le diamant

et le vent

se rencontrent




Syria et Yuki Norezawa



En ces souterrains lugubres, aucune once de soleil ne pourrait y entrer. Le froid glacial se déchaîne dans l’atmosphère sans aucun états d'âmes. Totalement hors du monde, cet endroit maudit a de quoi procurer des lignes d'imagination aux auteurs de romans d'horreur. Mystérieuses et morbides, les catacombes exercent fascination et répulsion à la fois. Les araignées et autres créatures dont les yeux apprécient la noirceur des ténèbres les peuplent en même temps que la poussière du temps venant s'écraser sur les murs et le sol dans un silence terrifiant.

Dans une cellule à la porte rouillée, une fine silhouette est assise dans un spectacle de cauchemar. Ses doigts sont immobilisés par une lourde corde tandis que ses poignets sont comme encastrés à même la pierre de par la force des fers. Une ceinture reliée au mur par un filin étrangle son cou au moindre mouvement alors qu'un large bandeau couvre ses yeux.

Le temps s'écoule à la manière d'un sablier sans fin sans qu'aucun mouvement ne se dessine chez la mystérieuse prisonnière. Si ses longs cheveux de neige laissent planer diverses questions sur son physique, sa poitrine généreuse se dessinant sous le fin tissu de sa robe ne ment pas quant à son genre. Il s'agit bien d'une demoiselle, certainement jeune au vu de sa taille moyenne et de son visage aux traits enfantins.

Une seconde ombre pénètre lentement à l'intérieur de la prison et l'atmosphère parait basculer dans l'incompréhension la plus extrême.  L'instinct de la petite fille lui susurre qu'un être qu'elle qualifie habituellement de cauchemar vient s'arrêter devant elle. Sa respiration se perd dans les animes de la panique la plus silencieuse qui soit tandis qu'une danse infernale vient prendre possession de son cœur.  

L'inconnu s'approche lentement dans un flagrant désir de libérer la fillette de ses tourments sans même avoir conscience qu'il est lui-même la cause de ses étranges réactions. Le corps de l'enfant se laisse mouvoir par l'appel strident de la terreur.

Les chaînes s'agitent avec diablerie sous l'effet de la jeune demoiselle aux cheveux de neige se débattant avec l'énergie du désespoir. En fait, il s'agit littéralement de son dernier espoir, sans doute imprégné de folie et de panique, chacun de ses mouvements l'étranglant atrocement de par la présence de la ceinture attachée à son cou et reliée au mur.

La poussière du sol et des murs s'envole avec lenteur sous l'effet de ses gestes désordonnés. Les pierres rêches semblent vouloir s'effriter à tout moment, les sombres cavités sont les parfaites habitations des centaines d'insectes ayant choisi de vivre dans le royaume des ténèbres. Le froid glacial s'échappe de partout, aucun air chaud ne pouvant pénétrer à l'intérieur de ces lieux macabres où une terrifiante créature aurait élu domicile.  

Ses jambes nues s'écorchent sur le sol rocailleux et ensablé tandis que la fillette continue de bouger comme possédée. Les tremblements dansent en permanence avec son corps frêle aux formes pourtant généreuses alors que les larmes coulent sur son visage d'enfant à la peau de pêche. Son cœur manque de lui arracher la poitrine à chaque battement tant il est entraîné par un rythme des plus démoniaques. Sa respiration silencieuse suit les indications du metteur en scène que représente la peur à l'état pur. Plus rapide, elle exprime la panique sans concessions et son jeu est d'autant plus admirable que tout est exécuté dans un silence absolu.

Enfin, le poids de sa délivrance résonne doucement grâce au son des fers tombant sur le sol avec délicatesse avant que sa vue ne lui soit rendue en retirant l'épaisse bande de tissu lui couvrant les yeux. Pour autant, la fillette demeure pupilles closes et des plus silencieuse.

Agenouillée dans un coin du mur, elle est dos à l'étranger et son corps se plie sous l'effet d'une torture interne. Une violente nausée franchit le seuil de ses délicates lèvres pour se répandre sur le sol en un son largement reconnaissable. Le froid lui aurait-il fait contracté une légère maladie ou l'explication est-elle bien plus effrayante encore ?

Un bruit répété de légers pas se fait entendre dans la cellule avant qu'une énorme masse noire ne se peigne sur le mur derrière la demoiselle. Grouillante et bougeant, seuls les yeux proches peuvent distinguer sa composition dans un dessin d'horreur. Une centaine d'araignées aux corps velus de ténèbres joue les équilibristes sur les pierres rêches avec une habileté naturelle. Se mouvant avec une intelligence inouï, des formes reconnaissables se peignent peu à peu en des kanji japonais. L'écriture du pays du soleil levant se matérialise en une trois dimensions inédite g grâce à l'aide de ces créatures que les arachnophobes abhorrent par dessus tout.

Trois mots suffissent à décrypter la situation pour l'esprit tournant à vives allures du jeune inconnu. Le premier désigne la fillette aux cheveux de neige, encore tourmentée par son malaise physique tandis que le second explique son silence obstiné. Aucun remerciement n'a été prononcé ni même montré physiquement et pour cause : l'enfant est atteinte de mutisme. Incapable de proférer le moindre son, elle vit enfermée dans le monde du silence et seuls les artifices lui permettent de communiquer avec l'extérieur si vraiment elle en éprouvait la nécessité.

Le troisième signe de la langue japonaise éclaire enfin les réactions de panique de la demoiselle à la chevelure immaculée. Une effroyable phobie court en son cœur, lui empoisonnant toutes relations sociales. Terrifiée par la gente masculine, elle est incapable de se contrôler et se laisse entraîner dans des réactions que certains pourraient juger disproportionnées.

Enfin remise de sa nausée, elle se tourne lentement vers le jeune homme, les yeux toujours fermés et restant assise sur le sol glacial. Ses doigts s'élèvent lentement devant son visage avant de s'agiter en une danse gracieuse. Une voix enfantine résonne dans les pensées du garçon sans que celui ci ne puisse empêcher cette intrusion.

L'utilisation de la troisième personne du singulier sous le patronyme de "Sisi" est ce qu'il ressort le plus du discours haché de fautes de prononciation et de syntaxe de la demoiselle comme incapable de percevoir sa propre identité autrement que par son surnom. L'enfant remercie maladroitement le garçon avant de lui conseiller de la fuir, considérant son regard comme étant une terrible source de malédiction.  Elle ne sait que trop bien qu'ils sont porteurs de malheurs. Tous ceux l'ayant croisé en portent l'amère expérience, parfois éternelle.

Elle sursaute légèrement lorsque son instinct lui souffle qu'un étrange phénomène vient de se produire. Le soudain réchauffement de l'air lui confirme cette impression.  Dissimulant ses yeux derrière ses mains, elle entrouvre légèrement les doigts pour observer discrètement la scène sans avoir à révéler ses pupilles destructrices.

Le jeune homme a disparu de son champ de vision. Enfin, pas tout à fait puisqu'elle perçoit encore son aura mais il s'est porté dans l'invisible, entrainé  par une magie dont elle ignore la puissance. Un frisson la traverse, indétectable parmi ses nombreux tremblements. Ne pas voir l'être qui la terrorise tant est limite pire que de supporter son image. Qu'est qu'il pourrait lui faire ? Et si...

- Ma présence te déstabilise et je m'en excuse, c'est pour cela que j'ai décidé de prendre cette forme indissociable en espérant que cela puisse t'aider. Maintenant que tu es libre, tu devrais vite sortir d'ici, avant d'être totalement frigorifiée et également soigner tes blessures.


Une voix comme sortie d'outre tombe résonne dans la cellule et instinctivement, la fillette sursaute avant de comprendre qu'il s'agit de celle de l'étranger venu la délivrer. Les mots aux sonorités mystérieuses parviennent par brides à son esprit, chacun mot subissant une transformation en sa langue maternelle. Le langage employé par le jeune homme lui est totalement inconnu et face à son infirmité, elle se voit contrainte d'user d'artifices. Les rouages de ses pensées se mettent à tourner à une vitesse affolante, chacun d'eux proposant une solution.

L'ombre de sa phobie lui susurre qu'elle devrait fuir sans aucune forme de procès tandis que l'éducation prodiguée par sa marraine lui assène que le garçon mérite au moins des compliments. Dans le fond, la plus terrible de ces guerrières internes se contente de lui sourire narquoisement, ses lèvres articulant silencieusement le mot "promesse". Les souvenirs lui reviennent en mémoire à la vitesse du son.

Ce jour là, celui de son arrivée en ce lieu énigmatique, elle a dû prononcer à l'aide de ses doigts un serment inviolable comme quoi si quelqu'un tente d'établir un contact, elle se doit de faire un effort de sociabilité et ne pourra fuir qu'en cas de trop grande panique impossible à gérer. Ce contrat oral est d'autant plus indestructible qu'elle l'a établi devant deux monstrueuses puissances en les personnes du directeur de l'école et de sa protectrice, tous deux étant des magiciens et combattants de talents infinis.

Mais après des heures de séquestration, n'a t-elle pas droit à un peu de repos ? Surtout que ses bourreaux étaient tous des représentants de la race masculine et qu'ils l'ont laissée à la merci du destin sans aucun remords.

Se levant lentement malgré ses tremblements, elle réussit à se mettre debout sur ses jambes fines. Retirant ses mains de son visage, elle laisse ses yeux se refermer vivement afin que l'adolescent n'ait jamais à croiser son regard maudit. Ses doigts fins s'agitent dans une danse gracieuse et élégante afin que ses signes dansent dans l'atmosphère et y dessinent ses mots.

- Sisi va pawti...Sisi veut pas nachon né voit zyeux maulits n'a Sisi...Mama Masha n'a lit n'a Sisi de liwe méchi si zentil...N'alow Sisui né lit Méchi n'au nachon...pour liliwé Sisi n'y vouloi nélé...
(Sisi va partir...Sisi ne veut pas que le garçon voit les yeux maudits à Sisi...Mama Masha a dit à Sisi de dire merci en cas de gentillesse alors Sisi dit merci au garçon...pour avoir délivré Sisi et vouloir l'aider...)

Sa politesse et son éducation l'emportant l'espace d'un instant, elle s'incline doucement devant le jeune homme pour le remercier de son présent bien qu'elle le refuse. Une minuscule lueur brille alors sur son tatouage de croix rouge dessiné sur son bras gauche. La peinture d'une étrange rose noire apparait alors sur sa peau dans des formes parfaites, chaque pétale représenté avec magnificence.

Aussi banal et sans importance puisse avoir ce dessin pour les êtres normaux, il n'est que trop connu de tous les initiés. Le symbole de la plus grande tueuse que l'univers n'ait jamais connu, l'emblème de la plus belle femme de tous les mondes, reconnu par tous ses pairs experts de l'assassinat et tous les êtres doués d'une quelconque magie, aucun d'entre eux ne peut l'ignorer même sans avoir aperçu le visage de cette chasseuse insaisissable.

Ses victimes, le plus souvent des politiques corrompus, des tyrans et autres êtres portés sur la violence, portent à chaque fois le tatouage d'une  discrète rose noire. Le plus souvent, elles sont parties dans l'autre monde par la peur la plus pure qu'un arrêt cardiaque aura achevé mais les plus macabres ont été littéralement torturés et déchiquetés sans remords.

Nombreux sont les initiés ayant tenté de l'arrêter, les trop rares survivants ont tout juste eu le temps de déclamer sa beauté extraordinaire dans un murmure avant de sombrer dans la folie. Une tueuse aussi belle que puissante dont la réputation n'est plus à faire. L'un de ses adversaires a tout juste eu le temps de révéler une effroyable information avant de rendre l'âme dans les bras d'un initié ayant voulu le sauver. Depuis, cette vérité passe dans tous les milieux liés et déclenche des frissons d'horreurs. Si la mystérieuse jeune femme est aussi douée, c'est qu'elle a de qui tenir. Elle serait la fille ainée du Diable, cette créature mystique personnification du mal à l'état pur.

Si la scène n'a duré qu'une ou deux secondes, nul doute que le regard affuté du jeune homme a aperçu ce symbole que trop connu. Bien qu'ils soit invisible, l'instinct de la petite fille lui confirme cette impression. La fillette tente de dissimuler de façon dérisoire son tatouage mais il est trop tard. Très vite, la rose noire laisse place à la croix rougeâtre originelle ô combien significatif dans son monde natal. Ce signe est le pire des déshonneurs dans sa communauté et elle devra le porter à vie.

Si jamais l'adolescent a vu ce symbole alors elle ne peut que fuir, ne pouvant se permettre de rester alors qu'elle est maudite au point que sa peau soit marquée de façon magique par le terrifiant blason démoniaque. Si elle abhorre les hommes, elle ne peut nier que celui ci l'a sauvée et que par ce fait, il ne mérite pas d'être touché par l'horreur vivant en elle.

Tendant doucement les doigts en direction des rongeurs et araignées, ceux ci sortent de leur possible rêverie et s'activent alors que le bout des ongles de la demoiselle s'illumine d'une tendre lumière. Leurs petites pattes attrapent les quelques crayons, feuilles et pinceaux éparpillés sur le sol avant que les rats ne les amènent vers le sac à dos que des centaines d'araignées soulèvent afin que tout le matériel d'artiste soit rangé.

Si la fillette est hantée par son passée et manque infiniment de confiance en elle, il n'empêche qu'elle fait preuve d'un certain intellect et d'une belle puissance. Se sachant non loin du jeune homme et voulant récupérer ses affaires sans avoir à ouvrir les yeux, elle préfère solliciter l'aide de ses amis les animaux qui le lui apportent avec mille bienveillances.

Les rouages de ses pensées lui indiquent qu'elle doit partir. Elle s'incline respectueusement devant le garçon afin de le remercier silencieusement de son aide mais les tressautements de ses bras et jambes ne mentent pas : elle est toujours habitée par la plus vive peur.

Levant doucement son corps secoué de tremblements, son sac dans une main, la demoiselle exécute quelques pas avec lenteur, un bras tendu devant elle afin de tenter de repérer au mieux les obstacles, se refusant toujours d'ouvrir les yeux malgré le danger.

Forcément, le prévisible arrive sans réelles surprises. Sans percevoir ses pieds, la petite fille bute contre un quelconque gros caillou et tombe violemment sur le sol rêche à l'extérieur de la cellule. Touché par l'humidité et le long passage du temps, le plancher fragile cède soudainement et un immense trou se forme sous les jambes de l'enfant avant de l'entraîner vers les profondeurs.

Heureusement pour elle, le gouffre n'est pas profond et ne suffira pas à l'entrainer vers la mort mais est suffisamment puissant pour blesser sérieusement une corpulence aussi frêle que la sienne. Haut d'à peine six mètres, la terre et les pierres y sont assez malléables pour permettre l'escalade ou la descente sans danger.

Son sac ne peut  la protéger et les pierres coupantes glissent avec cruauté sur sa peau mate. Le sang suinte des écorchures se dessinant sur ses jambes, ses mains et son visage. Sa tête se pare en plus d'une belle bosse , s'étant cognée la première et quelques hématomes complètent le tout sur divers endroits de son épiderme. Le fin tissu de sa robe s'est déchiré dans sa chute, révélant de douces parcelles de sa peau mi mate mi pêche à la perfection absolue à l'exception de l'hémoglobine s'écoulant lentement de ses coupures.

Tombés sans pouvoir esquisser un mouvement,  ses genoux forment un dessin des plus inquiétant, ensanglantés et surtout incapables de bouger. L'œil expert d'un médecin décrètera que ses rotules se sont violemment déplacées sous l'effet de la chute et que cette luxation vers l'extérieur nécessite des soins que la petite fille ne peut se prodiguer elle-même. Ce genre de blessures peut sans doute se remettre par la simple manipulation de la personne  à la condition que celle ci soit coutumière de ce type d'accidents mais comment une enfant aussi jeune pourrait-elle connaître cette opération ?

Une souffrance insoutenable traverse ses muscles et elle ouvre la bouche dans un hurlement silencieux, cette fois ci touchée non pas par es souvenirs douloureux mais bel et bien par une torture physique. Ses sens surnaturels manquent à l'appel, eux-mêmes brûlés par cette agonie infinie. Celle-ci se personnifie presque, s'incarnant à travers l'enfant pour la plonger dans des tourments sans fins.

À la fois souffrant de ses blessures, apeurée par la situation sans oublier son stress d'avoir été prisonnière durant de longues heures et de se retrouver en compagnie d'un garçon,  la fillette laisse échapper de larmes aussi pures que du cristal à travers ses pupilles closes. Les sanglots silencieux s'écoulent sur ses joues écorchées tandis que des hoquets traversent son corps de temps à autre sans oublier ses incessants tremblements. Malgré ses formes féminines et généreuses, elle reste une enfant en proie à la panique et à des affres physiques.

Sa mésaventure tend à prouver qu'elle devra sans aucun doute se forcer à ouvrir les yeux, malgré sa peur et sa répugnance, afin d'éviter un autre incident douloureux du même genre. Ses mains écorchées se frottent sur ses paupières, y laissant quelques traces de sang tandis que les seuls sons émanant d'elle proviennent de ses hoquets déclenchés par ses sanglots. En son esprit, seule sa phobie a encore la force de subsister pour lui chuchoter que son cauchemar n'est pas loin de là et qu'il peut avoir tout le loisir de venir la torturer, volontairement ou pas. Peu importe, elle doit absolument s'enfuir.

Une volonté hors du commun mêlée à sa peur intense souffle sur ses jambes et dans un exploit extraordinaire réussissent à se relever l'espace d'une seconde avant que son corps ne retombe brutalement sur le sol, ses genoux incapables de la soutenir dans une telle épreuve. Une douleur insoutenable la traverse à la manière d'une décharge électrique et un nouveau hurlement silencieux s'échappe de ses lèvres.

La torture la brûle à l'intérieur, chaque fibre de son être semblant être touchée par ce feu invisible. Un terrible supplice impossible à décrire vibre dans ses jambes. Elle a l'impression que ses articulations et ses tendons sont poignardés par mille couteaux avant d'être plongés dans l'acide et finalement se désintégrer dans la lave d'un volcan.

Son calvaire est tel que son visage se couvre d'une légère sueur et que son esprit n'ait plus la force de la soutenir. Souffrant le martyr, son corps ne tient plus et préfère sombrer dans l'inconscience en espérant se soulager. Ses yeux brièvement ouverts dans sa chute se ferment pour la porter vers le malaise le plus pur. Évanouie, la petite fille ressemble à une poupée désarticulée aux longs cheveux de neige.

Le contenu de son sac s'est éparpillé sur le sol, révélant non seulement son matériel de dessin mais étrangement, quelques objets de premier secours avec des pansements, du coton et de l'alcool désinfectant. Pour autant, la petite ne les attrape pas, toujours en pleurs, et ne semblant pas comprendre leur utilisation. Il faut croire que quelqu'un d'attentionné a réussi à glisser cette petite trousse sans qu'elle ne le sache puisque le tout était dissimulé au fin fond du sac.

Est-il possible de convaincre une petite fille terrorisée qu'elle peut montrer son regard afin de se diriger plus facilement alors que cette seule idée semble l'effrayer de plus belle ? Que peuvent dissimuler ses iris pour qu'elle s'acharne à les garder fermés ?

Une rencontre hors du commun dans de sombres catacombes, rarement le destin n'aura été aussi joueur. Pourtant, malgré sa méchanceté apparente, il désire par dessus tout aider l'enfant à la chevelure de neige, quitte à la forcer à demeurer en compagnie d'un représentant de sa phobie. Après lui avoir procuré tant de souffrances, peut-être se rattrape t-il à sa façon ?
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MessageSujet: Re: Danse avec l'espoir (Privé)   Jeu 21 Juil - 18:06

PV : Syria
« Danse avec l'espoir. »


Dans cette allée, l’air était glacial. Un long couloir lugubre qui semblait ne jamais se terminer. Une atmosphère inquiétante, une histoire imprégnée dans ces murs ainsi que sur ce sol autrefois foulé aux pieds par des prisonniers. En direction de l’entrée du passage secret, le jeune homme invisible dans l’espace, marchait à petits pas, espérant que la jeune fille ne le suive de très loin.

Soudain, les pensées se bousculèrent dans l’esprit du garçon. Une situation bien trop intrigante était en marche et cette jeune fille y apportait sa part de mystérieuse. Alors qu’il essayait de comprendre au mieux, un minimum, tout ce qui venait de se passer et d’y apporter un quelconque raisonnement, il stoppa toute réflexion avant de lui-même, s’arrêter à son tour. Abandonnant cette soif de compréhension interne, il la laissa s’extérioriser dans une douce stupeur comme s’il venait de se rappeler de quelque chose d’important.

« Ce tatouage sur son épaule, le symbole de la rose noire… Un signe infâmant cruel. Mais qui est-elle exactement ? »

Le son pourtant moindre de sa voix, résonna contre les parois rocheuses des murs. Une interrogation brève destinée à lui-même qui s’interrompît brusquement par le bruit d’un affaissement ressenti sur le sol. Ses innombrables questions misent de côté, il rebroussa chemin dans un élan irréfléchi, laissant sans s’en rendre compte, son corps s’abolir de son invisibilité.

La seule pensée qui lui parcourut l’esprit et le faisait se mouvoir à ce moment précis fût de savoir si la fille qui le suivait encore il y à peu de temps, ne s’était pas laissé surprendre dans cette écroulement. Cependant, ne la trouvant pas sur son chemin, il se mit à penser au pire scénario.

Arrivé, il découvrit un large gouffre d’une profondeur d’approximativement 6 mètres. Les quelques gouttes de sueur qui coulèrent discrètement de son front et ses yeux ébahis, témoignaient un sentiment de peur de retrouver la jeune fille sans vie.

 Se rappelant de ses paroles, des mots qu’elle avait gracieusement dessiné dans l’atmosphère, Yuki se souvint de ce surnom qu’elle avait utilisé pour se désigner ; Sisi. Ayant été averti de sa réticence envers la gente masculine et témoin de sa réaction, le jeune homme se tortura l’esprit pour espérer trouver un moyen de calmement la sauver.

« …… Sisi ! Ecoute moi s’il-te-plaît, je devine à quel point ma présence doit te terrifier mais je vais t’aider à sortir de ce trou, ne bouge pas. »

S’accroupissant, le haut du corps posté juste au dessus du gouffre, Yuki leva délicatement ses bras. Un manteau de vent, aussi épais que léger, se forma au bout de ses doigts. La brise se divisa une fois le corps de la jeune fille touché. En dessous de ses bras, sous ses jambes pour la soutenir et y exercer une légère prise pour ne pas la faire bouger, le pouvoir du garçon commença à la soulever.
 
Le corps inerte de la jeune fille et les multiples blessures qu’elle avait enduré étaient visible une fois son enveloppe remontée à la surface. Inconsciente, le jeune garçon la prit délicatement dans ses bras et se releva par la suite.

Il s’empressa de quitter une bonne fois pour toute le passage secret pour atteindre l’infirmerie où il y déposa la dite Sisi. Expliquant en majeur partie, ce qu’il s’était passé à l’infirmière, Yuki lança un regard mélangé entre tristesse et colère vers le lit où était allongée l’innocente victime de ces atrocités.
 

 

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Syria

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MessageSujet: Re: Danse avec l'espoir (Privé)   Jeu 21 Juil - 20:00


Danse avec l'espoir

ou quand le diamant

et le vent

se rencontrent




Syria et Yuki Norezawa



Un froid glacial s'immisce dans tous les recoins des murs aux pierres rêches tandis que l'obscurité s'en complait, s'étalant de toute sa lugubre noirceur dans la moindre fibre des lieux de cauchemar. Les yeux clos ne peuvent percevoir les ténèbres dans lesquelles sont plongées avec délectation les catacombes. En revanche, ses autre sens s'activent avec magnificence pour lui permettre de combler son absence volontaire de vision. Son ouïe lui renvoie les propos d'excuses de celui l'ayant délivré de ses chaînes.

Grâce à ses compagnes arachnides, il a très bien compris que la demoiselle à la chevelure immaculée souffre de phobie à l'égard de la gente masculine. Prévenant et attentionné, il se porte disparu, son corps se glissant dans l'invisible avec une facilité déconcertante. Les couinements terrorisés des rongeurs résonne à ses oreilles et elle hoche la tête devant leurs explication qu'elle seule est capable de comprendre.

Leur intelligence mise à l'œuvre, ils attrapent délicatement entre leurs pattes les affaires éparpillées de la fillette pour les remettre comme ils le peuvent dans son sac à dos. Le lui redonnant avec dévotion, certains sont plus chanceux car entre leurs pattes étincelle un pendentif en forme d'étoile dorée que sa jeune propriétaire s'empresse de rattacher autour de son cou.  

Bien que sa terreur ne cesse de lui siffler la fuite, arguant la présence d'un être qu'elle qualifie de cauchemardesque, sa politesse et sa bonne éducation la combattent avec fougue, l'obligeant à rendre les armes après de longues minutes de combat. Joignant ses mains, la petite fille s'incline légèrement dans un geste de remerciement pour lui prouver sa reconnaissance, aussi mince soit-elle, de l'avoir délivrée.

Sur son cou, une étrange rose noire, pourtant invisible auparavant, brille avec malveillance tandis qu'à son bras, le tatouage d'une croix rougeâtre exécute le même manège. Sursautant violemment, la panique gagne du terrain sur l'âme de la dénommée Sisi et une peur insondable s'empare d'elle.

Elle ne sait que trop combien sa réputation dépasse les frontières, son nom terrible n'osant franchir les lèvres cousues par la peur. Mille surnoms pour la définir et aucun mensonge dans ce ruban infini. Aussi belle que puissante, elle sème terreur et sang sur son passage. Tous ceux ayant eu le malheur de croiser son chemin ne sont plus là pour en témoigner, certains partis définitivement tandis que les autres ont sombré dans la folie. Les trop rares survivants sont au bord de la démence, hantés par les souvenirs et la phobie, effrayés à l'idée de sortir. Malheureux aux audacieux ayant osé tenter de la séduire , ils l'ont payés de leur vie ou de leur raison, les mieux lotis vivant un chagrin amoureux éternel, jamais plus une telle beauté ne leur tombera sous les yeux.

Apeurée à l'idée que l'étranger ne devienne un énième nom sur la liste noire, la fillette précipite son départ en occultant toute prudence tout en tombant dans l'exagération. Se refusant d'ouvrir les yeux même pour trouver son chemin, chaque pas est chancelant sur le sol de sable et de roche.  La confusion habite en ses pieds pour lui tracer un chemin hésitant, en zigzag et porté sur le danger.
Les ténèbres semblent presque se rire d'elle en resserrant leurs ombres effroyables sur son petit corps à moitié dénudé.  Se dissimulant dans l'obscurité, rongeurs et araignées surveillent attentivement sa lente progression en restant impuissants, ne pouvant la guider réellement. Ils en seraient capables si seulement elle osait ouvrir les yeux mais ils savent combien ce simple geste est impossible pour elle, persuadée que son regard est une malédiction.

-Ce tatouage sur son épaule, le symbole de la rose noire… Un signe infamant cruel. Mais qui est-elle exactement ?

Les quelques mots prononcés dans un murmure ont le malheur de se cogner violemment contre les murs rocheux à la manière d'un écho malveillant.  Privée de sa vue mais certainement pas de son ouïe, l'enfant tourne soudainement la tête en direction de l'invisible. Si elle se rend volontairement aveugle, elle semble être capable de repérer la présence pourtant immatérielle du garçon. Les propos éclatant en son esprit apeuré : il possède les connaissances concernant le symbole de la rose noire ! Une peur panique lui hurle de sortir d'ici avant qu'ELLE n'intervienne au risque d'éveiller ses instinct de guerrière .

Les gravas s'amoncellent sous ses pas, fragilisés par le passager du temps sur des constructions bancales.  Du haut de son perchoir gigantesque, le destin lance les dés dans un éclat de rire mauvais au grand désespoir de la joie qui a encore perdue dans ce jeu truqué.  Les blessures et la douleur se préparent à bondir, excitées à l'idée de dévorer le corps frêle de l'amie de la faune.

Le pas de trop et tout bascule. Un creux vieillissant cède sous la fatigue de siècles de bonne tenue. La surface tremble durant une seconde avant de s'affaisser brutalement. Un gouffre profond se vide sous ses pieds pour l'entrainer dans les abysses dans un hurlement de terreur silencieux, ses lèvres s'ouvrant sur le néant de son mutisme.  Les rochers accueillent délicieusement sa peau, se délectant des légers sons de son corps se cognant violemment sur le leur.

Environ six mètres plus bas, le sol lui offre un terrain d'atterrissage des plus douloureux en dépit des grains de sable, la roche s'y étant mêlé la touchant avec mille bonheur sadiques. Le bruit d'un craquement sinistre termine ce ballet d'horreur avant  que le silence ne retombe dans une ambiance digne des plus grands maîtres du thriller.

Des monceaux de sang s'éparpillent à divers endroits de sa peau mate en passant de son visage à ses bras et mains avant de descendre aux alentours de son ventre et enfin de ses jambes nues. Quelques tâches d'hémoglobine s'installent narquoisement dans ses cheveux de neige comme pour espérer en souiller la pureté. Des hématomes bleuâtres se dessinent à travers l'hémoglobine tandis que plusieurs bosses s'installent sur son front.  Si ces symptômes sont déjà pénibles en soi dans le monde de la souffrance, l'imagination ne suffira jamais pour décrire la torture ressentie par l'état de ses genoux. Disloqués, déformés , tordues et ravagés, ils sont incapables de se remettre en place.

Ayant l'impression de les avoir plongé dans un bain d'acide suivie de la violence de mille poignards déchirant ses muscles et broyant ses os, la torture est insoutenable pour n'importe quel être humain alors une enfant n'en n'aura jamais la force.  Les larmes silencieuses courent sur ses joues meurtries, ses sanglots salés se mélangeant avec ses blessures ensanglantées, cumulant encore plus d'intolérable.

Pourtant, portée par la force d'un miracle ou de sa phobie, l'enfant réussit à se lever durant une seconde avant que ses jambes ne cèdent dans un hurlement silencieux. À deux doigts de plonger dans la démence de par la souffrance, la petite lutte encore un instant avant que sa raison ne tente de l'entraîner dans les abysses de l'inconscience.

-  …… Sisi ! Ecoute moi s’il-te-plaît, je devine à quel point ma présence doit te terrifier mais je vais t’aider à sortir de ce trou, ne bouge pas.


Les mots glissent dans l'esprit de l'enfant sans qu'elle ne puisse en saisir le sens réel. L'un de ses bras se lève lentement en tremblant avant de retomber violemment sur le sol rêche, devenu trop lourd à porter pour sa propriétaire. Ses yeux se ferment pour laisser son corps et son âme plonger dans le gouffre de la perte de conscience.

Endormie et sans aucune réaction de vie, elle ne peut percevoir la douce brise s'enroulant dans son dos avant de se baigner sur ses bras et ses jambes. Aussi délicatement qu'une poupée, elle est soulevée dans l'atmosphère avant d'atterrir entre les bras protecteurs du jeune homme. Ses pas se précipitent sur la sortie que son instinct lui indique sans aucune réelle logique. Franchissant de quelques bonds les innombrables escaliers, il réussit à retrouver miraculeusement le mécanisme d'ouverte du passage secret. À peine celui-ci est-il entrouvert qu'il file telle une étoile à travers la bibliothèque. La professionnelle des lieux a tout juste le temps de l'apostropher avec hargne qu'il a déjà franchi la porte.

L'infirmière en chef et ses comparses fées sursautent violemment lorsque l'adolescent pénètre brutalement dans la pièce médical en portant une fillette évanouie. Tandis qu'il débite son récit à la maitresse du petit hôpital, les êtres minuscules aux ailes scintillantes s'activent autour de la blessée. Allongée sur un lit entouré de quelques rideaux pour protéger son intimité du reste de la pièce, elle ne peut opposer aucune résistance aux soins lui étant administrés.

Une belle lueur baigne autour de la petite fille et vient la soulever à quelques centimètres du sol sans qu'elle n'en attrape la conscience, toujours plongée dans son sommeil réparateur et effaceur de tortures.  Deux légers sons de craquements résonnent dans l'infirmerie avant que dans un réflexe subconscient, la bouche de l'enfant s'ouvre pour laisser s'échapper un filet d'air bienfaiteur. Le doux nuage invisible la porte délicatement tandis que l'infirmière s'affaire manuellement à lui remettre les rotules en place. Un duo de bruits sinistres frappe une nouvelle fois l'atmosphère avant de s'éteindre.

Les genoux enfin remis dans un squelette parfait, la demoiselle est reposée sur le lit avec une infinie précaution. Les minutes s'écoulent dans un silence assourdissant que seules les petites ailes des fées soignantes osent interrompre.

Les paupières lourdes semblent s'alléger et avec une infinie douceur, elles papillonnent lentement. S'ouvrant sans se presser, la vive lueur de l'ampoule artificielle arrache un cri silencieux à l'enfant qui a tout juste la force de se protéger le visage avec l'un de ses bras.

La tête embrigadée dans le vertige, elle ferme de nouveau les yeux sans avoir laisser le temps à quiconque d'apercevoir ses iris. Ses petites mains soutiennent difficilement ses tempes et elle reste quelques secondes dans cette étrange position pour laisser ses nausées s'effilocher avant de disparaître.

Couvrant son visage de ses mains, elle entrouvre très légèrement les doigts pour observer la scène sans avoir à montrer son regard maudit. Des murs blancs, de petits lits, divers matériels médicaux et de minuscules créatures volantes, son esprit en devine suffisamment pour lui souffler qu'elle s'est désormais à l'infirmerie. Tournant légèrement la tête, elle peut percevoir le jeune homme et sait instantanément qu'il est l'unique solution à son problème de logique : comment a t-elle pu se retrouver dans un endroit pareil tout en étant inconsciente ?

Sa peur mauvaise et sadique s'immisce en ses pensées pour éclater d'un rire narquois, révélant ses crocs brillants de malveillance. Si son corps a été incapable de répondre au moindre commandement mental alors ce fait ne peut signifier qu'une chose : il a osé la porter jusqu'au ici. Par pur réflexe, un violent haut-le-cœur traverse sa gorge pour s'arrêter à la frontière de ses lèvres qu'elle retient de justesse. De terribles tremblements parcourent son corps et lorsqu'elle sent le mouvement d'air de l'infirmière venue identifier une possible fièvre au vu de ses symptômes, elle la repousse brutalement de ses petits bras sans jamais offrir ses pupilles en spectacle. Les petites fées tentent leur chance mais sans plus de succès, ne pouvant approcher l'enfant sans subir des mécanismes de défense des plus perturbants. Inspirant et expirant rapidement, sa respiration semblant être prisonnière d'une danse infernale, elle occupe quelques minutes à tenter de se calmer et à réfréner le rythme intensif de son cœur.

Lentement, ses doigts s'élèvent et s'accordent dans un ballet gracieux, chacun d'entre eux peignant un signe seulement compréhensible pour elle tandis qu'une voix artificielle aux sonorités imparfaites ne percute l'air dans une tonalité enfantine alors que ses lèvres sont aussi obstinément fermées que ses yeux.

-Sisi nevine...Nachon n'a chauvé Sisi...Sisi n'aime pas zommes...mais né loi liwe méchi...Sisi né wemewchie nachon...
(Sisi devine que le garçon a sauvé Sisi...Sisi n'aime pas les hommes mais elle doit dire merci. Sisi remercie le garçon)

Sa reconnaissance polie embrumerait presque sa frayeur mais les tremblements de son corps ne mentent pas quant à la tenue des émotions l'assaillant encore et toujours sans jamais se lasser. D'une voix douce, l'infirmière lui annonce qu'elle doit procéder à quelques examens de routine.

Toujours aveugle, l'enfant lève pourtant la tête dans sa direction précise comme si elle connaissait sa position exacte. Elle secoue la tête et lève ses doigts comme pour laisser son étrange des signes s'exprimer mais le fracas d'une porte s'ouvrant brutalement accompagné de quelques éclats vocaux l'arrêtent dans son élan.

- Eh Madame ! Venez vite, s'il vous plait ! Notre copain s'est pris le ballon de basket dans la poire, il saigne de partout !


Portée par son devoir, la patronne des lieux se précipite vers l'entrée de sa pièce de travail pour y accueillir le blessé accompagné de sa bande. De longs filets de sang coagulants s'écoulent de ses tempes, ses narines et ses lèvres tandis que son nez semble s'être désarticulé sous la violence du choc. Dans un établissement classique, un tel accident n'aurait certainement pas engendré de telles blessures mais au sein d'un bâtiment où la norme n'existe plus réellement, la professionnelle s'attend à tout.

Sur son lit, la demoiselle aux cheveux immaculés se dresse brutalement comme un diablotin sortant de sa boîte.  La faiblesse encore à peine cicatrisée de ses genoux ne parait pas l'affecter  et de violents tremblements l'agitent comme en proie à une crise de démence. Les minuscules fées tentent bien de l'apaiser mais peine perdue, leurs ailes brillantes n'ont aucun effet sur la demoiselle.  Portée par une force à la source inconnue et en dépit de ses yeux clos, elle évite habilement leurs sortilèges visant à l'obliger à revenir sur son lit.

Aussi agile qu'un acrobate de cirque, elle saute par dessus ses assaillantes et si le garçon a pu esquisser le moindre geste dans sa direction, elle lui glisse entre les doigts avec une habileté déconcertante pour une personne venant de subir de lourds traumatismes physiques. Écartant les rideaux entourant sa couche d'un geste rapide, ses pieds nus s'arrêtent après quelques pas. Ses yeux demeurent obstinément fermés mais comme aidée par ses autres sens, elle devine instinctivement où est placé le groupe de jeunes gens et tourne la tête vers eux sans jamais dévoiler la moindre parcelle de son regard. Inspirant et expirant avec lenteur, ses doigts dansent dans une manœuvre désespérée pour dessiner les terribles mots accusateurs.

-Che chon n'eux !! Che chont n'eux !! Les michants n'ayant emmené Sisi là-bas ! N'ont fwappé, ninchulé ni n'allaché Sisi ! Né voulaient Bwoyeuw né manze Sisi !
(Ce sont eux ! Ce sont eux ! Les méchants ayant amené Sisi là-bas ! Ils ont frappé, insulté et attaché Sisi ! Ils voulaient que le Broyeur mange Sisi !

Les propos de panique résonnent avant qu'un lourd silence comme truffé de plombs ne s'installe dans la pièce médicale. Personne n'ose respirer sauf la petite fille devenue la proie d'une crise d'angoisse. Comme ayant pressenti la suite, les fées emmènent devant elle une bassine dans laquelle elle déverse une violente nausée avant que ses genoux encore vacillants ne la lâchent sur le sol glacé.

L'ayant retrouvée dans un état d'extrême faiblesse, enchaînée et les yeux bandés, le garçon peut témoigner qu'il n'a jamais su comment elle a pu atterrir ici mais tout esprit avec une dose de bons sens peut deviner qu'elle n'y est certainement pas venue seule.

Néanmoins si elle crie la vérité alors cette dernière serait terrible à dévoiler : enlevée par ceux qu'elle désigne, elle aurait été forcée à descendre dans les catacombes pour y être abandonnée sans remords au monstre que la rumeur décrit comme impitoyable. Même s'il risque de n'être qu’un effet de l'imagination et des bruits de couloirs, il semble clairvoyant que l'enfant était de toutes façons destinée à un sort atroce : soit le corps broyé par une possible créature de l'ombre soit dévorée par la soif et la faim.

Pétrifiés, les adolescents ont tout juste la force d'écarquiller sauvagement les yeux devant la scène aux semblants surréalistes. En effet, qui pourrait croire une enfant blessée et malade au point de rejeter le peu qu'elle ait pu avaler ?  Des personnes aussi jeunes ne constituent rarement de bons témoins mais comment penser que la demoiselle traumatisée par cet enlèvement puisse mentir dans un tel élan de panique ? Elle a réagi instinctivement en entendant les propos de celui ayant annoncé les blessures de l'autre si bien que les esprits clairvoyants peuvent deviner qu'elle a reconnu la voix de l'un de ses bourreaux.

Si les garçons étaient resté calmement à leur place, la présomption d'innocence flotterait encore au dessus d'eux mais leurs réactions les trahissent. Échangeant des regards paniqués, ils tentent d'esquisser un geste de la direction de la sortie comme voulant se justifier par un imprévu urgent en dépit des blessures de l'un d'entre eux. Le regard glacial et autoritaire que leur lance l'infirmière rompt toutes tentatives d'évasion pour les replonger dans un affolement silencieux.
 
Qui croire entre une petite dévorée par les crises de phobie et un groupe de jeunes gens semblant bien sous tous rapports, étant juste venus un peu d'aide pour soigner leur camarade mal en point ? Une heureuse coïncidence dont se nourrit allégrement le destin, savourant délicieusement ces imprévus provoqués par son ami le hasard.

Qui sont les bourreaux et les victimes dans son labyrinthe de folie semé d'embûches ?
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